Cagette de tomate et barquette de fraises sur un vélo.
La fragilité des fraises associé à la nécessité de poser la cagette à plat complique la tâche.
Mais j’ai trouvé la solution (je n’avais pas vraiment le choix).
Il faut 2 tendeurs : l’un pour accrocher la cagette sur le porte bagage, l’autre pour tenir fermé les anses du panier où se trouve la barquette de fraises.
La barquette de fraises doit être, évidemment, sur le haut du panier, au sommet des autres courses, afin de n’être pas écrasée.
A force de faire toutes mes courses avec mon petit vélo, je suis devenue une experte en transport de produits de toute sorte.
Mon rêve est d’avoir un vélo cargo pour que le retour des courses ne ressemble plus à une partie de Tetris.
De trop nombreux individus confondent encore droit de reproduction et droit à l’image.
Quand je demande une autorisation de reproduction pour un logo ou un visuel quelconque, on me répond parfois « Vous devez remplir un formulaire pour le droit à l’image ». Mes cheveux se dressent sur ma tête.
Alors, faisons le point. Un point simple.
Le droit de reproduction c’est ça :
Page extraite de Les écrivains et les Nabis de Clément Dessy paru aux Presses Universitaires de Rennes, P201 — Mogens Ballins, Paysage à gauche, Pierre Bonnard, Femmes au jardin à droite;
Si nous étions en 2017 j’aurais dû demander l’autorisation de reproduction aux ayants droit de Pierre Bonnard (les ayants droit étant adhérents de l’Adagp, j’aurais demandé à l’Adagp). Pierre Bonnard étant mort en janvier 1947 — il est dans le domaine public depuis janvier 2018.
Ça pourrait être aussi une photographie d’un photographe qui est toujours vivant ou mort depuis moins de 70 ans.
Ça peut aussi être un texte.
En tant qu’auteur, vos œuvres sont automatiquement protégées. On doit vous demander (ou à vos ayants droit si vous êtes morts) une autorisation pour toute reproduction de vos oeuvres (sur support papier, numérique, film, mug ou autre).
Le droit à l’image, c’est ça :
Martin Gore et Alan Wilder enregistrant une chanson (laquelle?) en 1984 aux Studios Hansa à Berlin.
Soit Martin Gore dans une pose typiquement gorienne, la main gauche tenant le bras droit derrière son dos, en slip et ceinture de cuir noir, aux côtés d’Alan Wilder jouant du piano. Photo datant très probablement de 1984 & très probablement prise aux Studio Hansa à Berlin pendant l’enregistrement du quatrième album de Depeche Mode, Some Great Reward.
J’ai choisi cette photo parce que même s’il est évident que les personnes photographiées posent pour le/la photographe, ils étaient consentant au moment de la prise de vue. Il n’est pas sûr que 39 ans après ils soient toujours d’accord pour que cette photo soit diffusée.
Il est probable que Martin Gore voyant cette photo demanderait sa suppression. Et il serait dans son droit.
Le droit à l’image, c’est le droit que vous avez sur votre propre image. Ce droit cesse à votre mort (en France). Et il faut une autorisation écrite des personnes photographiées pour pouvoir reproduire leur image.
Hypothèses sur une photographie
J’en profite pour émettre des hypothèses sur cette étrange photo. Les nécessités de documentation pour mon roman 1979 m’ayant transformée en spécialiste de l’iconographie de Depeche Mode à leurs débuts, j’ai un avis sur la question.
Certains croient voir dans cette photo l’enregistrement de la chanson Somebody.
Or, d’après tous les témoins oculaires, Martin Gore était complètement nu pour enregistrer Somebody. Ici il porte un slip, en plus d’une ceinture de cuir noir. Cela ressemble à une reconstitution pudique de la scène initiale.
J’ignore qui a pris la photo (ce qui fait que je n’ai pu demander l’autorisation de reproduction — & je suis donc en infraction avec le droit d’auteur).Andy Fletcher ? Dave Gahan ? Christina Friedrich, la petite amie de Martin à cette époque ? Gareth Jones, le producteur ?
Mon hypothèse est que Christina Friedrich ayant entendu le récit de l’enregistrement par son petit ami, ait voulu reconstituer la scène pour ses archives personnelles (ou pour se marrer).
En résumé : Le 1er cas relève du droit d’auteur qui protège vos créations (textes ou images) ; le 2ème cas protège la création de Dame Nature/Dieu/la génétique selon vos croyances & convictions.
