C’est un peintre dont j’aime beaucoup les aquarelles du début de sa carrière, sur le cycle Arthurien et le poète italien Dante (il était obsédé par sa relation avec Béatrice et par l’histoire de Paolo & Francesca de Rimini — et de manière générale par les histoires d’amour).
Cofondateur en 1848 de la confrérie des préraphaélites (la PRB pour les intimes) avec John Everett Millais et William Holman Hunt, ils s’opposent au Maniérisme italien et cherchent à retrouver la beauté des compositions du Quattrocento (italien et flamand).
William Holman Hunt, Nos Côtes anglaises ou Moutons abandonnés, Tate Britain — Wikimedia
John Everett Millais, Ophélie, Tate Britain, 1851 — Wikimedia
Une exposition est consacré à Dante Gabriel Rossetti à la Tate Britain : « The Rossettis » du 6 avril au 24 septembre 2023
2024 sera le bicentenaire de l’année 1824, année importante pour le Romantisme puisque les deux plus éminent pionniers du Romantisme, Théodore Géricault et Lord Byron sont mort cette année là.
C’est aussi l’année où Beethoven a composé la 9e symphonie.
1. Lord Byron & son influence
Portrait de Lord Byron par George Harlow, dessin — source Wikimedia
Il y aurait tellement à dire sur Lord Byron que je vais faire court. C’était un homme de contradiction. Il disait de lui même, à la fin de sa vie, dans le dernier chant de Don Juan :
« Je suis changeant, pourtant je suis « Idem semper » ; Patient, mais je ne suis pas des plus endurants ; Joyeux, mais quelquefois, j’ai tendance à gémir ; Doux, mais je suis parfois un « Hercules furens » ; J’en viens donc à penser que dans la même peau Coexistent deux ou trois ego différents » (Chant XVII, 11)
Ayant un très grand sens de l’humour, il se disait à lui même en 1811, avant même de connaitre la gloire, ceci :
« Raisons justifiant un changement de style de vie :
1.À 23 ans, le meilleur de la vie est passé et les amertumes augmentent.
2. J’ai vu les hommes dans divers pays et je les trouve partout également méprisables, la balance penchant plutôt en faveur des Turcs.
3. Je suis écœuré jusqu’au fond de l’âme : « Ni vierge ni jouvenceau ne me donnent plus de plaisir ».
4. Un homme infirme d’une jambe est dans un état d’infériorité corporelle qui augmente avec les années et rendra sa vieillesse plus irritable et intolérable. J’ajouterai que dans une vie future, j’espère avoir en compensation au moins deux jambes, sinon quatre.
5. Je deviens égoïste et misanthrope.
6. Mes affaires, dans mon pays comme à l’étranger, ne sont guère réjouissantes.
7. J’ai épuisé tous mes appétits et la plupart de mes sujets de vanité — oui, même ma vanité d’auteur.
Ses poèmes ont inspiré nombres de peintres Romantiques, comme le célèbre Sardanapale de Delacroix — mais aussi le Mazeppa de Géricault :
Théodore Géricault, Mazeppa, 1822, coll part — source : Wikimedia
2. Théodore Géricault & son influence
Autoportrait de Théodore Géricault, 1822, Musée des Beaux arts de Rouen — Source : Wikimedia
Théodore Géricault est entré dans le Romantisme avec son célèbre Radeau de la Méduse, dont les teintes sombres et la touche pâteuse rompait avec la tradition Néo-Classique de Jacques Louis David. Exposé au Salon de 1819 au milieu des Girodet, l’oeuvre choque les critiques pour son sujet, sa forme et son format (une très grande toile pour peindre un fait divers). C’est aussi une attaque implicite de la Monarchie. Et le personnage noir au centre du tableau fait grincer des dents.
Le tableau de Géricault aura plus de succès en Angleterre, inspirant à William Turner des scènes de naufrages.
Géricault s’est ensuite mis à peindre de plus petits formats, et beaucoup de chevaux. Il adorait les chevaux, jusqu’à en mourir, puisqu’il meurt des conséquences d’une chute de cheval.
Nicolas Sébastien Maillot, Vue du Salon et de l’entrée de la grande galerie du musée royal (1831) — source : Wikimedia
Il aura une influence déterminante sur le jeune Delacroix, qui a servi de modèle à l’un des personnage de La Méduse, et disait : « « Géricault m’avait permis de contempler Le Radeau de La Méduse alors qu’il était encore en train d’y travailler. Cela eut un tel effet sur moi qu’à peine sorti de l’atelier, je commençai à courir tel un forcené jusqu’à chez moi, sans que rien ne puisse m’arrêter. »
J’espère que les musées ont prévu de célébrer dignement l’évènement.
