Plutôt que de faire un bilan très résumé & très abstrait sur Instagram, j’ai préféré cette fois faire un descriptif plus détaillé de mon mois de juin qui fut très riche en découvertes, jolies balades & expériences douloureuses.
J’ai fait une trop longue balade (8km) qui m’a épuisée dans le quartier Saint Germain le 3 juin
2. Un buisson d’aubépine m’a envoyé un cœur le 6 juin
Fleur d’aubépine et son reflet dans ma piscine pour chien — Montbard, juin 2023
3. J’ai rencontré Gaëlle Levesque en vrai le 10 juin. On a parlé de mon roman en cours, 1979, et c’était merveilleux — parler d’écriture & parler avec Gaëlle de manière générale — c’est quelqu’un qui écoute vraiment — pose de bonnes questions — dit des choses pertinentes — à un regard sur le monde intelligent, doux et plein de poésie.
4. J’ai testé un nouveau lieu de sieste à Paris — dans le but d’écrire un article sur le sujet (ça me paraît nécessaire)
Pelouse devant la tour du Châtelet à Paris — juin 2023
5. Mon jardin est retourné à l’état sauvage — à la fois volontairement — pour être biodiversité-friendly — & à la fois involontairement — parce que je suis trop épuisée pour m’en occuper. Mais j’aime bien, ça lui donne un côté magique et mystérieux.
L’escalier enchanté — tunnel de vigne — Montbard, juin 2023
6. J’ai été d’accord avec Buffon le 16 juin
Citation du comte de Buffon sur les grilles de la gare de Montbard — juin 2023— Buffon adorait rester dans son château à Montbard à observer ses plantations qu’aller à Paris.
7. J’ai mangé avec Delacroix le même jour
Sculpture en hommage à Delacroix au jardin du Luxembourg à Paris — juin 2023
8. Je suis repassée devant la pissotière la plus laide de l’univers le 19 juin
Pissotière de béton à Montbard — chef d’œuvre de l’architecture Brutaliste — juin 2023
9. J’ai eu la main droite paralysée — & j’ai fait une radio à l’hôpital de Montbard — je n’ai rien de cassé — mais j’ignorais qu’on pouvait faire des radio à l’hôpital de Montbard — je croyais que cet hôpital ne servait qu’à s’occuper des personnes âgées
Salle d’attente de l’hôpital de Montbard — très belle vue sur la Brenne — juin 2023
10. J’ai commencé à lire Grapefruit de Yoko Ono — & c’est très joli — je comprends tout à fait que John Lennon soit tombé amoureux de Yoko en le lisant (pour ceux qui l’ignorent, Yoko est tombée amoureuse de John en lisant ses poèmes — & John de Yoko en lisant Grapefruit — qui est un mélange de poésies & de propositions artistiques)
Recueil Grapefruit de Yoko Ono sur un plateau — juin 2023
11. Je suis allé à Dijon pour voir un nouveau psy — il était nul — mais Dijon, elle, ne me déçoit jamais
12. A Paris le 23 juin, j’ai vu une petite fille avec un costume de fée merveilleux
Petite fée bleue rue de Belzunce à Paris — juin 2023
13. Je suis passée devant le Passage du Désir le 24 juin — & qu’il existe un endroit dans le monde qui se nomme le Passage du Désir me ravit
Entrée du Passage du Désir — Paris Xe arrondissement — juin 2023
14. Le même jour, j’ai lu A l’Abordage de la talentueuse Anne Langlois dans J’aime Lire Max
Couverture de J’aime Lire Max !
15. Encore le 24 juin, j’ai vu un ange espiègle au Musée de Cluny
Tête d’ange qui se marre — il lui manque un bout du nez (et le reste du corps, aussi) — Musée de Cluny, Paris — juin 2023
16. Toujours ce 24 juin, j’ai mal vu un très beau concert (j’ai fait beaucoup de choses le 24 juin — ce fut une journée intense culturellement)
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée jaune, rayons vert gazon et jaune d’or — reflets magenta
17. Le 25 juin, pour retourner à Montbard, j’ai pris le TGV en première classe (il y avait une promo, c’était le même prix que la seconde) — et j’ai découvert qu’ils avaient des tablettes magiques — on pouvait mettre une mini tablette ou une grande tablette. J’ai aussi commencé la sorte de biographie de Romain Gary par Kerwin Spire — intéressant mais écriture très froide, à l’opposée de l’écriture de Gary. C’est assez déroutant.
18. Le mercredi 28 juin, je suis retournée à Dijon me faire couper les cheveux — & je suis retournée au Jardin de l’Arquebuse pour attendre mon train. Il est encore plus beau que d’habitude. Les jardiniers ont laissé des coins du jardin à l’état sauvage, parce qu’ils sont eux-aussi biodiversité-friendly.