Je devais voir cette exposition pour me documenter pour mon roman en cours. J’ai eu la chance de pouvoir y aller juste avant la fin (l’expo se terminait dimanche).
C’était la première fois que je voyais une exposition d’art décoratif sur une période que j’ai vécue et pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir fait un voyage dans le passé mais d’avoir visité un monde parallèle.
Je n’ai pas vécu la même époque : je n’étais pas entourée des mêmes objets, je ne portais pas des robes Popy Moreni, je ne fréquentais pas les soirées du Palace et des Bains douches, je n’habitais pas Paris.
Comme j’habitais un minuscule village dans la cambrousse profonde (le bordelais) et que j’étais enfant, mon paysage social et culturel était complètement différent. Pour moi les années 80 évoquent Casimir, Albator et Candyneige André, les blousons moches aux couleurs flashy de la cour de récré, les jeans neige et les jeunes filles qui découpent des photos de Depeche Mode et de Cure dans OK Podium.
Cette exposition a le mérite de rendre visible le biais de la conservation et de l’exposition : ce sont des objets de luxe.
Et j’ai plutôt fait un tour dans les pages de Vogue et de Art & Décoration que dans le temps.
C’était quand même chouette
Un mobilier aux couleurs vives, des designs aux formes géométriques ou baroques.
Une mode extravagante, aux couleurs vives là aussi et beaucoup de cuir (Claude Montana et autre).
Ce sont surtout les robes de Karl Lagerfeld qui m’ont tapé dans l’oeil pour leur simplicité pleines de grâce.
A côté de ça, une salle est consacrée aux Une de Libé pour évoquer la politique. Plusieurs salles sont consacrées à l’âge d’or de la publicité (ces salles étaient bondées, bizarrement, alors qu’on peut trouver facilement les vidéos sur Youtube).
Plusieurs autres salles évoquent les nuits parisiennes du Palace et des Bains douches, un mythe que j’aurais voulu voir en vrai (mais m’aurait-on laissé rentrer ?).
Mais, bonne surprise
Toutes ces couleurs criardes donnent envie de se reposer les yeux. Je suis allé faire un tour dans les collections permanentes. Et je suis tombé sur l’expo sur Etienne Robial dont j’ignorais l’existence. Et j’avais tort. Ce monsieur est un homme de goût. Il a non seulement crée les Editions Futuropolis, mais a réalisé un nombre de logo tellement impressionnant dans les années 90 pour les chaînes de télé (Canal +, iTélé) et pour la Presse (L’Equipe, Les Inrocks) que l’on pourrait dire que le monde qui nous entoure a été fait par lui.
Et finalement
Je ne regrette pas d’être venue, mais plutôt pour l’exposition Etienne Robial et la collection permanente que je suis ravie d’avoir revue.
Le saviez vous ? Stendhal était un hypersensible — un hypersensible puissance mille — un hypersensible caractéristique. C’est évident quand on lit ses textes autobiographiques, de son Journal à Souvenir d’égotisme.
Portrait de Stendhal par Ducis, 1835, Bibliothèque Sormani, Milan — Source : Wikimedia
Voici 7 caractéristiques de l’hypersensibilité qu’on retrouve chez Stendhal :
1- Les hypersensibles font des blagues quand ils sont déprimés Stendhal a participé à la Campagne de Russie (pas en tant que soldat mais parce qu’il travaillait pour le ministère de l’armée). Il a réussi a traverser la Berezina avant les autres en voiture. Mais cette expérience l’a éprouvé. A son retour à Paris, il va mal, n’arrive plus à écrire, n’a plus envie de rien. Il fait ce qu’en langage moderne on appellerait une dépression (« Je suis actuellement dans un état de froideur parfait, j’ai perdu toutes mes passions » écrit-il dans son Journal). Or, quand ses amis lui posent des questions sur la campagne de Russie, il répond « ce n’était qu’un verre de limonade ». Il ment. Il porte un masque. C’est ce que font les hypersensibles : ils font semblant que tout va bien quand tout va mal par délicatesse, par politesse, pour ne pas ennuyer les autres avec leurs problèmes. Et aussi par honte de leurs émotions, pour paraître plus forts qu’ils ne le sont.
2- Les hypersensibles portent un masque Toute sa vie Stendhal a caché son extrême sensibilité sous un vernis cynique. Il disait lui même que ses amis seraient surpris de savoir qu’il était à l’opposé de l‘image qu’ils avaient de lui. Il parle souvent dans ses textes de l’obligation de porter un masque en société (ce qu’en langage moderne on nomme « le faux self »). C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait une centaine de pseudonymes, pour se cacher (mon préféré est William Crocodile).
