Bilan du printemps 2025

J’ai plusieurs mois de retard, ce qui explique que ce ne soit plus un bilan mensuel mais par saison. 

Je suis devenue une vraie héroïne stendhalhienne. Lamiel plus précisément, qui s’ennuyait à mourir, littéralement. Aujourd’hui on appelle ça le Bore Out. C’est l’exact contraire du Burn Out. Des journées d’ennui emplies de tableaux Excel, de factures et de piges de sites web — et des nuits à en faire des cauchemars. Et le Bore Out n’est pas propice à l’écriture.

Ce travail m’a vidé de ma rêverie. J’étais à plat. Sérotonine dans les chaussettes et pas envie d’écrire. 

Charles de Steuben, Lectrice, 1829, Nantes, musée des Beaux-Arts — jeune fille en robe blanche, pensive, tenant un livre sur ses genoux
Charles de Steuben, Lectrice, 1829, Nantes, musée des Beaux-Arts — pour moi l’incarnation parfaite de Lamiel : l’ennui et l’évasion dans la lecture.

Romain Gary l’a parfaitement résumé dans La nuit sera calme, avec son sens de la punchline habituel : « Huit heures par jour au bureau, deux heures de trajet, ce n’est pas un thème de vie, c’est des obsèques. » (bon, j’ai le privilège de travailler de chez moi, je m’évite les 2h de trajet). 

Mais ce contrat de six mois vient de se terminer (avant d’en commencer un autre fin juin). Je vais pouvoir temporairement me remettre à l’écriture. 

A commencer par faire ce bilan du printemps. 

J’ai fait un tour à Dijon, à Genay, à Saint Remy pour voir les iris, à Courcelles Lès Montbard pour revoir son château. J’ai retrouvé mon vélo et fait des balades le long du Canal de Bourgogne. Et j’ai même commencé un potager au succès mitigé (les limaces ont adoré).

Winner & Loser

Je viens de relire La nuit sera calme de Romain Gary — son autobiographie sous forme de fausse interview — où il dit tant de choses justes sur son époque et la nôtre.En 1951 il est nommé porte parole aux Nations Unies. Avant de prendre son poste, il part explorer les Etats-Unis en bus. 

Il arrive à la Nouvelle Orléans où il découvre les tournois de poker avec les champions de l’époque et l’importance du concept de Loser & Winner qui structure la société américaine et la détruit de l’intérieur : « Du pus psychologique, la pourriture la plus active, la plus agissante et la plus dévastatrice du psychisme américain et de l’histoire américaine. » (P148)

C’est ce qui explique l’élection de Trump — entre autre — que les naïfs prennent pour un winner. Mais je me demande pourquoi le concept ne s’est pas enraciné en France, avec toutes les séries américaines que nous ingurgitons. 

Est-ce parce que nous sommes un vieux pays où la division en classes sociales est toujours opérante ? On ne dit pas d’Annie Ernaux qu’elle est une winner, on dit qu’elle est une transfuge de classe. Ou peut-être que nous avons trop d’admiration pour les artistes maudits, les Van Gogh et les Rimbaud — et que nous savons qu’un loser vivant peut faire un winner mort. 

Je me demande s’il existe une etude sociologique sur le sujet. 

La nuit sera calme de Romain Gary en livre de poche posé sur un tabouret bleu sur ma terrasse.

Wes Anderson

J’ai vu l’expo Wes Anderson à la cinémathèque lors d’une expédition à Paris.

C’est un cinéma qui se prête à l’exercice de l’exposition parce que c’est un cinéma d’objets. Wes Anderson est un fétichiste — des livres, des monogrammes, des costumes, des listes, etc — et l’exposition nous plonge dans ses décors. 

J’ai aussi découvert que, jeune, Wes Anderson avait la même coupe de cheveux que Dave Gahan.

Séries 

J’ai regardé beaucoup de séries durant cette période (pour me remettre de l’ennui de mes journées). 

Etoile :
Série sur le ballet créée par Amy Sherman-Palladino à qui l’on doit La fabuleuse Mrs Maisel, avec un casting de rêve (Charlotte Gainsbourg, Luke Kirby, Lou de Laâge). Loufoque et grinçante, mais moins que Mrs Maisel. Les ballets sont ravissants. 

The Gilded Age :
Série qu’on pourrait résumer par Downton Abbey à New York. Peut-être un peu trop sage, ça manque d’humour et de fantaisie. Mais beaux costumes et un aperçu de l’histoire de New York au début du XXe siècle. 

Andor, deuxième et dernière Saison :
Cette série a reçu un concert de louanges (meilleure série Star Wars), je ne vais pas m’étendre sur le sujet, ces louanges sont méritées. Je voudrais seulement préciser, pour ceux qui l’ignorent, que le créateur de la série est fan d’Un Village français (deux acteurs y jouent un rôle dans Andor). Un autre personnage est un Jean Moulin intergalactique (marchand d’art + organisateur de la Résistance). Il s’agit de montrer dans le détail comment se créé une résistance, avec toutes les tentatives brouillonnes des débuts, les divisions, l’apprentissage des techniques, les éléments déclencheurs, etc. 

The Handmaid’s Tale, sixième et dernière saison :
Bouquet final d’un chef d’œuvre. Moins oppressante que les saisons précédentes et effet cathartique garanti. Le patriarcat a reçu la gifle qu’il méritait. Comme dans Andor, il est aussi question de résistance et d’organisation.

Sirens :
Bof. Décidément les histoires de riches m’ennuient (je n’ai aimé ni The White Lotus ni Succession). C’est dommage la relation entre les deux sœurs était intéressante au début.

And Just like That :
Autant les films dérivées de Sex & the City étaient des navets impossible à regarder, autant Just Like That renoue avec le côté subversif, caustique et acide de la série initiale. Les héroïnes ont 50 ans, elles laissent tomber les normes et les conventions pour se libérer. Particulièrement Miranda qui découvre son homosexualité, et va l’explorer. Mais comme c’est Miranda, elle tombe toujours sur des compagnes bizarres.

C’est sur la plateforme Max. J’ai pris l’abonnement le plus cheap. Et cet abonnement à un défaut atroce : on est bombardé de pubs, par série de 4, toujours les même, en boucle. Des pubs mal ciblées qui me faisaient horreur (des motos, des vêtements de sport). La pire étant celle pour Fedex, qui commence par un plan fixe sur un individu qui ressemble à un membre de la STASI. Et j’ai pensé aux végétariens qui devaient souffrir devant les pubs pour McDo ou pour les barbecue Weber. 

Ça ne m’a pas empêché de revoir sur Max les 12 saisons de The Big Bang Theory. Outre ses personnages géniaux et son humour ravageur, la série a aussi le mérite de nous rappeler l’évolution ultra rapide des technologies au début des années 2000. 

The Gilmore Girls :
Série dont j’avais beaucoup entendu parler mais dont je craignais la mièvrerie. Quand j’ai su que la série avait été créée par Amy Sherman Palladino, je me suis précipitée. Et je suis devenue accro. Donc, je vais un peu m’étendre sur cette série, plus profonde qu’il n’y paraît.

Dans le cadre très conventionnel d’une série familiale, le quotidien de Lorelei et sa fille Rory dans une petite ville idéale, la scénariste dynamite les clichés, nous propose une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres, des dialogues brillants, sarcastiques, truffés de références au cinéma, aux célébrités de l’époque, a la littérature. Et pour les comprendre il faut un sacré bagage de culture américaine (ce qui fait que je ne comprends pas tout). D’autant que Lorelei parle très vite, et qu’il faut prendre la référence au vol.

Cette petite ville idéale, Stars Hollow, est l’image même de la façon dont les américains se rêvent : une communauté soudée, fière de son histoire (histoire des hommes blancs, évidemment), des commerces prospères, des fêtes régulières marquant les saisons. Or, comme le répète le personnage de Luke, tous ses habitants auraient leur place dans un hôpital psychiatrique.

S’il est beaucoup question d’amour — les amours de la mère comme de la fille — il est aussi beaucoup question d’argent — l’argent qui manque, l’argent comme moyen de faire du chantage, l’argent qui permet de s’élever dans une société américaine profondément inégalitaire. Lorelei est née dans une famille riche, conservatrice, typiquement WASP (et fière de l’être), qu’elle a quitté quand elle s’est retrouvée enceinte à 16 ans (so shocking pour son milieu social). Mais sa fille Rory est brillante. Or, aux Etats-Unis, il ne suffit pas d’être intelligent pour réussir. Il faut de l’argent pour intégrer une prestigieuse école privée. Puis une prestigieuse université. Lorelei va devoir marchander avec ses parents pour que sa fille puisse faire les études qu’elle mérite.