Fleurs blanches tombant dans l’eau — jardin de l’Arquebuse, Dijon — juin 2023
19. Le 30 juin, l’adorable Laure Pelen, nous a amené, sa famille & moi, dans un délicieux restaurant japonais au décor Miyazakien
20. Et, toujours le 30 juin, Elon Musk a encore cassé twitter (je crois que la, il l’a définitivement achevé)
Quand les places ont été mises en vente je n’avais pas d’argent. Ensuite, quand j’ai eu de l’argent je me suis dit que ce n’était pas raisonnable — et puis j’ai une légère tendance à l’agoraphobie — aucune envie d’aller dans un stade bondé.
J’ai vu beaucoup de vidéo dès le début de la tournée, sur Instagram, Youtube & ailleurs. Je les ai vu sous tous les angles. J’ai pu admirer la scénographie d’Anton Corbijn comme le souci du détail de Martin allant jusqu’à demander à son tailleur de lui faire les poches arrière assorties à son pantalon.
Et puis, quand j’ai su que je serais à Paris le 24 juin et qu’il restait des places à 56€, je me suis dit que je devais aller à ce concert. Je devais voir ce rituel en vrai. J’ai acheté ma place la semaine dernière.
C’était mon premier concert de Depeche Mode et mon premier concert dans un stade.
1. Attente, frites & première partie
Durant les 10mn à pied entre la station de RER et le stade, chaleur abominable — amplifiée par les immeubles en verre de Saint Denis (nos villes absurdes ne sont vraiment pas prêtes pour le changement climatique).
18H45 : Arrivée au Stade de France.
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue extérieure
J’ai fait 20mn de queue pour une barquette de frite et une bière. Est-ce normal ? Les autres baraques à frite sont fermées. Pourquoi ? (il y a un pognon de dingue à se faire il me semble).
Sur les hauts parleurs à l’extérieur du stade, passe une musique nullisime. Il faudrait établir une censure mondiale pour interdire Africa de Toto — partout, pour toujours.
19H56 : J’ai fini par rentrer à l’intérieur du stade. Gradins. Place n°12 en R15. J’ai pu voir que je ne verrai rien. Côté gauche de la scène. Un bout d’écran, l’avant de la scène, le proscenium et c’est tout. Je ne peux pas dire que je n’étais pas prévenue — il y avait écrit « visibilité réduite » sur mon billet. Et vu le prix que j’ai payé je m’attendais plus ou moins à quelque chose comme ça (mais plutôt moins que plus).
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — gradins au soleil
Cependant, j’avais de la chance, j’étais à l’ombre. Ceux des gradins en face devaient être en train de fondre. Le changement climatique va sans doute nous faire changer nos expressions. On ne dira plus « se faire une place au soleil » mais « se faire une place au frais ».
Attente. J’aurais dû prendre un livre.
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — vue intérieure — début du concert de Jenny Beth
20H : Jenny Beth est arrivée. Le son est tellement fort que :
Les fauteuils vibrent
Je me suis acheté des bouchons d’oreille
J’ai poussé un « ouf » de soulagement à la fin du morceau.
En dehors du son beaucoup trop fort, la musique de Jenny Beth ne m’intéressait pas. Même si elle se démène sur scène, ça ressemble à des trucs entendus mille fois. Elle suit les règles au lieu d’inventer ses propres règles.
J’avais eu la bonne idée d’amener des jumelles avec moi — prêtées par mes amis adorables — j’ai observé les gradins d’en face. Quelqu’un avait une bannière sur laquelle était écrit « Heaven is real — God bless you ». C’est bizarre comme message pour un groupe dont le songwriter est agnostique. Peut-être que le message est destiné au public. Ne serait-ce pas une secte qui essaie de nous embrigader ?
2. Visibilité proche du 0 & son épouvantable
21H : Enfin !
a) J’ai passé 80% du concert avec les jumelles sur les yeux. Je pouvais voir Dave sur le devant de la scène mais pas Martin, caché derrière une structure métallique.
b) La scénographie : Anton Corbijn maîtrise à la fois la science des couleurs et celle du rythme. Tous ces jaunes, magenta, bleu, rose — couleurs qui illuminent les musiciens autant que la foule —, des images sur les écrans qui montrent alternativement les musiciens au rythme de la musique. Scénographie merveilleusement instagramable — comme le montre le compte Insta de Ger Beja (il a d’ailleurs pris une photo sublime de Martin à ce concert).
Bon, ben, d’où j’étais je ne voyais de la scénographie qu’un bout de l’écran gauche. Autant dire rien.