3- Les hypersensibles sont incapable de badiner En octobre 1809, Stendhal pense plaire à Alexandrine Daru, l’épouse de son cousin Pierre Daru, sans parvenir à la courtiser. Il ne sait comment prendre « ce ton galant qui permet de tout hasarder, parce que rien n’a l’air d’être dit sérieusement ». Du coup, il ne se passe rien.
4 – Les hypersensibles sont paralysés quand ils sont amoureux En mars 1818, Stendhal rencontre Matilde Dembowski. Son admiration pour celle qu’il appelle Métilde le paralyse de timidité et de maladresse : « Je n’ai jamais eu le talent de séduire qu’envers les femmes que je n’aimais pas du tout. Dès que j’aime, je deviens timide et vous pouvez en juger par le décontenancement dont je suis auprès de vous ». Et l’incapacité de badiner, associé à une extrême timidité, rend les relations amoureuses très très compliquées.
5 – Les hypersensibles ne peuvent pas s’empêcher de raconter leur vie Si Stendhal a autant écrit sur lui même (Journal, Souvenir d’égotisme, Vie de Henri Brulard…) — à tel point que ses biographes parlent d’autobiomanie — c’est que ses émotions étaient tellement intenses qu’elles lui paraissaient incroyables. Et avec ça, sa lutte contre contre sa timidité lui compliquait tellement la vie qu’il lui fallait raconter ses victoires. Lorsque le 21 septembre 1811 il devient enfin l’amant d’Angela Pietragrua, il inscrit la date et l’heure sur… ses bretelles ! (sic). Un biographe disait de lui (de mémoire) : « Heureux les timides, tout est roman ».
6- Les hypersensibles sont sensibles à la beauté Stendhal ne supportait pas la laideur et la vulgarité, le convenu et le convenable. Il a découvert la beauté en Italie lors de son premier voyage en juin 1800. Les paysages et la musique. A Ivrée, l’opéra de Cimarosa, Il matrimonio Segreto l’éblouit « d’un bonheur divin ». À partir de ce moment, il écrit « Vivre en Italie et entendre de cette musique devint la base de tous mes raisonnements ». L’une des facettes du beylisme est de prendre un plaisir physique aux émotions esthétiques. Ecouter de la musique entouré de jolies femmes le plonge dans une torpeur sensuelle. Il passe le reste de sa vie à courir les opéras et les musées et à chercher des prétextes pour partir en Italie.
7- Les hypersensibles sont trop sensibles à la beauté Stendhal est tellement bouleversé par la beauté qu’on a donné son nom au syndrome du malaise esthétique : le syndrome de Stendhal.C’est le nom donné par la psychiatre Graziella Magherini dans les années 80 aux troubles qu’elle observait chez les touristes qui atterrissaient à l’hôpital de Florence. Selon Graziella Magherini, il s’agit d’une décompensation aiguë bénigne (comme une attaque de panique), qui frappe des sujets sensibles et passionnés, ayant une relation particulière à l’art, et en situation de voyage, loin de chez eux et de leurs repères habituels. Elle a donné le nom du syndrome en raison de l’expérience qu’a vécu Stendhal à Florence et qu’il raconte dans Rome, Naples et Florence : « Là, assis sur le marche-pied d’un prie-Dieu, la tête renversée et appuyée sur le pupitre, pour pouvoir regarder au plafond, les Sibylles du Volterrano m’ont donné peut-être le plus vif plaisir que la peinture m’ait jamais fait. J’étais déjà dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, ce qu’on appelle les nerfs à Berlin ; la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. ».
Volterrano, Couronnement de la Vierge et Sybilles, Eglise Santa Croce, Florence — Source : Wikimedia
Je pourrais en rajouter d’autres, comme ses batailles contre l’hypocrisie de son époque (sur l’éducation des femmes dans De l’amour, par exemple), qu’il ait envie de pleurer chaque fois qu’on lui raconte une bonne action, son allergie à la brutalité et de l’injustice, ou son obsession pour la rêverie, la rêverie comme fuite dans une bulle de protection : « L’état habituel de ma vie a été celui d’amant malheureux, aimant la musique et la peinture […] Je vois que la rêverie a été ce que j’ai préféré à tout, même à passer pour homme d’esprit. » (Vie de Henry Brulard).
Stendhal a toute sa vie rêvé d’un monde plus doux, un monde où les hypersensibles cesseraient de souffrir.
Cet article est une version modifiée de celui que j’avais publié sur mon blog personnel qui n’existe plus (www.clemencedharville.com).