L’argent, c’est à la fois le pouvoir et le coup de chance (qu’on a ou qu’on n’a pas). C’est l’oligarchie mise à nue dans une série grand public, bon enfant et en apparence innocente.

Milo Ventimiglia jouant le rôle de Jess et Alexis Bledel jouant Rory Gilmore au début de leur relation.

Si j’ai choisi cette photo pour illustrer la série, ce n’est pas par hasard. Comme toute série s’adressant à un public d’adolescente, il fallait un Bad Boy. Quand j’ai vu arriver le personnage de Jess, j’ai été irritée, parce que je déteste les Bad Boy dans la vraie vie, les relations toxiques et les clichés qui allaient débouler. Et la romantisation des Bad Boys est dangereuse. J’ai cru le détester. Il s’avère pourtant être l’un des personnage les plus attachant de la série. D’abord parce qu’à côté du très fadasse Dean, le premier boyfriend de Rory, il est forcément plus intéressant. Ensuite, puisqu’il est tourmenté, c’est un personnage mieux construit. Il a une histoire de famille compliquée (père absent, mère à côté de la plaque, enfance à New York, pauvreté, problème avec l’autorité, etc) — et pour fuir son ennui, il s’est réfugié dans la littérature. Ce qui va le rapprocher de Rory, évidemment.

Au lieu d’être toxique, cette relation va être salvatrice, pour l’un comme pour l’autre, grâce à leur admiration mutuelle.

Enfin, cette série est illuminée par le personnage de Rory. Jeune fille sage, douce et timide, protégée dans son cocon et ses livres. D’une apparence très lisse, elle a paradoxalement le rêve de devenir reporter de guerre. Elle qui finira un jour, tardivement, par faire une crise, faire voler en éclat son chemin tout tracé, son image de jeune fille parfaite, quand son rêve sera piétiné.

Le personnage de Rory est impeccablement joué par Alexis Bledel, qui incarne Ofglen dans The Handmaid’s Tale, la première résistante rencontrée par June Osborne, rôle pour lequel elle a reçu un Emmy Award en 2017.

Bilan du mois de janvier & février 2025

Mois où notre héroïne aura eu deux otites et rempli beaucoup de tableaux Excel (les deux sont liés, l’otite étant une conséquence de l’allergie aux tableaux Excel).

En contrepartie, elle aura bénéficié des joies du salariat : la stabilité financière. Tout éphémère que soit cette stabilité financière.

Adagp & Algorithmes

A l’Adagp j’ai travaillé à plein temps au service presse. Toute la journée j’ai eu à piger des titres des magazines et des journaux.

Dont des journaux de droite.

Mes cheveux se sont dressés sur la tête quand je lisais certains articles. Plus que les cheveux, mes neurones. Les journalistes de droite pensent à l’envers de toute logique. Tout ou presque est absurde.

Chaque fois qu’ils crachent sur le « Wokisme », c’est sur le drapeau tricolore qu’ils crachent. La Déclaration des droits de l’Homme, c’est woke; ce qui est écrit sur le fronton de nos mairies et de nos écoles, c’est woke; l’essence même de notre République est woke.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, circa 1789, huile sur bois, Musée Carnavalet, Paris — source Wikimedia
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, circa 1789, huile sur bois, Musée Carnavalet, Paris — source Wikimedia — comble du Woke

L’anti-wokisme est anti-français. Or, les journalistes de droite se prétendent patriotes. Il s’agit d’une hypocrisie. Et pire même, d’un blasphème.

Et dans un journal, contrairement à un réseau social, vous ne pouvez écrire un commentaire en démontrant par A + B pourquoi ce qui est écrit est hypocrite et blasphématoire.

C’est à la fois frustrant et déprimant.

A un moment où l’image des réseaux sociaux est ternie parce que leurs patrons ont prêté allégeance à Trump (et supprimé la modération) et que certains ont décidé de quitter Meta, il me semble juste de rappeler leur utilité : pouvoir réagir, pouvoir rétablir la vérité, pouvoir exprimer son indignation.

Et si Facebook et Twitter sont des nids de fachos, Instagram est avant tout un monde d’images et de beauté. Or, j’ai besoin de ma dose de beauté quotidienne.

Instagram est aussi un immense fan club, le seul réseau social où l’on peut s’abonner à un Hashtag — de John Lennon à Romain Gary en passant par l’Histoire de l’art et Bookstagram (le plus puissant des Hashtags, pour rappel) — et donc, n’être pas entièrement soumis à un algorithme — mais voir dans son fil ce qui nous passionne (et donc, nous fait du bien). Adam Mosseri à beau dire que c’est le texte qui est plus important que le Hashtag pour l’algorithme, il semble avoir oublié le détail de l’abonnement.

C’est le conseil que je donne à tous les créateurs de contenu : mettez des Hashtags — & toujours penser « à quoi mes lecteurs potentiels pourraient être abonnés » (donc, éviter les Hashtags ultra pointu auxquels personne ne penserait).

Le mot Hashtag  en bleu sur fond rose répété 6 fois pour souligner leur importance sur Instagram.

C’est aussi l’un de mes gagne pain, je me dois de le préciser pour être tout à fait honnête avec mes lecteurs, puisque je suis toujours Social Media Manager, même si moins ces temps derniers.

Je vais encore travailler à l’Adagp jusqu’en juin, au service exposition cette fois-ci.

Incendies & Salut Nazi

L’année aura commencé par deux symboles fort :

D’abord l’incendie de Los Angeles qui, pour tragique qu’il soit, aura braqué les yeux du monde entier sur le réchauffement climatique. Et comme le disait Earthlyeducation, ce n’est pas une « tragédie, c’est un crime ». Avec l’espoir que cette fois-ci, les personnes les plus influentes de la planète, les stars hollywoodiennes, se feront les apôtres de la lutte contre le réchauffement climatique.

Ensuite, second symbole fort, le Salut Nazi d’Elon Musk (pas de photo, tout le monde l’a vue). Trump ne cessait de bramer en 2024 « je suis pas un nazi ». Bon, maintenant les masques sont tombés. On sait désormais que le second mandat de Trump sera fasciste ou ne sera pas. Mais comme Trump est un agent immobilier, ce sera du facho version Saint Tropez. A peine son serment prêté, Donald Trump a complètement explosé la fenêtre d’Overton.

Mais puisqu’il veut annexer le Groenland, Gaza et le Canal de Panama, je propose qu’on rende New York à la France et qu’on lui donne à nouveau le nom de Nouvelle Angoulême, beaucoup plus joli que New York. Après tout, les français y étaient les premiers, juste après les populations autochtones.

On pourrait même rendre ces terres aux Amérindiens (je crains qu’il ne reste plus beaucoup de Lenapes qui en étaient les habitants originels), puisque ce sont les seuls à n’être pas des immigrés dans ce pays qui a la mémoire courte, toujours prompt à vouloir refouler les derniers arrivés après avoir pris la place de ceux qui étaient là avant.

Et on déporterait les New Yorkais ailleurs. L’Angleterre me paraît un bon choix : après tout ils partagent la même langue, la même religion et le même snobisme.

Carte de la Nouvelle France telle que nommée par Jean de Verrazane en 1524
Carte de la Nouvelle France telle que nommée par Jean de Verrazane en 1524

Le chêne & sa chaîne

Au cours d’une de mes balade dans la forêt, je suis tombée sur un chêne qui tentait de se défaire des chaînes qui l’étranglait. C’est l’histoire de ma vie.

Florilège de janvier

Florilège de février

Mon problème avec Le problème à 3 corps

Attention : Spoiler. Si vous avez l’intention de regarder cette série, ne lisez pas ce qui suit.

Au début j’ai été happée par la beauté des images, l’intrigue, les personnages et le mystère, particulièrement la période dans les années 60 en Chine, la révolution culturelle, le camp de travail forcé, le radar géant, tout ça. J’étais prête à tout croire, même le jeu vidéo venu d’ailleurs censé être du marketing diplomatique, la secte d’illuminés, le pétro-milliardaire écolo, etc.

Et tout à coup, c’est devenu n’importe quoi : les gens paniquent et se suicident parce que des extra-terrestres vont arriver dans 400 ans !