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — vague de magenta et rayons de safran
Heureusement que je l’avais vue en vidéo auparavant (message pour Dave: je peux imaginer comme ce doit être agaçant tous ces téléphones braqué sur vous — mais toutes ces images sont nécessaires pour ceux qui n’ont pas les moyens de venir au concert où auront une visibilité nulle lors dudit concert).
Mais les effets de lumière sur la foule sont magnifiques.
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée magenta et rayons de safran
b) Le son est toujours trop fort (pourquoi ? Quelle en est la nécessité ? Un public devenu sourd ne sera d’aucune utilité à Depeche Mode) — et il n’est pas bon du tout. Il ne rend pas justice à la beauté mélancolique de My cosmos is mine, ni au merveilleux Speak to me.
Le public semble attendre quelque chose.
Par paliers, à mesure que la nuit tombe, Depeche Mode nous invite à s’immerger dans leur univers, à explorer les mers de leurs albums.
Et c’est au crépuscule, avec Everything Count, que le voyage prend de la vitesse.
3. Et malgré tout c’était très beau
a) Parce que les chorégraphies merveilleuses de Dave — à la fois majestueuse et pleine de grâce — aériennes et énergique — quelque part entre le flamenco & le Tai chi — mélangé aux chorégraphies typiquement gahaniennes.
b) Parce que Dave & Martin adorent être chefs d’orchestre de leur public. Ils semblent à chaque fois étonnés et ravis de pouvoir jouer avec leur public autant que de constater le plaisir qu’à le public de jouer avec eux.
Et aussi, dans un concert nécessairement millimétré, où chaque soir se joue la même pièce mille fois répétée, ce moment de jeu avec le public est leur espace de liberté, leur seule marge d’improvisation.
A la fin de Just Can’t Get Enough, Dave dirige les « hoho » du public pendant plus d’une minute — et ça l’amuse comme un fou — comme le montre la vidéo de Sandrine Maître Dragon :
Concert de Depeche Mode au Stade de France le 24 juin 2023 — Dave joue avec son public à la fin de Just Can’t Get Enough et Martin se marre — Vidéo publiée avec l’aimable autorisation de @maitredragonsg
Martin joue aussi avec le public à la fin de Home, à sa manière, sourire rayonnant aux lèvres, comme le montre la vidéo de Stéphane Prince :
Concert de Depeche Mode le 24 Juin 2023 — Martin jouant avec le public à la fin de Home — quel sourire ! — publié avec l’aimable autorisation de Stéphane Prince
c) Parce que la poésie des lumières des téléphones portable dans la nuit.
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — lumières des téléphones portable sur Waiting for the Night
d) Parce que « merci » et « thank you » : ils passent leur temps à remercier le public chaque fois qu’ils ont chanté un truc. Martin remercie en français et en anglais — paraissant encore étonné qu’on puisse aimer le voir chanter. Dave nous dit à la fin que nous sommes une « great audience ».
e) Parce qu’ils sont à la fois grandioses et trop mignons — et Depeche Mode est sans doute le seul groupe à incarner ce paradoxe — un mélange de tendresse et de distance, de spectacle millimétré et de sourire d’enfant, de panache et d’humilité, de divinité et d’humanité — tout ce qui fait l’étrangeté radicale de Depeche Mode. Ils ont l’air sincèrement d’être ravis de nous voir — et c’est le plus étonnant après toutes ces années et tous ces concerts.
d) Parce que évidemment, le champ de blé sur Never let me down again — plus émouvant à voir en vrai qu’en vidéo ;
f) Parce que Dave passe un temps fou à câliner Martin — il le serre dans ses bras, l’embrasse — et fait ce que tout fan rêve de faire : il lui caresse les cheveux. (c’est très flagrant dans le montage vidéo qu’on peut voir ici). Et à la fin tous les musiciens se serrent dans les bras.
4. Enjoy the Silence & vinaigrette
22H40 : Au début d’Enjoy the Silence, je reçois un appel de mon fils. Il savait que j’étais au concert. S’il m’appelait c’est que c’était grave. Et urgent. Il devait s’agir d’une question de vie ou de mort. Affolée, je dérange toute la rangée assise derrière moi et je dévale les escaliers pour sortir. Une fois dehors, je le rappelle. Et là, il me demande le plus tranquillement du monde… la recette de la vinaigrette*. Je suis d’abord resté sans voix. Puis je lui ai dit que je m’étais inquiétée. Puis que je lui enverrais la recette par SMS plus tard. Je suis revenue à ma place en pestant contre l’instinct maternel, assez furieuse d’avoir raté Enjoy the silence — même si je préfère la version à l’harmonium (et je regrette que Martin n’ai jamais joué la version à l’harmonium en concert — ce serait très beau), c’était quand même quelque chose de grandiose.