Si vous croyez être victime d’un syndrome de l’imposteur, arrêtez et lisez cet article. Le syndrome de l’imposteur n’est pas ce que l’on croit. Les vrais imposteurs existent, je les ai rencontrés mais être un imposteur est un art.
Âne imposteur
Après avoir lu La tête coupable de Romain Gary où les imposteurs pullulent comme dans un roman de Wodehouse et avoir été cernée par des imposteurs sur Instagram, j’ai eu envie de faire un petit tour du sujet.
Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur?
Contrairement à ce que tout le monde croit, le syndrome de l’imposteur ne concerne pas toute personne qui se considère comme incompétente dans son activité, que ce soit une activité professionnelle ou artistique.
Le syndrome de l’imposteur concerne les personnes hautement qualifiées, qui excellent dans leur domaine, mais ont des doutes sur leur légitimité, parce que ce sont des personnes intelligentes qui connaissent leurs limites et leurs lacunes.
Elles connaissent l’étendue de leur ignorance.
Une personne vraiment incompétente ignore qu’elle est incompétente. C’est l’effet de Dunning Kruger : les personnes non qualifiées sont victimes d’un biais qui les empêche de reconnaître exactement leur incompétence et d’évaluer leurs réelles capacités.
Les romanciers & romancières peuvent-ils être des imposteurs ?
De nombreux auteurs & autrices se croient saisis du syndrome de l’imposteur.
Ils ont tort.
Si vous avez peint trois toiles un jour pour le plaisir, vous êtes peintre du dimanche. Ou vous faites de l’Art Brut. Même si vous avez arrêté de peindre après ces trois toiles.
Christine de Pisan écrivant à son bureau — miniature médiévale (1407), British Library, MS Harley 4431, folio 004 — source : Wikimedia
C’est pareil pour l’écriture : si vous avez écrit trois paragraphes d’un roman, vous êtes romancier. Que ce soit bon ou mauvais ne change rien. Si c’est mauvais, vous serez un mauvais romancier.
Si vous avez brulé ces trois paragraphes — ou jeté trois cent pages dans la Seine — et qu’ensuite vous avez complètement arrêté d’écrire, vous avez été romancier au moment où vous les avez écrit.
Mais alors, les imposteurs existent-ils ?
Les vrais imposteurs existent bien.
Et ils n’ont aucun complexe.
Les vrais imposteurs sont heureux
La tête coupable de Romain Gary est emplie de faux Gauguin, de faux Van Gogh de faux Jésus, de faux Adam et Eve. L’histoire se passe à Tahiti et l’office du tourisme de l’île à décidé de faire de Tahiti un vrai-faux paradis pour y attirer les touristes. Seuls les espions, sous leur fausse identité, sont de vrais espions. Et ils sont mauvais. Seuls les vrais imposteurs sont bons. C’est un roman sur l’imposture sous toutes ses formes.
Pour le faux John Lennon j’ai cru au début à une plaisanterie, avant de me rendre compte que non. Il voulait vraiment se faire passer pour John Lennon. Soit il ignorait qu’il était mort, soit il pensait que moi je l’ignorais, soit il pense vraisemblable que les fantômes puissent avoir des comptes Instagram. Mais dans ce cas, comment justifier que le fantôme puisse avoir besoin d’argent ?
Puisque le but de ces impostures était de me soutirer de l’argent pour une raison ou une autre (vente de charité fictive, carte de fan club).
Dave Gahan sur scène en 2009 pour Depeche Mode — il a aussi fait une tournée qui se nommait « Imposter » pour l’album du même nom sorti avec les Soulsavers — source de la photo : Wikimedia
Je me suis renseignée auprès d’un spécialiste des arnaques en ligne, Victor Baissait*, qui m’a expliqué : « C’est le très grand classique de l’arnaque à la célébrité, il est beaucoup pratiqué par les ivoiriens et les nigérians. »
Tous ces imposteurs étaient mauvais. Mais ils n’éprouvent ni honte ni culpabilité. Leur but est de gagner de l’argent, de survivre. L’imposture est leur métier.
L’imposture est un art
Être un imposteur est un art. Il faut être bon acteur et connaître son sujet. Ou faire semblant de le connaître. Être très bon dans le bluff et le baratin, avoir de l’aplomb et du bagout, comme le personnage de Frank Abagnale Jr dans Catch me if ou can.
Leonardo di Caprio en faux pilote dans Catch me if you can de Steven Spielberg
Ou comme certains artistes conceptuels qui vendent des fortunes leur dessin avec trois traits et un point parce qu’ils maîtrisent parfaitement le jargon de l’art contemporain et le story telling de leur vie.