8H Réveillée en forme. Ravie que nous soyons un jour férié. Je vais pouvoir écrire. Mon objectif du jour est d’écrire pour 1979 le passage au Woodlands Youth Center de Basildon, le moment où mon héroïne explique à Dave et Vince qu’elle vient du futur (Martin & Andy le savent déjà, Martin a deviné dans le métro).
9H Pas envie d’écrire. J’ai peur d’écrire platement un passage qui doit être drôle.
10H Fait un post pour annoncer mon nouvel article de blog sur la rêverie. Pas sûre que ça intéresse grand monde (en fait, si, grâce à Caspar David Friedrich Instagram l’a proposé à 163 personnes).
11H Pour avoir l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile de ma matinée, j’ai tondu une partie de ma pelouse. Je pensais que ça m’oxygénerais le cerveau — en fait non, ça m’a juste épuisé les bras.
Primevères & pensées (pour ajouter un peu de couleurs à cet article qui est très vert)
Midi Mangé devant la série Succession. Je ne comprends pas le succès de cette série : ils sont d’une violence inouïe dans cette famille — une violence de langage qui moi me choque — & beaucoup de mépris— entre eux et avec les autres — des enfants gâtés & égoïstes qui jouissent de leur pouvoir en humiliant les autres.
Je préférais Salade Grecque qui en est tout le contraire : beaucoup d’amour — et des individus qui tentent de changer le monde en mieux — des individus généreux.
Salade Grecque, la nouvelle série de Cédric Klapisch disponible sur Prime vidéo — les enfants avec leurs parents.
13H Sieste Café sur ma terrasse.
Temps tout gris mais doux.
16H Courses au Casino, qui par chance était ouvert pour acheter de la pâtée pour chat.
Puis longue balade à vélo jusqu’à Saint Remy. Me suis approchée des douves du château pour voir si on pouvait y mettre un alligator. Oui, on peut.
L’automne dernier, j’ai commencé un roman de Cosy Mystery qui se passait dans le château de Saint Remy. Le nouveau propriétaire du château, Johnny Crow (la future victime), avait mis un alligator dans ses douves. Il l’avait nommé Bernard parce qu’il lui trouvait une ressemblance avec Bernard Arnault. Je trouvais que c’était une bonne idée pour donner plus de légèreté a mon histoire (et l’alligator aurait pu être utile au moment du duel final entre mon héroïne et son ennemie). J’ai arrêté l’écriture parce que je m’étais attachée à Johnny Crow et je regrettais de l’avoir fait assassiner.
Douves du château de Saint Rémy
17H Au retour, le cerveau parfaitement oxygéné, me suis mise à l’écriture. Ce n’est pas aussi drôle que je l’avais imaginé — estro* à 10% — phrases plates mais j’ai quasiment terminé le passage que je devais terminer au Woodlands Youth Center
Et j’ai plein de questions : qui prêtait le centre aux groupes ? A quoi il ressemblait ? Peut-on y aller à pied depuis le centre de la ville ou doit-on prendre un bus ? Dois-je le décrire ? Et où se trouvait la banque où travaillait Martin ? Devait-il prendre le métro & le train ou seulement le train ?
Est-ce important pour un roman de science fiction ?
19H Dîné.
22H Grande fatigue. Après mes exercices d’anglais, je me suis couchée
Mais un sursaut d’énergie — et une bouffée de chaleur — m’ont fait sortir de ma torpeur — & j’ai écrit mon article sur le Social Media Manager de John Lennon. Assez fière de moi : je ne dis pas grand chose mais j’ai réussi, pour un sujet professionnel, à parler d’amour et de poésie (et de John & Yoko, of course).
Route entre le château de Saint Rémy et le Canal de Bourgogne
Mardi 9 mai
6H Après mes 2 cafés, me suis remise à 1979.
J’ai arrangé mon passage, crée un nouveau chapitre qui se nomme « Einstein dans le métro » (mon chapitre intitulé « La fameuse scène électronique de Basildon » était beaucoup trop long).
9H Fait un post sur Insta pour annoncer mon nouvel article sur le blog.
10H Travail pour l’Adagp.
Midi Mangé devant des vidéos sur Basildon : un documentaire de la fin des années 70 (pas de date) — intéressant pour le décor et les costumes — et la croyance naïve que c’était une ville idéale — et ensuite une vidéo « Walk In » — où un individu se déplace de nos jours dans la ville sans rien dire, en filmant simplement le décor. J’avais l’impression qu’il allait se passer quelque chose mais en fait il ne se passe rien. La ville est aussi laide que ce que j’avais vu sur les photos mais le fait que le centre soit entièrement piéton, c’est plutôt pas mal.