400 ans c’est long.

Alors que personne ne panique pour le réchauffement climatique qui, lui, est déjà là — & bien plus terrible que de potentiels extra-terrestre dont on ne sait rien. Des extra-terrestres qui pourraient ne pas arriver — ou qui pourraient arriver et ne trouveraient plus personne parce que les humains se seraient auto-détruits tout seuls — ils font ça très bien.

Des choses bien pires arrivent tous les jours — des guerres, génocides, viols, oppression des femmes comme les talibans en Afghanistan, incendies, inondations, élection de Trump, salut Nazi d’Elon Musk — et personne ne panique, personne ne se suicide en masse.

Si on m’annonçait que des extra-terrestres devaient arriver dans 400 ans, je me dirais « Les pauvres ! Ils vont arriver dans une planète dévastée… »

Je n’ai pas pu terminer la série. Impossible d’accepter cette absurdité. Ou plutôt cette indécence. Ce n’est pas l’invraisemblance qui me choque, c’est l’obscénité de cette panique pour un problème trop lointain par contraste avec cette non-panique pour des problèmes immédiats.

Je n’ai pas lu le roman — peut-être que tout cela est expliqué — mais la série ne m’a pas du tout donné envie de le lire.

Hozro & Chindi :

J’ai beaucoup lu pour me documenter sur le sujet de mon prochain roman, les Navajos.

Et donc, beaucoup de romans de Tony Hillerman. Moi qui n’aime pas les polars — par impatience (je veux savoir la fin dès le début) — & par hypersensibilité (je n’aime pas avoir peur, je n’aime pas les cadavres qui s’empilent) — j’ai complètement été happée par ses romans.

D’abord pour la mythologie Navajo, à la fois détaillée et mise en contexte — qui place les personnages face à leurs contradiction : être policier quand on croit aux fantômes et qu’on cherche à les éviter (parce qu’ils donnent la maladie du fantôme, le chindi), c’est compliqué, pour le cas de Jim Chee ; être policier et confronté à la croyance en la sorcellerie quand on y croit pas comme dans le cas de Joe Leaphorn. Les meilleurs romans sont ceux où Jim et Joe travaillent ensemble, pour le contraste entre leur façon de raisonner et de voir le monde.

Ensuite pour la beauté des paysages décrits avec beaucoup de poésie par Tony Hillerman, paysages arides ou enneigés — et merveilleux nuages rougeoyant au soleil couchant — nuages porteurs de la pluie attendue — et d’orages d’une violence inouïe.

Paysage d'Arizona à la Mousson - Nuages roses et orange sous un ciel violet — montagnes noires au dessous
Arizona, Sunset, Monsoon — Image by Gene Taylor from Pixabay

Aussi parce que je suis tombée amoureuse de Jim Chee, de son physique Navajo typique, de son innocence et de sa façon de voir le monde — chercher l’harmonie et la beauté en toute circonstance — en regardant un nuage ou en pratiquant ses rituels — ne pas comprendre la vengeance ni la cupidité — la façon dont il examine le comportement des hommes blancs, de l’extérieur, comme un anthropologue — un changement de perspective salutaire. Il veut devenir Yataalii (chanteur — que l’on considère improprement comme un chaman) tout en étant policier.

Pile de Tony Hillerman en version poche — sur le dessus, La Voie de l'Ennemi, premier roman avec Joe Leaphorn, paru en 1970
Pile de Tony Hillerman sur ma table de nuit — sur le dessus, La Voie de l’Ennemi, premier roman avec Joe Leaphorn, paru en 1970

Enfin, pour ce mot d’Hozro, qui signifie à la fois équilibre, beauté & harmonie, élément central de la pensée Navajo, suivre la voie pour être dans la beauté. Pour dire au revoir poliment, Joe Leaphorn dit « Marchez dans la beauté ». C’est la plus belle des formule de politesse.

Arizona, Arches — ph © Pixabay

Bilan décembre & 2024

Bonne année à tous !

Je vous souhaite une année 2025 pleine de magie & de merveilleux, pleine de rose & de paillettes (déjà moins terrifiante que 2024 ce serait pas mal). Une année de renouveau. Voire une année parfaite, puisque mathématiquement, 2025, c’est 45 au carré et il paraît que c’est cool (la précédente année au carré, c’était 1936, 44 au carré).

Happy 2025 écrit en jaune néon sur fond bleu de nuit

1. « Dans la vie, il faut savoir ce qu’on veut »

Si je me suis réveillée avec cette phrase dans la tête ce matin, c’est sans doute parce que je viens de terminer la relecture d’Orgueil et Préjugés. Et c’est le genre d’aphorisme qu’aurait pu dire Mary Bennet, la plus sentencieuse des cinq filles Bennet, ou une lapalissade proférée par Mr Collins.

Mais c’est aussi une phrase qui permet de faire un bilan : au cours de l’année écoulée, qu’avons nous voulu ?

Si nous avions voulu la paix et la démocratie, le respect des femmes et l’écologie, on peut dire que nous avons eu l’exact contraire. Mais, au risque de paraître égocentrique et frivole, je ne vais pas m’attarder sur l’état du monde, et faire comme si ça ne me concernait pas.

Je n’ai pas eu ce que j’ai voulu en 2024. Mais ce fut aussi l’année de la solidarité et de l’écriture, mon refuge dans les moments d’épreuve.

Je me demande bien à quoi sert de vouloir.

Je crois qu’il s’agit moins de vouloir que de rêver : rêver d’un avenir meilleur, de solidarité & de beauté, de paix & de sérénité, de merveilleux & d’utopie, pour soi et pour le monde.

Comme John & Yoko, je crois au pouvoir de l’imagination.

John Lennon & Yoko Ono en 1969 — La tête de John est posée sur la tête de Yoko aux longs cheveux noirs
John Lennon & Yoko Ono en 1969

2. Bilan décembre

Début décembre, j’ai préparé & programmé un calendrier de l’Avent sur le thème de la peinture pour être diffusé jusqu’au 24 sur Instagram. Bien m’en a pris, parce que ces publications ont fait décoller mon taux de couverture (c’était la minute professionnelle).

L’Adagp m’a rappelé pour faire un nouveau remplacement à partir du 9 décembre. J’ai eu la joie de revoir Paris, mes amis & mes collègues.

Après 4 jours passé à Paris, je suis retournée à Montbard pour être en full télétravail, privilège insigne (& exceptionnel). Avoir des chats pour collègues à ses avantages et ses inconvénients : ils sont plus affectueux mais ils manquent de conversation.

J’ai relu Orgueil & Préjugés dans une bonne traduction, celle de Sophie Chiari pour Le Livre de Poche — je n’en avais jusque là lu que des mauvaise — et j’ai pu constater à quel point l’écriture de Jane Austen à un effet euphorisant, autant pour son ironie mordante que sa tendresse pour ses personnages. Elle nous plonge dans la même béatitude qu’un film de Miyazaki.

Couverture d'Orgueil et Préjugés, traduction de Sophie Chiari — 
Le Livre de Poche — livre posé sur des draps roses
Couverture d’Orgueil et Préjugés, traduction de Sophie Chiari —
Le Livre de Poche

J’ai fêté Noël avec mon fils et mes chats. Pour le jour de l’an ce fut une raclette et au lit.

3. Résumé de mon année en images

Bon résumé de cette année : inondations et fleurs au printemps, pluie de chatons qui m’est tombé dessus cet été, neige très vite en hiver (une météo assez extrême), beaucoup de lectures, beaucoup de John Lennon, beaucoup d’écriture, un peu de trains.

4. Bilan séries & film & romans

Mom
La série est sortie en 2013, mais je l’ai découverte cette année. C’est celle qui m’a le plus étonnée, fait rire et pleurer. Allison Janney est exceptionnelle dans le rôle de mère indigne, menteuse et vacharde, qui progressivement devient attendrissante. Le scénario est admirablement bien écrit. Ça parle de réconciliation, de mauvais choix et de seconde chance, et c’est de dont j’avais besoin en 2024.

Visuel de Mom : une mère a installé ses bras autour de la tête de sa fille, qui a l'air terrorisée — la mère donne l'impression d'étouffer sa fille avec le sourire.

Mon meilleur film de 2024, sans surprise, est Asteroid City de Wes Anderson, pour son mélange de beauté et d’humour.