Mais dans ce cas, ce sont des artistes de l’imposture.
J’aurais voulu être une impostrice, ma vie aurait été plus facile. J’aurais pu être riche. Mais ça m’est impossible, je suis trop sensible. Je ne sais pas mentir, ou mal, sur qui je suis & j’ai un mal fou à faire semblant d’être sûre de moi. Je suis une très mauvaise actrice.
* Victor Baissait est aussi expert & enseignant en tech/web: fake news, IA, OSINT, brouteurs, faux profils, data/dataviz…
Marie-Guillemine Benoist est une peintressefrançaise du début du XIXe siècle rendue célèbre par son Portrait de Madeleine, rare portrait d’une femme noire peint en 1800, six ans après l’abolition de l’esclavage.
1790 : Elle peint L’Innocence entre la Vertu et le Vice où le Vice est représenté, pour une fois, sous les traits d’un homme (il est traditionnellement représenté sous les traits d’une femme).
Marie-Guillemine Benoist, L’Innocence entre le Vice et la Vertu, 1790, coll part. — source : Wikimedia
1800 : Elle expose son Portrait de Madeleine (à l’époque sous le titre de Portrait d’une négresse). C’est le portrait d’une domestique de son beau frère. La nouveauté de cette œuvre est qu’elle la représente comme vraie sujet de sa peinture, et non dans une scène de genre. Le succès de ce tableau lui ouvre les commandes impériales (elle peint le portrait de Napoléon et de ses sœurs).
Marie-Guillemine Benoist, Portrait de Madeleine, 1800, Musée du Louvre, Paris
1804 : Elle ouvre son propre atelier et donne des cours réservés aux femmes (en non-mixité choisie, donc)
Marie-Guillemine Benoist, Pauline Borghese, 1808, Château de Fontainebleau
1814 : A la Restauration, son mari se voit confier des postes importants. On lui demande de cesser d’exposer pour ne pas nuire à la carrière de son mari. Elle accepte. Elle lui écrit : « la pensée que je serais un obstacle à votre avancement dans votre carrière serait pour moi un coup bien acéré »
Game Over.
Marie-Guillemine Benoist, Madame Philippe Panon Desbassayns de Richemont, 1802, MET, NY — source : Wikimedia
Marie-Guillemine Benoist est un bon exemple de l’invisibilisation des femmes en Histoire de l’art. Les peintresses sont oubliées parce que les historiens de l’art sont des hommes, mais aussi parce qu’elles se sacrifient pour leurs époux (et quand ce ne sont pas les époux, ce sont les enfants, quand elles ne meurent pas en couche…)
Dave Gahan et Martin Gore — photo d’Anton Corbijn pour Memento Mori — 2023
Je n’avais pas prévu de faire des chroniques musicales sur mon blog professionnel, mais comme mon blog personnel est en rade, et que j’éprouvais la nécessiter de parler du dernier album de Depeche Mode — et de son sujet — finalement, voilà.
Il y a de nombreuses bonnes chroniques de Memento Mori, ici ou là. Mais elles ne font que parler de la musique et non des paroles, de la forme et non du fond. Je ne vais pas parler ici de musique — les musiciens ou les chroniqueurs aguerris en parlent mieux que je ne saurais le faire.
Je dirais simplement que je place cet album sur la même marche du podium que Violator et Black Celebration.
Certaines chansons touchent au sublime.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices panneaux extérieurs — source : Wikimedia
Effet cathartique
Alors oui, évidemment, l’album parle de la mort — avec un titre pareil ne pas en parler serait du hors sujet. Mais ce n’est finalement pas le thème principal. Le sujet de cet album est comment survivre quand tout s’effondre autour de vous, quand vous êtes cerné par la bêtise, la barbarie, les horreurs de la guerre et de la maladie.
Et le seul moyen, c’est la fuite.
Quand on est trop sensible, c’est la seule chose à faire pour se protéger.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
Trois chansons parlent de fuite de la réalité lorsqu’elle devient intolérable — parce que la réalité fut intolérable durant ces trois dernières années — pas seulement à cause de pandémie (et sa gestion désastreuse aux Etats-Unis) et de la guerre en Ukraine, pas seulement à cause de Trump et de Poutine — mais de ce que nous avons découvert de la stupidité humaine — les anti-vax, les anti-masques (qui furent particulièrement crétins aux Etats Unis, y voyant une soumission au diable, rien que ça…), complotistes, électeurs de Trump, Poutine et les poutiniens, fanatiques religieux de tout bord et climato-négationnistes.