Fin du concert avec les lumières clignotantes de Personal Jesus (je n’aime pas cette chanson, mais en concert c’est magnifique), sur Dave chantant Happy Birthday à une spectatrice et un câlin des musiciens.
5. Un dialogue amoureux avec 70 000 personnes
Les spectateurs ne viennent pas pour écouter de la bonne musique (c’est le pire endroit pour ça), ni pour danser comme des fous ou s’exploser les tympans. Ils viennent pour participer à un rituel, voir leurs divinités en chair et en os — et surtout, pour participer à un dialogue amoureux.
A minuit j’étais dans le RER D où une voix féminine et rassurante nous disait dans les hauts parleurs que nous allions partir dans quelques minutes pour Paris. Cerveau en ébullition. Je me demande ce que penserai les jeunes Dave et Martin de 1981 s’ils pouvaient voir ce qu’ils sont capables de faire aujourd’hui.
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée jaune, rayons vert gazon et jaune d’or — reflets magenta
Notes :
*Pour la défense de mon fils, c’était une vinaigrette spéciale** — et il m’a dit plus tard qu’il croyait que le concert était terminé.
** A la demande générale, voici la recette de la vinaigrette : Ail , Sauce soja, sucre, vinaigre, huile d’olive, vinaigre balsamique, moutarde à l’ancienne (grains) — moitié huile moitié vinaigre.
Sinon, personnel du Stade de France adorable
RATP au top — nombreux RER, voix nous indiquant sur quel quai nous diriger, quand le prochain RER allait arriver, etc.
Après m’être posée la question pendant des années, désormais je n’ai plus de doute.
C’est la rue de la Montagne Sainte Geneviève, entre la rue Laplace et la place du Panthéon, dans le sens de la montée (le sens est important).
Rue de la Montagne Sainte Geneviève au coin de la rue de l’Ecole Polytechnique
J’y suis retournée samedi dernier et sa beauté m’a encore frappée.
La rue de la Montagne Sainte Geneviève est une rue du 5ème arrondissement, qui grimpe entre la rue des Ecoles et la Place du Panthéon.
Comme sa pente est raide, c’est une rue qui se mérite.
Au fur et à mesure de sa montée se dévoilent des surprises.
Elle commence par être une petite rue banale, avec des commerces et des bureaux (un droguiste a l’angle de la rue des Ecoles, un Franprix, des restaurants cheap) — puis, au fur et à mesure de la montée, elle se transforme.
On arrive sur la très jolie place Jacqueline de Romilly avec ses cafés, sa fontaine et la sublime porte d’entrée de l‘Ecole Polytechnique.
Fronton de l’entrée de l’ancienne Ecole Polytechnique — bas reliefs sur le thème des sciences — début XIXe siècle — source : Wikimedia
Rue de la Montagne Sainte Geneviève devant Saint Etienne du Mont
Puis sa tour et sa porte latérale Renaissance posée sur son corps gothique — ce mélange des genres que j’adore.
Rue de la Montagne Sainte Geneviève devant Saint Etienne du Mont
Et, arrivé tout en haut de la rue surgit le dôme néo-classique du Panthéon.
Rue de la Montagne Sainte Geneviève avec vue sur le Panthéon
Et ce n’est pas tout. Il y a une surprise : aux pieds de Saint Etienne du Mont se trouve un arbre merveilleux. Un arbre dont les fleurs sentent le chèvrefeuille & qui embaument toute la rue.
Ehretia dicksonii devant Saint Etienne du Mont
Il se nomme ehretia dicksonii — un arbre venu d’Asie dont j’ignorais l’existence — qui doit son « discksonii » à un botaniste écossais du XIXe siècle, James Dickson.
Si vous habitez Paris — où que vous y êtes de passage — courrez rue de la Montagne Sainte Geneviève pour vous enivrer de son parfum pendant qu’il est encore temps.
J’ai échoué dans mon challenge des 7 jours. Ce n’est pas le seul échec de ma vie & ce n’est pas le pire.
Vendredi j’étais à Paris toute la journée pour travailler à l’Adagp et le soir j’étais chez des amis qui avaient des invités à dîner. Je ne pouvais pas leur dire que j’allais m’isoler dans une chambre pour écrire un article de blog, cela aurait été malpoli.
Et hier soir j’étais trop fatiguée pour écrire quoi que ce soit.
Aujourd’hui sera un article éclectique* sur le Rijkmuseum, Rembrandt & le snobisme.
***
1. Rembrandt
Je ne suis pas allé visiter de musées pour la Nuit européenne des musées hier soir. Trop fatiguée et trop d’orages.