Scène du film Asteroid City de Wes Anderson
Scène du film Asteroid City de Wes Anderson

Mon meilleur roman de 2024 est Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea, pour son romanesque, son inventivité, sa poésie, sa façon de mêler l’art et la politique.

Couverture de Veiller sur elle de Jean Baptiste Andrea sur une housse de couette bleu nuit à motifs fleuris
Couverture de Veiller sur elle de Jean Baptiste Andrea sur une housse de couette bleu nuit à motifs fleuris

Bilan du mois de novembre

Le mois de novembre avait si bien commencé avec une vidéo de promotion des « Méditations Mix » de Mind Games où John Lennon dit de sa voix espiègle que si on sourit au monde, tout le monde rigole à la fin.

Souris au monde et le monde te le rendra

Election de Trump

Mais on n’a pas rigolé. Le monde non plus.

Donald Trump s’est fait réélire.

Pour commenter la réélection de cet abruti dangereux par des misogynes hystériques (qui se sont empressé d’hurler « votre corps mon choix »), des racistes décérébrés, des complotistes en roue libre et une communauté hispanique suicidaire, je ne posterai qu’un dessin du génialissime Tom Gauld, parce qu’un dessin vaut toujours mieux qu’un discours, surtout pour illustrer ce cauchemar:

une romancière s'enferme 5 ans pour écrire une dystopie horrifique. Quand elle sort de chez elle, la réalité a dépassé sa fiction (surveillance, soldats sur-armés, asservissement des femmes sous-entendu par leur costume de Servante Ecarlate)
Reproduit avec l’aimable autorisation de Tom Gauld

Ciel Bleu

Twitter étant devenu le bulldozer de l’extrême droite américaine depuis le rachat par Elon Musk, tous les scientifiques, journalistes et peuple de gauche a migré sur Bluesky après l’élection de Trump. 10 millions de nouveaux abonnés dans la journée du 14 novembre. Puis 1 millions de nouveaux abonnés par jour. Ils en sont à 24 millions début décembre. Un réseau de micro-blogging fiable et sûr pour nous informer est plus que jamais nécessaire.

Et aussi ça :

Remarque : Il n'est désormais plus nécessaire d'aller sur X pour avoir les dernières infos sur un évènement historique en train de se dérouler.Bluesky est aussi à jour que X.Du coup les médias qui continuent à aller sur X, va falloir assumer votre choix idéologique (ou changer de source d'infos).

Cédric Mas (@cedricmas.bsky.social) 2024-12-07T17:18:02.742Z

(à propos de la chute du régime de Bachar Al-Assad en Syrie le 7 décembre)

12 novembre

J’ai pris le bus 120 pour aller à Semur en Auxois pour un entretien obligatoire. Arrivée à mon rendez-vous je découvre que j’ai perdu mon téléphone. J’ai passé l’heure de mon entretien à m’angoisser — imaginer la vie sans téléphone — un téléphone qui ne m’appartient pas — loué chez Free — qui me ferait sans doute payer le téléphone perdu — & je n’aurais pas les moyens d’en acheter un nouveau. Vous avez le tableau : panique.

Et tout ça en devant répondre aux questions de mon interlocuteur.

J’ai attendu le bus de retour durant une heure en faisant les cent pas dans le froid et dans l’angoisse.

Et là, magie : je suis tombée sur mon téléphone dès que je suis entrée dans le bus. C’était le même bus et le même chauffeur qu’à l’aller. Et le chauffeur avait trouvé et gardé mon téléphone. Les chauffeurs de Mobigo sont des héros. Je leur rend hommage aujourd’hui.

Semur en Auxois — une des plus jolie ville de Bourgogne — au milieu coule l’Armençon — Ph © Bourgogne-Tourisme

20 novembre

Neige abondante. Le paysage morne de mon bout de Bourgogne s’est transformé en paysage de roman russe (avec des chats).

21 novembre

La neige a eu un effet magique sur mon lave-linge qui a enfin accepté de laver le linge. Ma machine est une vieille dame avec des rhumatismes qui ne peut marcher que lorsque le temps est ultra sec. J’ai passé 5 jours à faire des machines pour faire disparaître la pile de linge sale accumulée au cours de ces 3 mois. Soulagement. Et mon mal de dos a disparu avec le linge sale.

Panier à linge vide posé sur parquet devant un papier peint à motif de fleurs
Panier à linge vide — les fleurs ont toujours la tête en bas par contre.

Adagp, le Come Back

C’était déjà un running gag en 2017, ça l’est toujours en 2024 : l’Adagp m’a rappelé fin novembre pour faire un remplacement de 3 mois à partir de décembre. Cette fois-ci au service Exposition. Ce doit être mon dixième remplacement. J’aurais donc travaillé dans presque tous les services de l’Adagp. Je suis ravie de retrouver mes collègues — & Paris — & mes amis que je n’ai pas vu depuis un an.

Florilège du mois de novembre en photo

Bilan séries

Cette fois-ci ce sera court : je me suis réabonnée à Netflix et au lieu de regarder de nouvelles séries, j’ai revu des séries qui m’avaient marquées et manquées : Mercredi et Sex Education (et en revoyant toutes les saisons d’affilées, je la trouve encore meilleure que dans mon souvenir).

Visuel pour la 4e saison de Sex Education

Bilan du mois d’octobre

Notre personnage est bien devenue une héroïne stendhalienne mais pas une héroïne riche et romanesque, une héroïne pauvre, qui s’ennuie et rêve d’une vie pleine d’aventures. Elle est devenue Lamiel.

Charles de Steuben, Liseuse, 1829, Musée d'art de Nantes — Source, Wikimedia. Jeune femme brune vêtue d'une robe blanche à la mode de 1830. Elle a un livre sur le genou mais regarde à sa gauche, la main appuyée sur sa main droite, comme si elle rêvait aux scènes qu'elle venait de lire. Parfaite incarnation du personnage de Lamiel, qui rêvait d'aventures comme dans les livres.
Charles de Steuben, Liseuse, 1829, Musée d’art de Nantes — Source, Wikimedia.
Parfaite incarnation du personnage de Lamiel, qui rêvait d’aventures comme dans les livres

Tout d’abord, des nouvelles de la pile de linge sale : elle a décru grâce à une amie compatissante qui a fait quelques lessives pour moi.

Point chatons : 3 sur les 4 chatons qui sont arrivés cet été ont été stérilisés (non sans mal, puisqu’il a fallu en piéger 2 qui refusaient de se laisser attraper pour être mis dans une boîte de transport). De gauche à droite : Messidor (le plus adorable et le plus doux des chatons), Thermidor (aka Terminator Le Terrible), et Court sur Patte (nom donné par mon fils que je trouve légérement insultant — moi je voudrais la nommer Patricia).

Point écriture: j’ai passé beaucoup de temps à relire une énième fois 1979 et apporter pas mal d’améliorations.

Le 14 octobre

Signature d’un accord historique entre Meta & l’Adagp

Personne n’y a prêté attention parce que la plupart des individus postent leur contenu en toute illégalité sans se soucier du droit d’auteur.

Or, ils vont désormais pouvoir poster en toute légalité (sans le savoir), des images du répertoire des artistes de l’Adagp.

Ce que j’espère, c’est que de nombreux artistes vont adhérer à l’Adagp pour pouvoir bénéficier des mannes de Meta.

Je vais pouvoir poster sur Instagram du Derain et du Kupka, du Niki de Saint Phalle et du Dora Maar.

18 octobre

L’assassinat à Paris du cycliste, Paul Varry m’a horrifiée. Et ce qui est encore plus atroce, c’est la rengaine des types de droite qui profitent de sa mort pour dire « Oui mais les cyclistes ils font n’importe quoi ». Ça m’a mise dans une rage folle — une vraie colère — une indignation bouillonnante. C’est à la fois indécent et injuste.

Les automobilistes tuent. Pas les cyclistes.

Et qu’il faille encore en 2024 rappeler cette évidence m’horrifie sur mes contemporains. C’est du pur Victim Blaming. J’ai posté et re-posté l’infographie de David Beliard montrant les victimes des voitures en 2022 :

Mais ça ne me suffisait pas, ma colère ne passait pas. Je me suis consolée avec Romain Gary :

Cette explication de Romain Gary vaut aussi pour la réélection de Donald Trump et les masculinistes triomphants. Et de manière générale, pour le monde dans lequel nous vivons.