C’est de tout cela dont parle Martin dans ses chansons. Et il dit tout haut ce qu’on a dû penser tout bas durant ces trois ans, devant endurer, impuissants, les horreurs du monde et la stupidité crasse qui nous sautait au visage chaque jour sur les réseaux sociaux et ailleurs.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
Escaping reality
My Cosmos is mine: cette chanson parle de se réfugier dans son monde intérieur, dans sa bulle — et demander à la réalité de ne pas venir détruire sa monde, son panthéon personnel, et tout le reste (le poétique « don’t question my spacetime »). Martin a expliqué avoir écrit cette chanson au moment de la guerre en Ukraine.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
Always you : cette chanson parle de se réfugier dans les bras de l’être aimé pour fuir la barbarie & la stupidité du monde : « My love, there are no more facts/My love, reality’s cracked » (Il n’y a plus de faits/La réalité a éclaté). Et plus loin : « My love, I could not explain/My love, why insanity reigns » (Je ne peux pas expliquer pourquoi l’insanité règne).
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
Soul with me est encore plus explicite : « Leaving my problems and the world’s disasters » (Quittant mes problèmes et les désastres du monde). Le refrain dit : « I’m going where the angels fly/And I’m taking my soul with me » (Je vais là où les anges volent/et j’emporte mon âme avec moi) — ce qui peut aussi être une métaphore de la mort — mais la mort vue comme soulagement et comme fuite.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
Sans compter le People are good qui parle directement de la stupidité & de la méchanceté (le titre est ironique).
Jerôme Bosch, Détail du Jardin des Délices — source : Wikimedia — replions-nous dans notre bulle pour se protéger des imbéciles semble vouloir dire ce porc-épic.
Rêve éveillé
Il s’agit de rêver — mais un rêve éveillé, ce qu’on nomme en français rêverie, l’équivalent du daydream anglais.
Ne pas céder un pouce de terrain à la réalité. C’est un thème cher à Romain Gary — celui des Clowns lyriques, des Enchanteurs et des Cerfs volants. Qui est aussi un thème stendhalien — mais Romain Gary est le meilleur disciple de Stendhal — il a poussé la rêverie dans ses derniers retranchements, en a fait une idéologie.
Jérôme Bosch, Saint Jean Baptiste au désert — source : Wikimedia
Un thème gorien
Les Inrocks, avec l’article de Patrick Thévenin, ont eu le toupet de dire que Depeche Mode tournait en rond (« Un groupe qui n’a, désormais, plus grand chose à dire ni à partager. » — WTF ?), alors qu’au contraire c’est la première fois que Martin aborde le thème de la fuite dans l’imaginaire, de manière aussi explicite.
Il en parlait de manière plus voilée sur ses autres albums — c’est très probablement le vrai sujet de Never let me down again (voler dans les airs évoque pour moi plus la rêverie que la drogue) — et de Sweetest perfection (ce ne peut être une chanson sur la drogue, Martin aime trop les paradoxes pour utiliser le mot « injection » pour parler de drogue).
Le message de cet album est : la rêverie sauvera le monde !
Ou le même que celui d’Imagine de John Lennon : Rêveurs de tous les pays, unissez-vous ! (bon, peut-être une version un peu plus égoïste qu’Imagine).
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
***
10 réponses à « Memento Mori — Eloge de la fuite »
Merci pour la citation !
Excellent article et qui oui, vient souligner l’importance des paroles. Je me permets d’ajouter que la forme dont vous parlez ne s’arrête pas à la musique, et que le fond, pour le même coup, n’est pas la propriété des paroles. Une chanson reste indissociable des deux éléments qui la compose, à la base, me semble-t-il.
Pour les inrocks, laissons les s’enfoncer dans leur envie de contre courant permanent, il ne s’agit que de posture…
[…] sortir faire les courses, j’ai reçu une notification d’Apple Music : un nouveau morceau de Memento Mori de Depeche Mode était disponible. C’était My cosmos is mine. Je me suis arrêté pour […]
Jeudi je voulais faire un post sur l’International Atheist Day. Comme je n’arrivai pas à choisir entre tous les visuels que proposait Canva dans ses éléments, j’en ai fait trois.
Un visuel avec le monstre spaghetti volant
Un visuel avec la licorne rose invisible
Un visuel avec le logo de l’athéisme
J’ai posté les trois à quelques minutes d’intervalles.