Mais si j’avais pu choisir quel musée visiter, j’aurais voulu revoir le Rijkmuseum d’Amsterdam. Pas pour voir La ronde de nuit (qui est en réalité une ronde de jour) de Rembrandt mais le Syndic de la confrérie des drapiers du même, qui m’avait beaucoup impressionné lorsque j’avais visité le musée en 1994. Face à lui, on a vraiment l’impression que ces hommes plantent leur regard dans le vôtre par delà la table et les siècles.
Rembrandt, Syndic de la confrérie des drapiers, 1662, huile sur toile, Rijkmuseum d’Amsterdam — source : Wikimedia
C’est ce tableau qui m’a fait aimer Rembrandt, avec le Saul et David qui se trouve au Mauritshuis de La Haye.
Rembrandt, Saul et David, huile sur toile, Circa 1650, Mauritshuis de La Haye — source : Wikimedia
Saul qui s’essuie les yeux dans les rideaux parce qu’il est bouleversé par la musique jouée par le jeune David, est une belle façon de montrer l’émotion suscitée par la musique.
2. Du snobisme
Quand j’avais fait ce voyage en 1994, c’était avec le groupe de peinture étrangère de l’Ecole du Louvre, sous la houlette de notre professeur, Monsieur Noldus (le meilleur professeur que j’ai eu à l’école du Louvre, celui qui m’a fait comprendre le principe essentiel de l’Histoire de l’art : qui achète ?).
A l’époque j’étais très snob. Je n’aimais que les Primitifs (flamands et italiens), Le Caravage & Les Nabis.
Paul Sérusier, Le Talisman, 1888, huile sur bois, Musée d’Orsay — source : Wikimedia
C’est ce voyage qui m’a fait aimer Rembrandt. Depuis j’ai appris à aimer de nombreux artistes que je snobais (comme Van Gogh par exemple) & je sais qu’il est idiot de camper sur des à priori (même si je déteste toujours Rodin et Bernard Buffet).
C’est un peintre dont j’aime beaucoup les aquarelles du début de sa carrière, sur le cycle Arthurien et le poète italien Dante (il était obsédé par sa relation avec Béatrice et par l’histoire de Paolo & Francesca de Rimini — et de manière générale par les histoires d’amour).
Cofondateur en 1848 de la confrérie des préraphaélites (la PRB pour les intimes) avec John Everett Millais et William Holman Hunt, ils s’opposent au Maniérisme italien et cherchent à retrouver la beauté des compositions du Quattrocento (italien et flamand).
William Holman Hunt, Nos Côtes anglaises ou Moutons abandonnés, Tate Britain — Wikimedia
John Everett Millais, Ophélie, Tate Britain, 1851 — Wikimedia
Une exposition est consacré à Dante Gabriel Rossetti à la Tate Britain : « The Rossettis » du 6 avril au 24 septembre 2023
2024 sera le bicentenaire de l’année 1824, année importante pour le Romantisme puisque les deux plus éminent pionniers du Romantisme, Théodore Géricault et Lord Byron sont mort cette année là.
C’est aussi l’année où Beethoven a composé la 9e symphonie.
1. Lord Byron & son influence
Portrait de Lord Byron par George Harlow, dessin — source Wikimedia
Il y aurait tellement à dire sur Lord Byron que je vais faire court. C’était un homme de contradiction. Il disait de lui même, à la fin de sa vie, dans le dernier chant de Don Juan :
« Je suis changeant, pourtant je suis « Idem semper » ; Patient, mais je ne suis pas des plus endurants ; Joyeux, mais quelquefois, j’ai tendance à gémir ; Doux, mais je suis parfois un « Hercules furens » ; J’en viens donc à penser que dans la même peau Coexistent deux ou trois ego différents » (Chant XVII, 11)
Ayant un très grand sens de l’humour, il se disait à lui même en 1811, avant même de connaitre la gloire, ceci :
« Raisons justifiant un changement de style de vie :
1.À 23 ans, le meilleur de la vie est passé et les amertumes augmentent.
2. J’ai vu les hommes dans divers pays et je les trouve partout également méprisables, la balance penchant plutôt en faveur des Turcs.
3. Je suis écœuré jusqu’au fond de l’âme : « Ni vierge ni jouvenceau ne me donnent plus de plaisir ».
4. Un homme infirme d’une jambe est dans un état d’infériorité corporelle qui augmente avec les années et rendra sa vieillesse plus irritable et intolérable. J’ajouterai que dans une vie future, j’espère avoir en compensation au moins deux jambes, sinon quatre.