Fééries d’automne

On s’en doutait un peu, l’automne est arrivé en octobre. Mais cette fois-ci, en Bourgogne, il fut exceptionnellement chaud et ensoleillé. D’un point de vue météorologique, ce fut un mois souriant. Les couleurs allaient à ravir avec le bleu du ciel.

Florilège en photos :


Bilan Séries

Je n’avais pas fait de bilan séries le mois dernier. Je me rattrape cette fois-ci, avec les séries vues en septembre & en octobre.

Shogun

De très beaux kimonos, beaucoup de sepukku, plus de poésie que de violence, plus de lenteur que d’action, un personnage féminin central et complexe, c’est une belle série, avec de bons acteurs mais je ne vois pas trop ce qui méritait cette pluie de prix qu’elle a reçu.

Disponible sur Disney+

Pachinko

L’Histoire d’une famille coréenne installée au Japon, des années 30 aux années 90, entre tragédies et histoires d’amour impossibles, guerre et questions politiques. Le rythme est un peu lent, l’action très diluée, l’histoire est plutôt sombre, mais j’ai appris plein de choses sur le racisme anti-coréen des japonais, sur la vie dans les bidonvilles au japon des années 30, la survie durant la guerre.

Disponible sur Apple+

Only Murders in the Building

Loufoquerie, extravagance, humour — beaucoup —, ridicule — beaucoup aussi — mais un jeu avec le ridicule. Et de magnifiques papiers peint.

Les acteurs sont extraordinaires, avec un nouvelle brochette de stars à chaque saison, dont Paul Rudd dans deux rôles complètement différents, et la toujours géniale Jane Lynch.

Et, à partir de la S3, la présence rayonnante de Meryl Streep qui joue à la perfection l’actrice timide qui a été refusée à tous les castings, une vieille actrice qui n’a connu que l’échec et qui s’émerveille qu’on puisse lui trouver du talent.

Disponible sur Disney+

Sugar

Série moins drôle que la précédente mais tout aussi surprenante. Ça commence comme une série policière ultra classique… et ça devient autre chose. Le détective joué par Colin Farrell, John Sugar, est non seulement allergique à la violence, ultra gentil, ultra humain, c’est aussi un cinéphile. Ce qui nous fait croire que cela justifie les scènes entrecoupées de films noirs des années 40/50. Or, c’est pas si simple.

Moi qui n’aime pas les twists, j’ai beaucoup aimé celui de la série. Il n’est pas seulement surprenant, il est aussi poétique — et même philosophique : humain trop humain.

Disponible sur Apple+

Visuel de la série Sugar sur Apple TV

Slow Horses

Chef d’oeuvre d’humour British et d’humour tout court. Comédie d’espionnage dont le but avoué est d’être un anti-James Bond. Gary Oldman y joue un directeur d’agence odieux et affectueux en même temps, qui surjoue son personnage de vieux dégueulasse pour mieux humilier les puissants, un vieil espion du temps de la guerre froide qui a connu les prisons de la Stasi et les coups tordus des taupes. Vieux loup de mer ayant appris à surnager en eau trouble et qui a toujours un coup d’avance. Son équipe de bras cassé est pleine de ressources. Il est entouré d’une galerie de personnages hilarants et agaçants.

Kristin Scott Thomas en personnage machiavélique est plus impériale que jamais. Elle joue à la perfection les « femmes dures » & se demande d’ailleurs d’où ça lui vient.

Série qu’on ne peut plus lâcher une fois qu’on l’a commencée, même quand on est comme moi allergique à la violence.

Disponible sur Apple+

Mrs America

Excellente série avec un casting extraordinaire (Cate Blanchett, Rose Byrne…) sur les combats féministes des années 70 et de la réaction hypocrite des bourgeoises blanches contre la loi sur l’égalité. Ce que cette série fait comprendre, c’est que c’est par pure ambition politique que la militante conservatrice Phyllis Schlafly (jouée par Cate Blanchett) se bat contre l’égalité, en prétendant que le rôle de la femme est de rester à la maison et doit obéir à son mari, alors qu’elle fait tout le contraire. Ce dont elle rêve, c’est de devenir ministre dans un prochain gouvernement républicain. C’est juste un moyen se se faire de la pub. Sinon, Rose Byrne en Gloria Steinem donne envie d’être Gloria Steinem : pour sa calme détermination et son élégance.

J’imagine qu’on a peu parlé de cette série parce que c’est très politique et très américain. Elle est indispensable pour comprendre ce qui s’est joué pour le féminisme américain dans les années 70 et le backlash qui en est le contrecoup dans les années 80. Backlash qu’on revit aujourd’hui avec la réélection de Trump.

Disponible sur Prime Video

Bilan Films

Asteroid City

J’avais hâte de pouvoir voir le dernier film de Wes Anderson. Malgré les critiques négatives, je n’ai pas été déçue. Un concentré de tout ce qui fait la poésie des films de Wes Anderson : mise en abîme qui emboite les récits comme des poupées russes (un narrateur, un dramaturge, une pièce de théâtre, un film), l’irréalité, du décor comme de l’histoire, d’immenses acteurs, la froideur des sentiments, mise en scène au cordeau, le jeu avec les décors. C’est beau, émouvant, surprenant, drôle. Du Wes Anderson à l’état pur.

Disponible en location sur différentes plates formes.

3 idées stupides sur le télé-travail

Après le confinement une nouvelle catégorie de la population a découvert le télé-travail. Et plein de gens se sont mis à énoncer des idées farfelues sur comment travailler de chez soi comme si c’étaient des vérités éternelles. Ça fait à peine trois mois qu’ils ont découvert les joies du travail à la maison qu’ils s’auto-déclarent experts en la matière.

En ignorant évidemment que cela fait plusieurs siècles que des individus travaillent de chez eux sans qu’ils se sentent obliger de débiter des âneries sur le sujet (les écrivains, les éditrices et éditeurs, les iconographes, les traducteurs & traductrices, graphistes, dessinateurs, toutes sortes d’artistes et de freelance… liste non exhaustive).

1. Il faut s’habiller pour travailler

De toutes les idées stupides, c’est celle qui obtient le pompon. Les néo-télé-travailleurs vous disent doctement que pour se mettre dans de bonnes conditions de travail, il faut être revêtu de son costume cravate.

Pourquoi c’est faux ? D’abord parce que la tenue de celui qui travaille chez lui est la robe de chambre (on le sait depuis Balzac, mais c’était déjà pratiqué bien avant — la robe de chambre est l’uniforme de l’écrivain), et ce n’est pas pour rien : confort, chaleur, liberté de mouvement et plein d’autres avantages qu’il est inutile de démontrer. Ensuite parce qu’on évite de perdre du temps à s’habiller en restant en pyjama. Par ailleurs, autre avantage non négligeable, cela fait des économies de lessive et d’achat de vêtements.

Balzac dans sa célèbre robe de chambre (aussi désignée comme une robe de bure), par Louis Boulanger, 1836, Musée des Beaux Arts de Tours — Source : Wikimedia
Balzac dans sa célèbre robe de chambre (aussi désignée comme une robe de bure), par Louis Boulanger, 1836, Musée des Beaux Arts de Tours — Source : Wikimedia

2. Il ne faut pas travailler dans sa chambre

Complètement idiot. Toujours dans cette optique de se mettre dans de bonnes conditions de travail, il faudrait trouver une pièce hermétiquement close, éloignée de toutes les distractions possibles : enfants, chats, conjoints, vue sur la campagne ensoleillée. Ce devrait être un lieu entièrement consacré au travail, un temple de la productivité, pour ne pas mêler l’intime au professionnel.

Saint Jérôme dans sa cellule, par Jan van Eyck (1442), Detroit Institute of Art — Source : Wikimedia
Saint Jérôme dans sa cellule, par Jan van Eyck (1442), Detroit Institute of Art — le « temple du travail » idéal selon les donneurs de leçon, sans le lion, évidemment, source de distractions — Source : Wikimedia

Pourquoi c’est idiot ? Parce que la distance entre son lit et son bureau étant la plus courte, c’est un gain de temps considérable. Ensuite, les distractions sont nécessaires à un travail bien fait. Le cerveau a besoin de faire des pauses afin d’être plus performant (« la capacité de concentration de notre cerveau s’établit entre 45 et 90 minutes, en fonction des individus. Au-delà, notre cerveau se fatigue« ). Et de toute façon, nous ne sommes jamais autant dérangé que dans une entreprise, quand Jacqueline ou Bertrand vient nous raconter ses vacances et/ou son week end. Et franchement, se faire déranger par un chat est beaucoup plus intéressant.