Et j’ai enfin pu voir à quoi ressemblait la Woodlands School. Architecture à la géométrie absurde. Mais c’est au milieu d’un parc.
13H Repris le travail pour l’Adagp
15H Posté une photo de Dave Gahan sur Insta pour son anniversaire — une photo sur scène en 1981 de source non identifiée trouvée sur Pinterest — rarement vue sur Instagram — image où il a un très beau geste de la main & une gravité mélancolique
16H Ai nourris les chats
17H Fin du travail pour l’Adagp
Continué à regarder des vidéos sur Basildon. Elles ont un effet étrangement apaisant.
19H Dîné
Vue du Canal de Bourgogne à Saint Rémy
(*l’estro est le nom que je donne à mon inspiration, d’après Lord Byron qui lui aussi lui donnait ce nom dans son journal. Je trouvais ça pratique.)
Pour moi c’est celui/celle qui gère les comptes de John Lennon — sur Instagram, Facebook & Twitter.
D’abord pour la beauté de sa mise en page du compte Instagram :
Mais aussi pour les citations passionnantes sur twitter avec des photos parfaitement choisies :
Mieux encore, dans la soirée de l’anniversaire de John Lennon, le 9 octobre 2022, le/la social media manager twittait des citations de John Lennon sur la création de ses chansons ou sur sa vie, et au même moment, Yoko Ono twittait des réflexions et des souvenirs. Les tweets s’entrecroisaient, parfois se répondaient.
John :
« GROW OLD WITH ME*. My ultimate goal is for Yoko & I to be happy & try and make other people happy through our happiness. I’d like everyone to remember us with a smile. But, if possible, just as John & Yoko who created world peace forever. »
« We both think alike. We’ve both been alone. And we seem to have had the same kind of dreams when we were alone. I always dreamed of a woman like this one coming into my life. You can’t go out looking for this kind of relationship. It’s like somebody was planning it from above. »
Yoko :
« I was a very lonely person before I met John. But I started to open up a little through love, and that was the greatest thing that had happened to me. We understood each other so well, and I wasn’t lonely anymore, which was a shocking experience. »
C’était plein d’amour, d’humour, de poésie et d’injonctions à la douceur.
« Deux branches d’un même arbre », paroles de la chanson Grow old with me.
*Grow Old With Me est l’une des dernières chanson de John Lennon. Il n’a pas eu le temps de l’enregistrer en studio. Elle n’existe qu’en version démo. Voici un extrait des paroles : « Grow old along with me Two branches of one tree Face the setting sun When the day is done God bless our love God bless our love »
« De rêvez n’arrêtez pas » — magnifique injonction trouvée sur Canva — Canva est une mine d’or — l’ai-je déjà dit ?
En faisant le bilan de sa vie, Stendhal écrivait dans son autobiographie, Vie de Henry Brulard : « L’état habituel de ma vie a été celui d’amant malheureux, aimant la musique et la peinture […] Je vois que la rêverie a été ce que j’ai préféré à tout, même à passer pour homme d’esprit. »
Même Stendhal, qui a eu une vie riche et trépidante, a beaucoup parlé d’amour — a même écrit un livre merveilleux sur le sujet, De l’amour — a préféré la rêverie à l’amour. C’est dire le puissant sortilège de la rêverie.
Les anglais ont un mot pour ça, « daydreaming » qui n’existe pas en français. « Rêve éveillé » ne veut pas dire la même chose, il signifie plutôt se retrouver dans un conte de fée.
Le mot « rêve » renvoie aux rêves inconscients de la nuit.
Il nous reste « rêverie ».
Le mot est malheureusement associé à Jean-Jacques Rousseau et ses Rêveries d’un promeneur solitaire ». Mais Rousseau ne m’intéresse pas. J’ai sa misogynie en horreur.
La rêverie c’est se raconter des histoires à soi-même.
Mais à quoi sert à la rêverie ?
A plein de trucs.
La rêverie sert à créer
Edgar Morin dit dans L’oblique que la paresse stimule notre créativité, l’oisiveté est le moteur de l’inspiration. Et il a bien raison. Parce que l’oisiveté permet de rêver et que rêver est nécessaire à toute création.