Avec exactement les mêmehasthags (j’ai fait un copié-collé). Je n’ai pas mis de texte à ma publication hormis inviter mes followers à deviner quel était le symbole représenté.
Mais j’avais indiqué la présence de la licorne rose invisible dans le texte alternatif.
Et là, magie !
Une couverture époustouflante !
La couverture du visuel avec la licorne grimpait à toute allure tout au long de la journée, pour terminer à plus de 400 comptes touchés.
Au total, le visuel a été proposé à 389 non followers.
Alors que les autres visuels restaient plafonnés entre 50 et 100.
(Bon évidemment, en conséquence le taux d’engagement est en berne — 8% seulement).
Ce qui signifie qu’Instagram adore les licornes. Ou pense que ses utilisateurs adorent les licornes, ce qui revient au même.
La magie du texte alternatif
Cela signifie aussi que l’algorithme d’Instagram ne prend pas seulement en compte le texte de la publication — ni — & c’est plus surprenant — les hashtags (mes hashtags étaient strictement identiques et ne mentionnait ni licorne ni la couleur rose) pour promouvoir des post, mais aussi le texte alternatif.
Raison supplémentaire pour le rajouter systématiquement (ce que je ne fais pas toujours — surtout quand je met beaucoup d’images).
Le pouvoir de la licorne rose invisible
La licorne rose a invisible n’a pas le pouvoir de la richesse et du retour de l’être aimé mais le pouvoir de séduire l’algorithme d’Instagram.
C’est un pouvoir utile à connaître pour les social media manager et toute personne qui souhaite augmenter sa visibilité sur Instagram.
Mon conseil : rajoutez des licornes, partout (et du rose, on ne sait jamais).
Barthélemy d’Eyck est un peintre français du XVe siècle, découvert à la fin du siècle dernier par les historiens de l’art Charles Sterling et François Avril.
Auparavant ses œuvres étaient attribuées au « Maître du cœur d’amour épris » — ce qui est un fort joli nom — en raison de son chef d’œuvre le plus connu, les miniatures du Cœur d’amourépris de René d’Anjou. On lui a rattaché depuis d’autres œuvres jusque là anonymes.
Mais Barthélemy d’Eyck reste encore un mystère.
Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
Des verts très tendres
Ce n’est pas seulement pour la douceur de ses clairs-obscurs ni pour le tendre de ses verts que Barthélemy d’Eyck est émouvant, mais pour, la mélancolie de ses visages, la poésie de ses paysages, la grâce de ses personnages.
Il n’existe toujours pas de monographie sur son œuvre et la meilleure source sur Barthélemy d’Eyck est l’excellent article sur Wikipédia qui rassemble les éléments éparpillés dans divers articles et ouvrages.
Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
Qui était Barthélemy d’Eyck ?
Sa vie est parsemée de trous et de mystères. Il serait peut-être né à Maaseik, dans la Principauté de Liège, vers 1420. Peut-être apparenté à Jan Van Eyck. On sait que sa mère s’est remariée en 1460 avec un brodeur de la suite de René d’Anjou. On suppose qu’il a été formé soit dans l’atelier de Jan Van Eyck soit dans celui Robert Campin soit dans celui de Conrad Witz. On sait qu’il apprend la technique de la peinture à l’huile.
Barthelemy d’Eyck, Emilie, Arcitas et Palamon priant, La Théséide, vers 1460, Vindobonensis 2617, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
Il a peut-être voyagé à Naples avec René d’Anjou où il aurait été en contact avec la peinture italienne du Quattrocento. Est-ce lui qui aurait appris la technique de la peinture à l’huile à Colantonio ? Ou d’autres peintres de la suite du roi René ? On l’ignore. On est sûr par contre qu’il est peintre à la cour du roi René à Aix-en-Provence en 1444 où il est désigné comme « magister et pictor ». Il s’est marié à une époque indéterminée à Jehanne de la Forest. Il aurait rendu visite à René d’Anjou en prison à Dijon, il fait sans doute plusieurs voyages entre l’Anjou et la Provence. Il meurt entre 1475 et 1480.
Œuvres
Il réalise entre autres les miniatures de La Théseide, Le cœur d’amour épris, Le livre des tournois. Il a peut-être participé aux ajouts tardifs des Très riches heures du duc de Berry (mars, juin, septembre, octobre et décembre).