5. Je deviens égoïste et misanthrope.
6. Mes affaires, dans mon pays comme à l’étranger, ne sont guère réjouissantes.
7. J’ai épuisé tous mes appétits et la plupart de mes sujets de vanité — oui, même ma vanité d’auteur.
Ses poèmes ont inspiré nombres de peintres Romantiques, comme le célèbre Sardanapale de Delacroix — mais aussi le Mazeppa de Géricault :
Théodore Géricault, Mazeppa, 1822, coll part — source : Wikimedia
2. Théodore Géricault & son influence
Autoportrait de Théodore Géricault, 1822, Musée des Beaux arts de Rouen — Source : Wikimedia
Théodore Géricault est entré dans le Romantisme avec son célèbre Radeau de la Méduse, dont les teintes sombres et la touche pâteuse rompait avec la tradition Néo-Classique de Jacques Louis David. Exposé au Salon de 1819 au milieu des Girodet, l’oeuvre choque les critiques pour son sujet, sa forme et son format (une très grande toile pour peindre un fait divers). C’est aussi une attaque implicite de la Monarchie. Et le personnage noir au centre du tableau fait grincer des dents.
Le tableau de Géricault aura plus de succès en Angleterre, inspirant à William Turner des scènes de naufrages.
Géricault s’est ensuite mis à peindre de plus petits formats, et beaucoup de chevaux. Il adorait les chevaux, jusqu’à en mourir, puisqu’il meurt des conséquences d’une chute de cheval.
Nicolas Sébastien Maillot, Vue du Salon et de l’entrée de la grande galerie du musée royal (1831) — source : Wikimedia
Il aura une influence déterminante sur le jeune Delacroix, qui a servi de modèle à l’un des personnage de La Méduse, et disait : « « Géricault m’avait permis de contempler Le Radeau de La Méduse alors qu’il était encore en train d’y travailler. Cela eut un tel effet sur moi qu’à peine sorti de l’atelier, je commençai à courir tel un forcené jusqu’à chez moi, sans que rien ne puisse m’arrêter. »
J’espère que les musées ont prévu de célébrer dignement l’évènement.
8H Réveillée en forme. Ravie que nous soyons un jour férié. Je vais pouvoir écrire. Mon objectif du jour est d’écrire pour 1979 le passage au Woodlands Youth Center de Basildon, le moment où mon héroïne explique à Dave et Vince qu’elle vient du futur (Martin & Andy le savent déjà, Martin a deviné dans le métro).
9H Pas envie d’écrire. J’ai peur d’écrire platement un passage qui doit être drôle.
10H Fait un post pour annoncer mon nouvel article de blog sur la rêverie. Pas sûre que ça intéresse grand monde (en fait, si, grâce à Caspar David Friedrich Instagram l’a proposé à 163 personnes).
11H Pour avoir l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile de ma matinée, j’ai tondu une partie de ma pelouse. Je pensais que ça m’oxygénerais le cerveau — en fait non, ça m’a juste épuisé les bras.
Primevères & pensées (pour ajouter un peu de couleurs à cet article qui est très vert)
Midi Mangé devant la série Succession. Je ne comprends pas le succès de cette série : ils sont d’une violence inouïe dans cette famille — une violence de langage qui moi me choque — & beaucoup de mépris— entre eux et avec les autres — des enfants gâtés & égoïstes qui jouissent de leur pouvoir en humiliant les autres.
Je préférais Salade Grecque qui en est tout le contraire : beaucoup d’amour — et des individus qui tentent de changer le monde en mieux — des individus généreux.
Salade Grecque, la nouvelle série de Cédric Klapisch disponible sur Prime vidéo — les enfants avec leurs parents.
13H Sieste Café sur ma terrasse.
Temps tout gris mais doux.
16H Courses au Casino, qui par chance était ouvert pour acheter de la pâtée pour chat.
Puis longue balade à vélo jusqu’à Saint Remy. Me suis approchée des douves du château pour voir si on pouvait y mettre un alligator. Oui, on peut.
L’automne dernier, j’ai commencé un roman de Cosy Mystery qui se passait dans le château de Saint Remy. Le nouveau propriétaire du château, Johnny Crow (la future victime), avait mis un alligator dans ses douves. Il l’avait nommé Bernard parce qu’il lui trouvait une ressemblance avec Bernard Arnault. Je trouvais que c’était une bonne idée pour donner plus de légèreté a mon histoire (et l’alligator aurait pu être utile au moment du duel final entre mon héroïne et son ennemie). J’ai arrêté l’écriture parce que je m’étais attachée à Johnny Crow et je regrettais de l’avoir fait assassiner.
Douves du château de Saint Rémy
17H Au retour, le cerveau parfaitement oxygéné, me suis mise à l’écriture. Ce n’est pas aussi drôle que je l’avais imaginé — estro* à 10% — phrases plates mais j’ai quasiment terminé le passage que je devais terminer au Woodlands Youth Center
Et j’ai plein de questions : qui prêtait le centre aux groupes ? A quoi il ressemblait ? Peut-on y aller à pied depuis le centre de la ville ou doit-on prendre un bus ? Dois-je le décrire ? Et où se trouvait la banque où travaillait Martin ? Devait-il prendre le métro & le train ou seulement le train ?