Romain Gary, en bon disciple de Stendhal, a beaucoup écrit sur le rêve qui est pour lui synonyme d’imaginer. Ses derniers romans sont des odes à l’imagination et à l’amour : Clair de femme, Les cerfs volants et Les Enchanteurs : « J’avais découvert l’art de fabriquer l’éternité avec de l’éphémère, un monde vrai avec avec des rêves et l’or avec de la fausse monnaie, et cet or, cette poudre d’or jetée aux yeux, ne perdra son pouvoir de donner à aimer, à espérer et à vivre, que lorsque le dernier saltimbanque de notre vieille tribu aura été chassé des tréteaux. »
Caspar David Friedrich, Le rêveur, 1840 — source : Wikimedia
La rêverie nourrit l’amour
Selon Romain Gary, toujours lui, on ne peut aimer sans avoir « rêvé » l’autre, l’avoir imaginé, lui avoir inventé des qualités, l’avoir mythifié, l’avoir transformé en dieu/déesse, héros/héroïne de roman, poussant à son extrémité la Cristallisation stendhalienne.
Il n’y a pas d’amour sans imagination.
Il a même écrit un roman entier sur le sujet, Europa, où les rêves s’emboîtent les uns dans les autres au point qu’on ne sait plus qui rêve qui (pas son meilleur — lui qui voulait écrire des romans « affectifs » a écrit un roman trop « cérébral »)
Dans Les Enchanteurs, il a fait beaucoup plus simple : « L’amour, tu sais, ce dont il a le plus besoin, c’est l’imagination. Il faut que chacun invente l’autre avec toute son imagination, avec toutes ses forces et qu’il ne cède pas un pouce du terrain à la réalité ; alors là, lorsque deux imaginations se rencontrent… Il n’y a rien de plus beau. »
John William Waterhouse, Tristan & Yseult (se partageant le philtre d’amour en toute inconscience), coll part, 1916 — source : Wikimedia
La rêverie est un refuge
Et la rêverie ne sert pas seulement à créer. La rêverie est aussi le refuge contre l’adversité. Fuir dans les mondes imaginaires une réalité inacceptable.
Romain Gary, encore, toujours dans Les Enchanteurs : « Mon regard avait peine à la contenir {Teresina}, comme si mon imagination, brusquement épuisée & défaillante, se fût trouvée en proie à un de ces assauts de la réalité qui réussissent parfois à prendre par surprise ceux qui se mettent à douter d’eux-mêmes. … Teresina me sourit et, d’un seul coup, toutes nos craintes s’évanouirent, car le sourire nous la restituait dans une gaité, un rayonnement, qui firent fuir en un instant les bêtes glapissantes de la peur. »
Jérôme Bosch, Le jardin des délices, détail — source : Wikimedia
La rêverie est un antidépresseur gratuit, un anxiolytique naturel.
Elle peut aussi devenir une drogue puissante.
Caspar David Friedrich, Promeneur au dessus de la mer de nuages, Kunsthalle de Hambourg, circa 1817 — source : Wikimedia
J’ai mis une tartelette aux fraises comme illustration parce que c’est la saison des fraises et que c’est appétissant.
Je me suis proposé à moi-même un défi : écrire un article de blog par jour pendant 7 jours.
Ce seraient des articles plus courts et superficiels. Internet et les Réseaux sociaux préfèrent la légereté et la superficialité (et la régularité aussi).
Autre information : en raison de la nouvelle politique infligée à Twitter par Elon Musk, il n’y aura bientôt plus d’envoi automatique des articles vers twitter. Je pourrais toujours l’envoyer après avoir publié mon article. J’essaierai d’y penser.
L’hôtel rose — Grand Budapest Hôtel de Wes Anderson
Wes Anderson a crée un univers tellement reconnaissable qu’une vague de vidéos imitant ses films déferle sur les réseaux sociaux avec l’Obituary d’Alexandre Desplat, musique du film The French Dispatch, en bande son.
C’est la tendance incontournable du moment, même si Instagram a pris du retard en ne permettant pas d’utiliser Obituary en bande son des Reels et Stories.
Auparavant, il y avait déjà une vogue Wes Anderson, mais des photos ressemblant à un plan de ses films. Un compte Instagram les recensait.
Wes Anderson dans la camionnette de The French Dispatch
Pourquoi tout le monde aime Wes Anderson alors qu’il réalise des films si contemplatifs ?
Si Wes Anderson suscite un tel engouement ce n’est pas seulement pour la symétrie de ses plans ou le pastel de ses images.
Tentative de décryptage du mystère Wes Anderson en 7 points.
1. Les films de Wes Anderson sont des contes
Ses films sont présentés comme des livres.