Et en quoi dissocier l’intime du professionnel serait-il mieux ? D’où sort cette idée tordue ? N’est-on pas au contraire plus productifs lorsqu’on est entouré par nos objets du quotidien, l’environnement qu’on a décoré avec soin, avec nos photos de famille et/ou de nos artistes préférés, nos livres et notre bazar ?

Quant à la vue sur la campagne ensoleillée, qui est le privilège des ruraux et néo-ruraux, elle est nécessaire pour réguler notre horloge biologique dont les bénéfices ne sont plus à prouver (meilleur sommeil, meilleure concentration & énergie, etc), sans parler de l’apport en vitamine D. Mettre son bureau face à la fenêtre dans sa chambre est le meilleur conseil qu’on puisse vous donner.

3. Il ne faut pas travailler dans son lit

Le pauvre poète par Carl Spitzweg, 1839, Neue Pinakothek, Munich — source : Wikimedia — un homme assis dans un lit avec un bonnet de nuit sur la tête et une plume entre les dents, tient d'une main une feuille de papier et de l'autre compte (ses rimes). Au-dessus de sa tête il a installé un parapluie pour se protéger des fuites d'eau. Intérieur encombré et vitre cassée.
Le pauvre poète par Carl Spitzweg, 1839, Neue Pinakothek, Munich — source : Wikimedia

Encore une idée à la noix. Mais cette fois-ci elle ne concerne que ceux qui travaillent sur un ordinateur portable (ou une tablette, ou un carnet). Travailler dans son lit serait une idée du démon. C’est pas pro. C’est sale. C’est paresseux. Vieille idée venant sans doute de relents religieux avec les 7 péchés capitaux et tout ça. Si vous travaillez dans votre lit, vous finirez pauvre et avec des fuites dans votre toit (voir illustration ci-dessus).

De George Sand à John et Yoko, la liste est longue des idées géniales qui sont nées dans un lit. John n’a-t-il pas eu l’idée de la chanson I’m only sleeping justement parce qu’il ne voulait pas sortir de son lit ? (et il l’a donc écrite dans son lit, sur une feuille qui traînait sur sa table de nuit).

John et Yoko ayant des idées brillantes dans leur lit à Tittenhurst en juillet 1971 — ph © Kieron "Spud" Murphy — 
Images extraites de l'ouvrage Imagine John Yoko — photos en noir & blanc. La productivité est meilleure dans un lit, ils l'ont prouvé.
John et Yoko ayant des idées brillantes dans leur lit à Tittenhurst en juillet 1971 — ph © Kieron « Spud » Murphy —
Images extraites de l’ouvrage Imagine John Yoko

Là aussi, gain de temps et de productivité, on n’a même plus les trois pas à faire pour atteindre son bureau. Cela évite le mal de dos lié à la chaise. Cela évite les montages compliqués à faire pour que l’écran soit à hauteur d’yeux et le clavier à la bonne hauteur des mains. Confort absolu.

Et puis, même plus besoin de robe de chambre ou de gros pull (économie de lessives et d’achats de robes de chambres). On est au chaud dans sa couette.

Et comme le lit est un lieu ultra intime c’est précisément là que naissent les idées les plus créatives.

 Jérôme Bosch, Les Sept péchés capitaux, entre 1505 & 1510, Musée du Prado, Madrid — la paresse se trouve en haut à droite, le monsieur dort sur une chaise avec un coussin — Source Wikimedia
 Jérôme Bosch, Les Sept péchés capitaux, entre 1505 & 1510, Musée du Prado, Madrid — la paresse se trouve en haut à droite, le monsieur dort sur une chaise avec un coussin et c’est mal — Source Wikimedia

Habitude & trepalium

Moi je crois que ces conseils données par des néophytes en télé-travail ne servaient qu’à les rassurer eux-même en reproduisant leurs habitudes de salariés. Parce que les pauvres, ils étaient perdus. Parce que l’idée de travailler confortablement les faisaient culpabiliser. Parce qu’ils sont pétris de cette idée qu’un travail doit se faire sérieusement dans un cadre froid et hostile. Parce que le travail doit être pénible.

L’étymologie du mot « travail » est assez éloquente sur le sujet :

« Durant l’Antiquité, le terme bas latin trepalium (attesté en 582) est une déformation de tripalium, un instrument formé de trois pieux, auquel on attachait les animaux pour les ferrer ou les soigner, ou les esclaves pour les punir. Le mot travail apparaît au XIIe siècle, selon Alain Rey pour qui il s’agit d’un déverbal de travailler, issu du latin populaire tripaliare, signifiant « tourmenter, torturer avec le trepalium ». Au XIIe siècle, le mot désigne aussi un tourment psychologique ou une souffrance physique (le travail d’accouchement). On trouve aussi le verbe latin tribulare « presser avec la herse, écraser (le blé) » ou, en latin ecclésiastique, au sens figuré de « tourmenter ; torturer l’âme pour éprouver sa foi ». Du Cange relève le mot tribulagium qui dénomme une corvée due au seigneur, qui consistait à battre le blé ou à broyer des pommes pour produire du cidre. Le mot vient du mot latin tribulum qui désigne une herse destinée à cet effet. »

Travail à ferrer. Dessin dans le Petit Larousse illustré de 1925 (je vous ai épargné le dessin du Tripalium…) — source : Wikimedia

Et vous, quelles sont les conseils les plus stupides que vous ayez lu sur le télé-travail ?

Quels sont vos propres conseils ?

Découvrir Romain Gary en 5 romans

Si vous souhaitez plonger dans l’univers de Romain Gary mais que vous ne savez pas par où commencer, voici 5 des romans les plus étincelants de Gary, ceux qui vous permettront d’être happé par son univers. Choix absolument subjectif, évidemment.

1. La promesse de l’aube

Romain Gary, regardant l'objectif, en uniforme de l'armée de l'air des Forces Françaises Libre signant des photographies de lui-même au moment de la parution de son premier roman, Education Européenne en 1945. Photo en noir et blanc. Illustration que j'ai choisie pour évoquer La promesse de l'aube de Romain Gary.
Romain Gary en uniforme de l’armée de l’air des Forces Françaises Libre signant des photographies de lui-même au moment de la parution de son premier roman, Education Européenne en 1945 — le héros a rempli l’un de ses enjeux : devenir écrivain français. Ph © AFP

La meilleure introduction à Romain Gary, la meilleure façon de le connaître, de rencontrer sa vie et son écriture. On croit lire une autobiographie mais comme le disait Gary, « il s’agit avant tout d’une vérité artistique», belle façon de dire qu’il a beaucoup romancé sa vie.

Il met en scène son enfance à Vilnius, son arrivée en France, ses études à Paris, l’armée de l’air, la guerre. Il ne s’agit pas seulement du récit de sa vie, du destin promis à sa mère , il s’agit de justice, du monde dans lequel nous vivons et des monstres que nous devons affronter.

« J’ai voulu disputer aux dieux absurdes et ivres de leur puissance, la possession du monde, et rendre la terre à ceux qui l’habitent de leur courage et de leur amour. »

Et comme tous les textes de Gary, c’est hilarant, puisque sa grande magie, c’est de jouer avec les paradoxes pour mêler la gravité à l’humour, la farce au tragique. 

2. Les Enchanteurs

Personnages vêtus à la mode du 18e siècle, portant des masques et costumes de la Commedia dell Arte, dansant le menuet dans un paysage imaginaire évoquant Venise. Ce tableau de Tiepolo évoque pour moi La "fête vénitienne" selon Les enchanteurs de Romain Gary
Tiepolo, Le Menuet — Source : Google Art Project
La fête vénitienne selon Les enchanteurs de Romain Gary

Un vieil écrivain habitant rue du Bac dans les années 70 est devenu immortel parce qu’il a « charge d’amour ». Il raconte son adolescence à Saint Petersbourg dans les années 1770 lorsqu’il se nommait Fosco Zaga et appartenait à une tribu de magiciens. Roman sur l’amour, la magie et la « fête vénitienne» pour lutter contre les forces obscures. Et réflexion sur l’écriture : un romancier est un enchanteur. 