Est-ce important pour un roman de science fiction ?
19H Dîné.
22H Grande fatigue. Après mes exercices d’anglais, je me suis couchée
Mais un sursaut d’énergie — et une bouffée de chaleur — m’ont fait sortir de ma torpeur — & j’ai écrit mon article sur le Social Media Manager de John Lennon. Assez fière de moi : je ne dis pas grand chose mais j’ai réussi, pour un sujet professionnel, à parler d’amour et de poésie (et de John & Yoko, of course).
Route entre le château de Saint Rémy et le Canal de Bourgogne
Mardi 9 mai
6H Après mes 2 cafés, me suis remise à 1979.
J’ai arrangé mon passage, crée un nouveau chapitre qui se nomme « Einstein dans le métro » (mon chapitre intitulé « La fameuse scène électronique de Basildon » était beaucoup trop long).
9H Fait un post sur Insta pour annoncer mon nouvel article sur le blog.
10H Travail pour l’Adagp.
Midi Mangé devant des vidéos sur Basildon : un documentaire de la fin des années 70 (pas de date) — intéressant pour le décor et les costumes — et la croyance naïve que c’était une ville idéale — et ensuite une vidéo « Walk In » — où un individu se déplace de nos jours dans la ville sans rien dire, en filmant simplement le décor. J’avais l’impression qu’il allait se passer quelque chose mais en fait il ne se passe rien. La ville est aussi laide que ce que j’avais vu sur les photos mais le fait que le centre soit entièrement piéton, c’est plutôt pas mal.
Et j’ai enfin pu voir à quoi ressemblait la Woodlands School. Architecture à la géométrie absurde. Mais c’est au milieu d’un parc.
13H Repris le travail pour l’Adagp
15H Posté une photo de Dave Gahan sur Insta pour son anniversaire — une photo sur scène en 1981 de source non identifiée trouvée sur Pinterest — rarement vue sur Instagram — image où il a un très beau geste de la main & une gravité mélancolique
16H Ai nourris les chats
17H Fin du travail pour l’Adagp
Continué à regarder des vidéos sur Basildon. Elles ont un effet étrangement apaisant.
19H Dîné
Vue du Canal de Bourgogne à Saint Rémy
(*l’estro est le nom que je donne à mon inspiration, d’après Lord Byron qui lui aussi lui donnait ce nom dans son journal. Je trouvais ça pratique.)
Pour moi c’est celui/celle qui gère les comptes de John Lennon — sur Instagram, Facebook & Twitter.
D’abord pour la beauté de sa mise en page du compte Instagram :
Mais aussi pour les citations passionnantes sur twitter avec des photos parfaitement choisies :
Mieux encore, dans la soirée de l’anniversaire de John Lennon, le 9 octobre 2022, le/la social media manager twittait des citations de John Lennon sur la création de ses chansons ou sur sa vie, et au même moment, Yoko Ono twittait des réflexions et des souvenirs. Les tweets s’entrecroisaient, parfois se répondaient.
John :
« GROW OLD WITH ME*. My ultimate goal is for Yoko & I to be happy & try and make other people happy through our happiness. I’d like everyone to remember us with a smile. But, if possible, just as John & Yoko who created world peace forever. »
« We both think alike. We’ve both been alone. And we seem to have had the same kind of dreams when we were alone. I always dreamed of a woman like this one coming into my life. You can’t go out looking for this kind of relationship. It’s like somebody was planning it from above. »
Yoko :
« I was a very lonely person before I met John. But I started to open up a little through love, and that was the greatest thing that had happened to me. We understood each other so well, and I wasn’t lonely anymore, which was a shocking experience. »
C’était plein d’amour, d’humour, de poésie et d’injonctions à la douceur.
« Deux branches d’un même arbre », paroles de la chanson Grow old with me.
*Grow Old With Me est l’une des dernières chanson de John Lennon. Il n’a pas eu le temps de l’enregistrer en studio. Elle n’existe qu’en version démo. Voici un extrait des paroles : « Grow old along with me Two branches of one tree Face the setting sun When the day is done God bless our love God bless our love »
« De rêvez n’arrêtez pas » — magnifique injonction trouvée sur Canva — Canva est une mine d’or — l’ai-je déjà dit ?
En faisant le bilan de sa vie, Stendhal écrivait dans son autobiographie, Vie de Henry Brulard : « L’état habituel de ma vie a été celui d’amant malheureux, aimant la musique et la peinture […] Je vois que la rêverie a été ce que j’ai préféré à tout, même à passer pour homme d’esprit. »
Même Stendhal, qui a eu une vie riche et trépidante, a beaucoup parlé d’amour — a même écrit un livre merveilleux sur le sujet, De l’amour — a préféré la rêverie à l’amour. C’est dire le puissant sortilège de la rêverie.