Ses personnages écrivent des livres.
Les parties du film sont nommés chapitres.
Wes Anderson fait tout pour que nous sachions que nous sommes dans un roman. Une façon de dire « rien n’est vrai ».
Arthur Howitzer et Roebuck Wright en conférence sur fond rose des murs dans The French Dispatch
The Royal Tenenbaums est un livre emprunté à la bibliothèque au début du film. Tous les personnages ou presque ont écrit un livre, même le timide comptable Henry Sherman. Dans Budapest Hôtel le film s’ouvre sur une jeune fille qui vient rendre hommage au romancier qui l’a écrit. Ensuite le romancier nous raconte comment il a eu l’idée d’écrire ce roman avec sa rencontre avec Zero Moustafa.
Aucun des films de Wes Anderson ne cherche à être réaliste, c’est même tout le contraire : personnages excentriques et singuliers, contextes extraordinaires, péripéties inattendues, animaux fantastiques (les poissons féériques dans La vie aquatique). Toutes les situations semblent se passer dans un monde parallèle, relever de l’exception, voire de la magie.
Les personnages sont loufoques, les situations sont loufoques.
Louis Guichard dans Télérama le résumait parfaitement à propos de La vie aquatique : « Merveille d’artifice cinématographique [qui donne] le spectacle miraculeux de la beauté du monde, et l’extase enfantine qui va avec. »
2. Un monde clos
Les histoires se déroulent toujours des lieux clos. Le reste du monde n’existe pas, ou seulement comme une abstraction menaçante, vulgaire et lointaine.
L’école Rushmore dans le film du même nom, la maison dans The Tenenbaums, le bateau dans La vie aquatique, l’île dans Moonrise Kingdom, l’hôtel dans The grand Budapest Hotel (et le Zubrowka tout entier). Et les trains couchettes. Wes Anderson a une obsession pour les trains couchettes, il en met partout, parce que c’est le lieu clos par excellence. Celui de Darjeeling, celui du Grand Budapest Hotel et celui de la pub pour H&M.
Les trois frères sur la banquette du train dans Darjeeling Limited — orange clair et orange foncé
Et même si The French Dispatch se passe dans une ville entière, Ennui-sur-Blasé est une ville imaginaire que Wes Anderson a crée comme un décor. C’est un Paris imaginaire reconstitué avec des bouts d’Angoulême. Et cette ville imaginaire est aussi traitée comme un lieu clos. Sans parler de la prison qui s’y trouve.
Dans Moonrise Kingdom, l’histoire semble n’être là que comme prétexte pour faire évoluer les personnages dans un décor et les faire utiliser de beaux objets monogrammés. Comme un petit garçon jouant aux playmobils mais un petit garçon qui serait un esthète et dont le père serait PDG de Playmobil pour lui fournir tous les objets dont il rêve.
Idem dans La vie aquatique même si ce sont des scènes d’extérieur. Cette fois-ci le décor est un bateau + des îles + un sous marin = des lieux ultra clos.
Les personnages de La vie Aquatique à l’intérieur du Belafonte
Et dans tous ses films, le décor est un personnage du film à part entière du film, comme l’hôtel Budapest dans le film du même nom, comme la maison dans La famille Tenenbaum, comme Le Belafonte dans La vie Aquatique.
3. Un monde ordonné
Wes Anderson recrée l’univers à son image et à son goût, il en efface toute laideur et toute vulgarité. La violence, la guerre, le totalitarisme, le racisme et le génocide sont évoqués dans Budapest, mais comme une menace lointaine à venir. Comme une intrusion de la vulgarité et de la noirceur dans le monde élégant et rose du Zubrowka fin de siècle. La violence est toujours hors champ.
La violence est une faute de goût.
Tout est ordonné dans le monde de Wes Anderson : caméra frontale, angles droits, plans fixes, plans simples, symétrie, travellings — doux — lorsque c’est nécessaire. Ses mouvements de caméra sont aussi doux que ses coloris. Le contraire du cinéma de Paolo Sorrentino où la caméra bouge ad nauseam en permanence.
Tous les déplacements sont chorégraphiés au millimètre, après des répétitions infinies. Pas de place pour le brouillon, l’accident et l’aléatoire.
Les couleurs sont pastels ou vives — presque toujours monochromes — cherchant les contrastes ou les harmonies avec une science inouïe des accords chromatiques. Les images sont surexposées ou saturées selon le film (Asteroid City, le film qui sort le 28 juin 2023 semble avoir choisi la surexposition).