« Plaire, séduire, donner à croire, à espérer, émouvoir sans troubler, élever les âmes et les esprits, en un mot, enchanter, telle est la vocation de notre vieille tribu, mon petit… C’est pourquoi tant d’esprits chagrins, qui ne discernent nulle part le moindre sens caché ni la moindre étincelle d’espoir, nous traitent de charlatans… »

3. Les cerfs volants

Une jeune femme aux grands yeux bleus mélancoliques et aux cheveux courts est entourée de fourrure et d'un halo de pastel bleu turquoise qui évoque un coquillage. Illustration que j'ai choisie pour illustrer Les Cerfs volants de Romain Gary
Stanisław Ignacy Witkiewicz dit Witkacy, Stefania Tuwim, 1929, Coll part. — Source : Wikimedia — belle incarnation du personnage de Lila — mystérieuse & mélancolique

Ludo Fleury est élevé dans un petit village de Normandie par son oncle, le « facteur timbré » — « timbré » parce qu’il est pacifiste et parce qu’il a la passion des cerfs-volants — & notamment des cerfs-volants historiques : Jean-Jacques Rousseau, Jean Jaurès, Léon Blum, etc. Les Fleury ont une très bonne mémoire. Ludo tombe amoureux d’une jeune aristocrate polonaise à la veille de la seconde guerre mondiale.

On pourrait résumer ce roman à l’Histoire de la Résistance vu par un jeune homme amoureux avec au passage une explication sur ce qui fait vraiment la grandeur de la France. C’est évidemment beaucoup plus que ça. Une réflexion sur le pouvoir de l’amour, le combat de la légèreté contre la lourdeur, de la folie douce contre l’esprit de sérieux.

« Alors, cette jeune femme que tu as continué à imaginer pendant trois ans avec tant de ferveur, quand tu la retrouveras… Il faudra que tu continues de l’inventer de toutes tes forces. {…} Rien ne vaut la peine d’être vécu qui n’est pas d’abord une œuvre d’imagination, ou alors la mer ne serait plus que de l’eau salée… {…} Bien sûr il faut toujours prendre les choses telles qu’elles sont. Mais c’est pour mieux leur tordre le cou. La civilisation n’est d’ailleurs qu’une façon de tordre le cou aux choses telles qu’elles sont… »

4. L’angoisse du Roi Salomon

Un vieil homme barbu est assis près d'une fenêtre d'où vient une lumière dorée dans un intérieur sombre. A sa droite se trouve un escalier en colimaçon et une vieille femme qui remue des braises dans la cheminée. Illustration que j'ai choisi pour l'Angoisse du Roi Salomon de Romain Gary.
Rembrandt, Le philosophe en méditation, 1632, Musée du Louvre — Source : Wikimedia — ce philosophe méditatif illustre bien le personnage de Salomon cherchant à apaiser les souffrances du monde.

Roman signé Emile Ajar — avec donc une écriture ajarienne, pleine de mots détournés de leur sens premier et de jeux avec la langue.

Salomon, ex roi du pantalon, recrute Jean, un chauffeur de taxi fasciné par les encyclopédies. Jean fait le récit des bontés de Salomon, qui vient au secours des solitaires en détresse. Il a installé un standard de SOS Amitié dans son appartement. Une foule d’angoissés téléphone. La sur-information fait des ravages. Connaître toutes les horreurs du monde les renvoient à leur impuissance. Sujet encore plus d’actualité avec l’avènement des réseaux sociaux. C’est aussi une double histoire d’amour et de pardon. 

« J’étais claqué, j’avais envie de me lever et de tout changer, de prendre les choses en main et de sauver le monde, du début jusqu’à la fin, en réparant tout depuis le début qui a été mal fait jusqu’à présent et qui n’a pas été sans causer des torts, et de revoir tout ça en détail, en bricolant des améliorations, de revoir tout en détail, tous les douze volumes de l’Histoire universelle et de les sauver tous jusqu’au dernier des goélands. »

5. Chien Blanc

Policiers blancs attaquant un adolescent noir à Birmingham en Alabama, 1963 — Ph © Bill Hudson/AP — photo qui avait provoqué un émoi au moment de sa publication — Kennedy a déclaré qu’elle "le rendait malade"
Policiers blancs attaquant un adolescent noir lors d’une manifestation à Birmingham en Alabama, 1963 — Ph © Bill Hudson/AP — photo qui avait provoqué un émoi au moment de sa publication — Kennedy a déclaré qu’elle « le rendait malade » — voir cet article.

Un des roman les plus autobiographique de Romain Gary. Texte sur l’Amérique dans les années 60, son racisme et ses injustices, sur la « société de provocation », sur la « plus grande puissance spirituelle de tous les temps : la Bêtise » (qui n’est pas circonscrite à l’Amérique, évidemment) — sur le délitement de son couple avec Jean Seberg, sur Mai 68 en France, sur le monde et les combats que Romain n’a plus envie de mener. Il est fatigué. 

« Cette ruée au pillage est une réponse naturelle d’innombrables consommateurs que la société de provocation incite de toutes les manières à acheter sans leur en donner les moyens. J’appelle « société de provocation » toute société d’abondance et en expansion économique qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu’elle provoque à l’assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu’elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit. »


J’aurais pu rajouter Les Racines du ciel, roman virtuose rendu brûlant d’actualité avec l’arrestation de Paul Watson, notre François Morel d’aujourd’hui, mais il est plus difficile d’entrer dans ce roman à cause de sa construction un peu trop virtuose justement. 


Les paradoxes de la postérité

Romain Gary à Rome en 1961 — ph © Sam Shaw

Ce qui est curieux avec Romain Gary, c’est que dans les années 50/60, avant même son mariage avec Jean Seberg, c’était une star aux Etats-Unis. Ses romans se vendaient comme des petits pains, il était loué par les critiques, écrivait certains de ses romans directement en anglais (comme Lady L ou Charge d’âme), écrivait des articles pour Life, était invité sur les plateaux télé, invité par Kennedy à la Maison Blanche, et pas seulement parce qu’il a été porte-parole de la France à l’ONU ou Consul de France à Los Angeles, mais bien en tant qu’auteur à succès dont les romans étaient (mal) adaptés par Hollywood.

Pendant le même temps, en France, il était méprisé. 

Après son Goncourt pour Les racines du ciel, certains critiques disaient que s’il savait plusieurs langues il ignorait le français. On lui reprochait de ne pas savoir écrire, on lui reprochait ses bons sentiments, son droit de l’hommisme, sa sentimentalité, son humour noir — et d’écrire des romans d’amour. Il fallait beaucoup de courage quand on était un homme dans les années 60 pour écrire des romans sur l’amour. Il y avait aussi un fond d’anti-sémitisme, évidemment.

On lui reprochait surtout de n’être ni communiste ni anti-communiste. Il était contre toutes les idéologies — et c’était un temps ou il fallait se choisir une idéologie. Quant à son engagement pour l’écologie, il était incompréhensible. 

Aujourd’hui que ses textes sont dans tous les manuels scolaires des petits français, qu’il est devenu « un classique » chez nous, il est presque complètement oublié par les américains. Ses romans ne sont plus disponible en anglais que chez les vendeurs d’occasion. Ils le connaissent comme mari de Jean Seberg et pour avoir provoqué en duel Clint Eastwood sur un tournage (duel décliné par Clint).

C’est un paradoxe qui aurait sans doute fait sourire Gary. Après tout, il devait devenir « le plus grand écrivain français » selon l’injonction de sa mère.

 

Bilan du mois de septembre

Où notre héroïne a du affronter un mal de dos fulgurant et un chaton punk qui ne respecte rien ni personne.

Mais reprenons depuis le début : on est passé de l’été à l’automne very quickly. En une nuit, du 1er au 2 septembre les températures ont chutées et la pluie s’est mise à tomber toute la journée.

Gérard et Ignace étaient à la fête.

Finalement, quelques jours de beaux temps sont venus faire un baroud d’honneur de l’été avant départ définitif.

J’avais déjà pas mal de problèmes dans ma vie, mais un problème inattendu est survenu : le lave-linge a rendu l’âme. J’ai fait venir un réparateur. Après avoir étudié l’objet, il en a conclu qu’il fallait remplacer la carte mère. Ce qui coûtait aussi cher que d’acheter une machine neuve. Et je n’ai absolument pas les moyens d’acheter une machine neuve (ni même d’occasion).