Les anglais ont un mot pour ça, « daydreaming » qui n’existe pas en français. « Rêve éveillé » ne veut pas dire la même chose, il signifie plutôt se retrouver dans un conte de fée.
Le mot « rêve » renvoie aux rêves inconscients de la nuit.
Il nous reste « rêverie ».
Le mot est malheureusement associé à Jean-Jacques Rousseau et ses Rêveries d’un promeneur solitaire ». Mais Rousseau ne m’intéresse pas. J’ai sa misogynie en horreur.
La rêverie c’est se raconter des histoires à soi-même.
Mais à quoi sert à la rêverie ?
A plein de trucs.
La rêverie sert à créer
Edgar Morin dit dans L’oblique que la paresse stimule notre créativité, l’oisiveté est le moteur de l’inspiration. Et il a bien raison. Parce que l’oisiveté permet de rêver et que rêver est nécessaire à toute création.
Romain Gary, en bon disciple de Stendhal, a beaucoup écrit sur le rêve qui est pour lui synonyme d’imaginer. Ses derniers romans sont des odes à l’imagination et à l’amour : Clair de femme, Les cerfs volants et Les Enchanteurs : « J’avais découvert l’art de fabriquer l’éternité avec de l’éphémère, un monde vrai avec avec des rêves et l’or avec de la fausse monnaie, et cet or, cette poudre d’or jetée aux yeux, ne perdra son pouvoir de donner à aimer, à espérer et à vivre, que lorsque le dernier saltimbanque de notre vieille tribu aura été chassé des tréteaux. »
Caspar David Friedrich, Le rêveur, 1840 — source : Wikimedia
La rêverie nourrit l’amour
Selon Romain Gary, toujours lui, on ne peut aimer sans avoir « rêvé » l’autre, l’avoir imaginé, lui avoir inventé des qualités, l’avoir mythifié, l’avoir transformé en dieu/déesse, héros/héroïne de roman, poussant à son extrémité la Cristallisation stendhalienne.
Il n’y a pas d’amour sans imagination.
Il a même écrit un roman entier sur le sujet, Europa, où les rêves s’emboîtent les uns dans les autres au point qu’on ne sait plus qui rêve qui (pas son meilleur — lui qui voulait écrire des romans « affectifs » a écrit un roman trop « cérébral »)
Dans Les Enchanteurs, il a fait beaucoup plus simple : « L’amour, tu sais, ce dont il a le plus besoin, c’est l’imagination. Il faut que chacun invente l’autre avec toute son imagination, avec toutes ses forces et qu’il ne cède pas un pouce du terrain à la réalité ; alors là, lorsque deux imaginations se rencontrent… Il n’y a rien de plus beau. »
John William Waterhouse, Tristan & Yseult (se partageant le philtre d’amour en toute inconscience), coll part, 1916 — source : Wikimedia
La rêverie est un refuge
Et la rêverie ne sert pas seulement à créer. La rêverie est aussi le refuge contre l’adversité. Fuir dans les mondes imaginaires une réalité inacceptable.
Romain Gary, encore, toujours dans Les Enchanteurs : « Mon regard avait peine à la contenir {Teresina}, comme si mon imagination, brusquement épuisée & défaillante, se fût trouvée en proie à un de ces assauts de la réalité qui réussissent parfois à prendre par surprise ceux qui se mettent à douter d’eux-mêmes. … Teresina me sourit et, d’un seul coup, toutes nos craintes s’évanouirent, car le sourire nous la restituait dans une gaité, un rayonnement, qui firent fuir en un instant les bêtes glapissantes de la peur. »
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
La rêverie est un antidépresseur gratuit, un anxiolytique naturel.
Elle peut aussi devenir une drogue puissante.
Caspar David Friedrich, Promeneur au dessus de la mer de nuages, Kunsthalle de Hambourg, circa 1817 — source : Wikimedia
J’ai mis une tartelette aux fraises comme illustration parce que c’est la saison des fraises et que c’est appétissant.
Je me suis proposé à moi-même un défi : écrire un article de blog par jour pendant 7 jours.
Ce seraient des articles plus courts et superficiels. Internet et les Réseaux sociaux préfèrent la légereté et la superficialité (et la régularité aussi).
Autre information : en raison de la nouvelle politique infligée à Twitter par Elon Musk, il n’y aura bientôt plus d’envoi automatique des articles vers twitter. Je pourrais toujours l’envoyer après avoir publié mon article. J’essaierai d’y penser.
Laisser un commentaire