Monsieur Gustave & Zero avec leurs uniformes violets dans l’ascenseur rouge — The Grand Budapest Hotel
4. L’obsession des monogrammes
C’est un monde où chaque objet à une place (les tickets de train de Darjeeling ont leur propre patère) et une fonction précise. Et tout a un monogramme : les valises, les cacahouètes, les baskets, les chemises, les pyjamas, les peignoirs. Que ce soit celui du personnage ou de la compagnie de train ou de la team Zissou. Ces monogrammes sont moins un symbole de luxe que d’appartenance. Pareil pour les fameux bonnets rouges.
Ce sont les objets qui créent l’identité.
Le lendemain de la rencontre avec son fils dont il prétend ignorer l’existence, Steve Zissou lui propose de prendre son nom et aussitôt annonce qu’il va lui faire du papier à en tête (ce n’est pas une proposition, c’est une annonce). Le papier à en tête étant plus important que les pièces d’identité comme chacun sait (c’est surtout plus chic). Deux jours plus tard, Ned reçoit le papier a en-tête — découvrant au passage que son nouveau père a changé son prénom, Kingsley — tandis que son vrai prénom, Ned, est entre parenthèse. Steve Zissou prend possession de son fils.
Les monogrammes sont aussi une façon de dire sa singularité au monde. Ils montrent l’identité autant que l’appartenance. Les 3 frères qui parcourent l’Inde à bord du Darjeeling avec les bagages monogrammés encombrants de leur père sont déboussolés mais montrent à tous que leur père était un homme de goût.
Les trois frères paumés trimbalant leurs valises monogrammées dans la cambrousse indienne — Darjeeling Limited
Les personnages naviguent dans l’absurde quand tous les objets ont un sens. Les objets sont rassurants.
Tout comme les costumes. En plus de son obsession du train, Wes Anderson a l’obsession des uniformes : les grooms de l’hôtel, les gardiens de prison, la team Zissou, le blazer de Rushmore, etc.
Wes Anderson cherche à ordonner le monde — le sien en tout cas.
Il met de l’ordre dans le chaos et le brouillon de la vie.
5. Les émotions sont atténuées
Tous ses personnages pourraient être surnommés Ennui sur Blasé.
Les acteurs n’expriment aucune émotion, même quand ils sont au comble de la passion ou du désespoir. Ils semblent traîner un éternel ennui de la vie, blasés et désinvoltes. Rien ne semble grave. Tout, y compris la mort, est accueilli avec la même mélancolie. C’est le contraire d’un cinéma de Casavettes où tout est prétexte à un déchainement d’hystérie.
Les personnages de The French Dispatch après la mort de leur patron
Est-ce parce que pour Wes Anderson les émotions sont vulgaires ou par admiration pour les films de Godard où les acteurs sont inexpressifs ?
Même quand les personnages ont un métier ou une activité ils le font avec désinvolture, comme si c’était un hobby (cf. Les journalistes de French Dispatch).
6. Il n’a pas peur du rose
Wes Anderson a un super pouvoir : il n’a pas peur du rose
Zero et Agatha dans de beaux draps (et de belles boîtes) — The Grand Budapest Hôtel
Le rose est le couleur de l’amour, de la mièvrerie, de l’enfance, des fins heureuses et de ce qui est féminin. Selon les critères du bon goût établi par les hommes, le rose c’est le mal. C’est de très mauvais goût. Le noir, le sordide et le tragique sont considérés comme le comble du raffinement (et du sérieux) depuis le XIXème siècle.
Mais Wes Anderson il s’en fiche. Son hôtel est rose, tout comme les pâtisseries de Mendel, tout comme les murs de la maison des Tenenbaums, tout comme les costumes de nombreux personnages. Son hôtel est une bonbonnière, son film est une bonbonnière.
Gardien de prison ouvrant une boîte rose de la pâtisserie Mendel — The Grand Budapest Hôtel
Parce que tout simplement le rose est la couleur de l’élégance, de l’amour et de la douceur. Et peu importe si des mâles inquiets ou des critiques grognons grincent des dents.
Seuls comptent la grâce, la poésie et la douceur.
7. Eloge de la douceur
Wes Anderson nous aide à rajouter de la beauté au monde. Il nous aide à ré-enchanter nos vies.
Là où Martin Gore nous propose d’échapper aux horreurs du monde dans la rêverie, Wes Anderson propose d’y échapper par la beauté.
Les films de Wes Anderson sont rassurants, ce sont des doudous. Tout est doux, ordonné, lumineux, élégant, monogrammé malgré le tragique des situations.