Gravure montrant une vue de profil et en hauteur d'une machine à laver de 1873
Washing engine, 1873-77 extrait de Les merveilles de l’industrie, vol. 2, gravé par Narcisse Navellier — Source : Wikimedia

Plus de machine = pile de linge sale qui s’accumule. A l’heure actuelle il occupe la moitié du palier. J’en fais des cauchemars la nuit.

Pile de linge sale — sur le dessus — une couette à motif d'étoiles. Au second plan, papier peint à motifs de fleurs, têtes en bas parce que le tapissier s'est trompé de sens.
Pile de linge sale sur le palier d’une maison en Bourgogne, fin septembre 2024 (où l’on peut observer que le papier peint a été mis à l’envers par le tapissier qui a fait n’importe quoi)
Ph © Clémence Zagorski

C’est là qu’intervient le chaton punk.

Thermidor est un chaton qui ne respecte rien, pas même l’endroit sacré où il dort. Il fait caca dans mon lit pendant mon sommeil. Quand je suis dans mon lit, donc. Que je découvre à mon réveil.

La seule solution était de fermer la porte de ma chambre pour la nuit. Ce que j’ai fait. Mais il suffit que je l’ouvre deux minutes pour aller remplir ma gourde et je le retrouve en train de faire pipi dans mon lit. 

C’est quoi son idée ? « Madame, c’est une urgence, je dois pisser dans votre lit »?

Et évidemment cette épidémie de pipi arrive pile au moment où mon lave-linge est en panne. La pile grossit. Mes cauchemars aussi.

Deux chatons sur un paillasson — l'un est noir et regarde le photographe avec hostilité — l'autre est tigré et son regard est plus surpris qu'hostile.
Deux chatons sur un paillasson — Thermidor est le chaton de gauche — vous voyez son air hostile sur cette photo ? Ph © Théodore de Vos

Je n’ai rien contre les chats noirs — & je ne voudrais pas qu’on m’accuse de perpétuer la légende « Chat noir = démon » — j’ai un ami chat noir (il s’appelle Noiraud) — mais Thermidor, c’est vraiment un chat du démon. Mon fils le surnomme Terminator, et ça lui va très bien.

Trois chats noirs volant dans les airs avec des yeux hagards  au milieu de citrouilles d'Halloween
« A Thrilling Hallowe’en. », vers 1910, Missouri History Museum — Source : Wikimedia

C’est là qu’intervient le mal de dos.

Tout à coup, après un énième pipi dans mon lit, j’ai ressenti une vive douleur à l’omoplate droite. Une douleur telle que respirer est devenu compliqué. J’ai pris un anti-douleur et me suis badigeonnée de Baume Saint Bernard.

Ça va mieux mais je crois que le message est clair : mon corps me dit qu’il en a plein le dos de tous ces pipis de chat qui s’ajoute à tous les autres problèmes. Le pipi est la goutte qui fait déborder le vase.

Fleurs multicolores dans un vase vert de forme allongée sur un fond de bruns et de gris.
Odilon Redon, Le vase vert, 1900, Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City — Source : Wikimedia

J’espère que mon mois d’octobre sera celui de la renaissance : nouveau lave linge, chatons assagis, billets d’euros comme s’il en pleuvait et un dos tout neuf.

En octobre, je veux être une héroïne stendhalienne pleine aux as.

jeune femme brune vêtue à la mode 1830, avec chapeau à plume et long rubans roses, robe beige à manches ballon, tenant un mouchoir rose dans sa main droite

Albert Marquet & l’eau

Albert Marquet n’aimait pas les théories sur la peinture.

Grand ami de Matisse, rencontré lorsqu’il était étudiant aux Arts Déco en octobre 1982, Marquet s’ennuyait quand son copain se lançait dans les théories et les discussions abstraites sur l’art. Ses idées sur le sujet étaient beaucoup plus simples :

« Mon opinion sur la peinture, c’est ma peinture ».

Albert Marquet, Balcon à l’auvent rayé (1945, huile sur panneau, 27 × 22 cm, coll. privée).
Source : Wikimedia.

Marquet s’ennuyait aussi quand une rivière n’avait pas de bateaux.

L’eau & les bateaux

Né à Bordeaux, avec un pied bot et des yeux myopes, c’est sur les quais qu’il fuyait les moqueries de ses camarades de classe. Les bateaux qui chargeaient et déchargeaient leur cargaison le fascinait.

Albert Marquet, Le Port d’Alger dans la brume (1943, huile sur toile, 65 × 81 cm, musée des Beaux-Arts de Bordeaux). Source : Wikimedia

Plus tard, quand il s’est mis à peindre, il a peint la Seine vue de sa fenêtre : le Pont Neuf à sa gauche, Notre Dame à sa droite.

Il a beaucoup voyagé, notamment en Algérie où il passait ses hivers avec sa femme, a beaucoup peint des ports, des mers, des lacs, des rivières, des fleuves. L’eau de manière générale. L’eau le ressourçait. L’eau comme apaisement.

Albert Marquet, Le Lac Léman vu de Montreux , 1937, huile sur toile, 50 × 61 cm, coll. privée
Source : Wikimedia

Mais c’était La Seine qu’il préférait. Parce que sur la Seine, il y avait des bateaux.

Albert Marquet, La Seine à Paris (1914-1915, huile sur toile, 63 × 80 cm, musée de l’Annonciade).
Source : Wikimedia

Même quand il va à Venise, ce ne sont pas les « pierres de Venise » qui l’intéresse, ni ses ruelles ou ses ponts, ni la Place Saint Marc. Ce sont toujours les bateaux.

Albert Marquet, Venise – Le paquebot, 1936, huile sur toile, 38 × 55 cm, coll. privée
Source : Wikimedia

Un faux Fauve

Catalogué à ses débuts parmi les Fauves parce qu’il utilisait comme eux les pigments purs, directement sortis du tube de peinture —, & parce qu’il exposait avec Manguin, Matisse, Derain & les autres — et notamment au fameux salon d’automne de 1905 qui leur a valu leur surnom (lorsque le critique d’art Louis Vauxcelles écrivit dans le quotidien Gil Blas : « Au centre de la salle, un torse d’enfant et un petit buste en marbre d’Albert Marque, qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l’orgie des tons purs : Donatello chez les fauves. »).

Albert Marquet, Affiches à Trouville (1906, huile sur toile, 65 × 81,5 cm, National Gallery of Art).

Mais ses couleurs s’adoucissent à partir de 1906 et c’est dans la nuance qu’il trouve sa poésie.

Albert Marquet, La Varenne-Sainte-Hilaire, la barque (1913, huile sur toile, 65 × 80,5 cm, coll. privée).
Source : Wikimedia

Moi, ce que j’aime chez Marquet, ce sont ses nuances de bleu et de mauve. Elles vous plonge dans la douceur et la rêverie, comme cette fabuleuse Île aux cygnes de 1919 :

L’Île aux cygnes (1919, huile sur carton, 75 × 81 cm, musée national d’Art moderne)
Source : Wikimedia

Je crois aussi que si j’aime tant Marquet, c’est que moi aussi je suis myope. Il montre la réalité telle que je la vois : floue.

L’eau, la Seine & les bateaux, un florilège :

Red Bubble & moi

Hep,

Une page de pub pour changer.

J’en parle rarement mais je continue à créer des design sur Canva pour les vendre sur Red Bubble.

Pour ceux qui l’ignorent Red Bubble est un site d’impression à la demande qui fabrique des tee shirt, mais pas que. Ils fabriquent aussi des tapis de souris, des mugs, des sacs à dos, des couvre lit, des tote-bag, etc.

1. Les Best Sellers

A ma grande surprise les deux design qui se vendent le mieux sont Jeanne d’Arc et mon hommage au 14 juillet, soit la religion et la République. Paradoxe amusant quand on connait l’anticléricalisme des républicains historiques.

2. Mes chouchous

Je ne crée pas uniquement des design qui me plaisent, ce serait un exercice vain. Je tente des trucs pour voir ce qui marche. Des trucs kawai avec des licornes pour les enfants, des trucs kitsch comme Sainte Rita avec des roses, de l’ésotérisme rigolo, des trucs sérieux, des chats et des vieilles gravures. Je me fais aussi des private jokes, des visuels que je suis seule à pouvoir comprendre (des références à mon roman 1979 principalement), parce que ça m’amuse.

Petite sélection de mes visuels préférés:

Lequel est votre préféré ?

Sinon, c’était le bon moment pour en parler, il y a une promo de 40% sur « l’art cosy et automnal » (quoi que ça veuille dire…)