Barthelemy d’Eyck, Emilie dans le jardin, La Théséide, vers 1460, Vindobonensis 2617, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
En peinture on lui attribue un Christ en croix, Le triptyque de l’Annonciation d’Aix, un magnifique portrait de Louis II d’Anjou. Ces attributions sont des suppositions. Elles font débat parmi les historiens de l’art. Mais concernant le portrait de Louis II d’Anjou, selon François Avril, seul Barthélemy d’Eyck serait capable d’atteindre un tel niveau dans ce portrait considéré comme l’un des plus beaux portraits du xve siècle.
Barthelemy d’Eyck, Annonciation d’Aix, vers 1445, Eglise de la Madeleine d’Aix en Provence. Source : Wikimedia
En quoi est-il unique ?
On reconnaît ses œuvres aux regards en biais des personnages, à leurs positions pivotantes de la tête et du corps qui les relie entre eux, à ses clairs-obscurs et jeux d’ombres, son sens du mouvement et des organisations spatiales complexes.
Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
À la fois très Renaissance et très médiéval
S’il est marqué par l’art des Primitifs flamands des années 1430, s’il a acquis les dernières techniques des peintures italiennes et flamandes (peinture à l’huile, drapés, modelage par le clair-obscur), il reste encore très médiéval. Ses thèmes (littérature courtoise, tournois, héraldique), la pratique de la miniature, les proportions : la tête des personnages atteint le haut des remparts des bâtiments. Ses personnages sont des géants dans une architecture-jouet. Bâtiments eux-mêmes mi-médiévaux, mi-Renaissance.
Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
Un monde enchanté
À une époque où les guerres sont incessantes (René d’Anjou participe à 3 guerres, dont la guerre de Cent Ans), ses miniatures peignent des jardins où règnent la douceur et la sérénité, des mondes enchantés peuplés de personnages graves et mélancoliques, de fleurs et d’herbe toujours verte. Même la violence est atténuée, les combats ressemblent tous à d’honorables tournois qui ne font pas de mort.
Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
Les marinières
Dans le livre du Cœur d’amour épris, Cœur doit prendre le bateau avec ses deux compagnons, Désir et Honneur. Ce ne sont pas des marins qui les emmènent, mais des marinières. Deux femmes intrépides qui se moquent des trois hommes malades et terrifiés par la mer. Le mot « marinière » à depuis bien changé de sens.
Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne, Vienne. Source : Wikimedia
Un autoportrait ?
Dans Le portrait d’homme de 1456, typique de la mode « le tableau comme une fenêtre » où le personnage sort du cadre, l’homme représenté a clairement un problème à l’œil gauche. Sa paupière est trop ouverte, son œil a un léger strabisme. Bien qu’aucun historien de l’art n’ait avancé l’hypothèse, j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un autoportrait. Rien ne l’indique, mais rien n’indique le contraire non plus. Son œil droit regarde en face, mais son œil gauche regarde en biais. Sa gravité mélancolique est celle de tous les visages de ses miniatures.
Est-ce lui-même qu’il peignait dans tous ses personnages ?
Barthelemy d’Eyck, Portrait d’homme, 1456, huile sur parchemin monté sur bois, Musée Liechtenstein, Vienne. Source : Wikimedia
C’est aujourd’hui, 23 mars, l’International Atheist Day, la journée où les athées du monde entier célèbrent leur liberté de pensée et leur rejet de toutes les croyances religieuses.
Il est important de rappeler l’existence de l’athéisme et de le défendre contre les attaques des religions.
Saurez-vous reconnaître ces symboles ?
Athéisme n’est pas immoralité
En tant qu’athée moi-même, je ne peux pas m’empêcher de rire des personnes qui pensent que notre absence de croyance signifie que nous sommes des créatures immorales. Nous sommes plus moraux que certains religieux : nous ne nous basons pas sur la menace d’une punition divine pour nous comporter correctement.
Être athée n’est pas si facile
Bien sûr, être athée n’est pas toujours facile. Nous sommes souvent confrontés à des préjugés et à des stéréotypes de la part de ceux qui ne comprennent pas notre point de vue. Certains disent même que nous ne croyons en rien, ce qui est idiot : nous croyons en l’humain.
C’est pourquoi il est important d’avoir des journées comme l’International Atheist Day pour nous rappeler que nous ne sommes pas seuls dans notre refus des croyances.
Il faut continuer à propager la bonne parole de la rationalité. Et les réseaux sociaux sont un formidable outil pour ça.
*Article co-écrit avec Chat GPT pour le tester. Meilleure expérience que les précédentes même si je trouve toujours un peu bizarre sa façon de s’exprimer (il fait des phrases alambiquées au lieu de faire des phrases simples) et qu’il propose des idées surprenantes…
Laisser un commentaire