Ce n’est pas surprenant si les Ukrainiens filment leur ville dévastées sur l’air d’Obituary. C’est un exercice pour se rassurer, broyer du rose pour ne pas broyer du noir.
D’autres vidéastes amateurs disent clairement ne pas se lasser d’imiter les films de Wes Anderson pour romantiser leur quotidien : « I could do these every day honestly 😂 romantise your life! » ou encore, la même : « At the risk of milking a trend… (Totally obsessed with every single one of these Wes Anderson style videos and I want this to be my feed forever) »
Hormis quelques vieux machos archaïques, nous voudrions tous vivre dans le monde doux et coloré de Wes Anderson.
Images extraites de Darjeeling Limited, Moonrise Kingdom, Hôtel Chevalier, La vie aquatique, Royal Tenebaums
Romain Gary écrivait en 1971 dans un article pour Le Monde : « D’une manière générale, nous allons vers un âge où la vie réelle cédera de plus en plus le pas à l’irréalité : télévision, divertissement ou culture, le transfert de l’intérêt vers l’au-delà du réel est, dès maintenant, apparent dans les pays à technologie développée. {…} pour notre civilisation matérialiste sans au-delà, l’irréalité sous toutes ses formes se fera de plus en plus envahissante, parce que nécessaire. {…} Que ce soit dans les sociétés petit-marxiste ou para-capitalistes, l’évasion dans la dimension de l’irréel est inéluctable. » Ce que fait Wes Anderson en est l’illustration parfaite.
Wes Andersonisons le monde !
Disney + propose la plupart des films de Wes Anderson, il ne manque que Moonrise Kingdom et son premier film, Bottle Rocket, que je n’ai jamais vu.
[…] vu La merveilleuse Histoire de Henry Sugar, le court métrage de Wes Anderson pour Netflix adapté de Roald Dahl. Il est à la fois déroutant et merveilleux. Wes Anderson sait […]
Cagette de tomate et barquette de fraises sur un vélo.
La fragilité des fraises associé à la nécessité de poser la cagette à plat complique la tâche.
Mais j’ai trouvé la solution (je n’avais pas vraiment le choix).
Il faut 2 tendeurs : l’un pour accrocher la cagette sur le porte bagage, l’autre pour tenir fermé les anses du panier où se trouve la barquette de fraises.
La barquette de fraises doit être, évidemment, sur le haut du panier, au sommet des autres courses, afin de n’être pas écrasée.
A force de faire toutes mes courses avec mon petit vélo, je suis devenue une experte en transport de produits de toute sorte.
Mon rêve est d’avoir un vélo cargo pour que le retour des courses ne ressemble plus à une partie de Tetris.
De trop nombreux individus confondent encore droit de reproduction et droit à l’image.
Quand je demande une autorisation de reproduction pour un logo ou un visuel quelconque, on me répond parfois « Vous devez remplir un formulaire pour le droit à l’image ». Mes cheveux se dressent sur ma tête.
Alors, faisons le point. Un point simple.
Le droit de reproduction c’est ça :
Page extraite de Les écrivains et les Nabis de Clément Dessy paru aux Presses Universitaires de Rennes, P201 — Mogens Ballins, Paysage à gauche, Pierre Bonnard, Femmes au jardin à droite;
Si nous étions en 2017 j’aurais dû demander l’autorisation de reproduction aux ayants droit de Pierre Bonnard (les ayants droit étant adhérents de l’Adagp, j’aurais demandé à l’Adagp). Pierre Bonnard étant mort en janvier 1947 — il est dans le domaine public depuis janvier 2018.
Ça pourrait être aussi une photographie d’un photographe qui est toujours vivant ou mort depuis moins de 70 ans.
Ça peut aussi être un texte.
En tant qu’auteur, vos œuvres sont automatiquement protégées. On doit vous demander (ou à vos ayants droit si vous êtes morts) une autorisation pour toute reproduction de vos oeuvres (sur support papier, numérique, film, mug ou autre).
Le droit à l’image, c’est ça :
Martin Gore et Alan Wilder enregistrant une chanson (laquelle?) en 1984 aux Studios Hansa à Berlin.
Soit Martin Gore dans une pose typiquement gorienne, la main gauche tenant le bras droit derrière son dos, en slip et ceinture de cuir noir, aux côtés d’Alan Wilder jouant du piano. Photo datant très probablement de 1984 & très probablement prise aux Studio Hansa à Berlin pendant l’enregistrement du quatrième album de Depeche Mode, Some Great Reward.
J’ai choisi cette photo parce que même s’il est évident que les personnes photographiées posent pour le/la photographe, ils étaient consentant au moment de la prise de vue. Il n’est pas sûr que 39 ans après ils soient toujours d’accord pour que cette photo soit diffusée.
Il est probable que Martin Gore voyant cette photo demanderait sa suppression. Et il serait dans son droit.
Le droit à l’image, c’est le droit que vous avez sur votre propre image. Ce droit cesse à votre mort (en France). Et il faut une autorisation écrite des personnes photographiées pour pouvoir reproduire leur image.
Hypothèses sur une photographie
J’en profite pour émettre des hypothèses sur cette étrange photo. Les nécessités de documentation pour mon roman 1979 m’ayant transformée en spécialiste de l’iconographie de Depeche Mode à leurs débuts, j’ai un avis sur la question.
Certains croient voir dans cette photo l’enregistrement de la chanson Somebody.
Or, d’après tous les témoins oculaires, Martin Gore était complètement nu pour enregistrer Somebody. Ici il porte un slip, en plus d’une ceinture de cuir noir. Cela ressemble à une reconstitution pudique de la scène initiale.
J’ignore qui a pris la photo (ce qui fait que je n’ai pu demander l’autorisation de reproduction — & je suis donc en infraction avec le droit d’auteur).Andy Fletcher ? Dave Gahan ? Christina Friedrich, la petite amie de Martin à cette époque ? Gareth Jones, le producteur ?
Mon hypothèse est que Christina Friedrich ayant entendu le récit de l’enregistrement par son petit ami, ait voulu reconstituer la scène pour ses archives personnelles (ou pour se marrer).
En résumé : Le 1er cas relève du droit d’auteur qui protège vos créations (textes ou images) ; le 2ème cas protège la création de Dame Nature/Dieu/la génétique selon vos croyances & convictions.
Je devais voir cette exposition pour me documenter pour mon roman en cours. J’ai eu la chance de pouvoir y aller juste avant la fin (l’expo se terminait dimanche).
C’était la première fois que je voyais une exposition d’art décoratif sur une période que j’ai vécue et pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir fait un voyage dans le passé mais d’avoir visité un monde parallèle.
Je n’ai pas vécu la même époque : je n’étais pas entourée des mêmes objets, je ne portais pas des robes Popy Moreni, je ne fréquentais pas les soirées du Palace et des Bains douches, je n’habitais pas Paris.
Comme j’habitais un minuscule village dans la cambrousse profonde (le bordelais) et que j’étais enfant, mon paysage social et culturel était complètement différent. Pour moi les années 80 évoquent Casimir, Albator et Candyneige André, les blousons moches aux couleurs flashy de la cour de récré, les jeans neige et les jeunes filles qui découpent des photos de Depeche Mode et de Cure dans OK Podium.
Cette exposition a le mérite de rendre visible le biais de la conservation et de l’exposition : ce sont des objets de luxe.
Et j’ai plutôt fait un tour dans les pages de Vogue et de Art & Décoration que dans le temps.
C’était quand même chouette
Un mobilier aux couleurs vives, des designs aux formes géométriques ou baroques.
Une mode extravagante, aux couleurs vives là aussi et beaucoup de cuir (Claude Montana et autre).
Ce sont surtout les robes de Karl Lagerfeld qui m’ont tapé dans l’oeil pour leur simplicité pleines de grâce.
A côté de ça, une salle est consacrée aux Une de Libé pour évoquer la politique. Plusieurs salles sont consacrées à l’âge d’or de la publicité (ces salles étaient bondées, bizarrement, alors qu’on peut trouver facilement les vidéos sur Youtube).
Plusieurs autres salles évoquent les nuits parisiennes du Palace et des Bains douches, un mythe que j’aurais voulu voir en vrai (mais m’aurait-on laissé rentrer ?).
Mais, bonne surprise
Toutes ces couleurs criardes donnent envie de se reposer les yeux. Je suis allé faire un tour dans les collections permanentes. Et je suis tombé sur l’expo sur Etienne Robial dont j’ignorais l’existence. Et j’avais tort. Ce monsieur est un homme de goût. Il a non seulement crée les Editions Futuropolis, mais a réalisé un nombre de logo tellement impressionnant dans les années 90 pour les chaînes de télé (Canal +, iTélé) et pour la Presse (L’Equipe, Les Inrocks) que l’on pourrait dire que le monde qui nous entoure a été fait par lui.
Et finalement
Je ne regrette pas d’être venue, mais plutôt pour l’exposition Etienne Robial et la collection permanente que je suis ravie d’avoir revue.
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