Montbard… 

Tous les hommes s’appelle Gérard

Les chasseurs rôdent dans les bois

On tue les chats à coup de carabine

On taille les haies au printemps

Bienvenue à Boomerland écrit en lettre rouge — corbeau sur un arbre mort

1. Les voisins

Boomerland — homme tondant sa pelouse d'un air martial et viril

Gérard tond sa pelouse dès qu’il y a 3 pâquerettes

Les jardins emplis de gravier parce qu’un jardin « doit faire propre »

Les voisins qui me reprochent de n’avoir pas mis de gravier dans mon jardin — mon jardin « ne fait pas propre » (mon jardin est biodiversité-friendly — mais mes voisins ne connaissent pas le mot « biodiversité »)

Les voisins climato-négationnistes

Les voisins qui ont deux voitures, une camionnette et une moto

Les voisins qui veulent tuer mes chats

Les voisins qui tuent mes chats à coup de carabine

2. La source d’information

La source d’information c’est la télé (& Facebook).

Le vaccin c’est le mal

Les migrants vont tous nous grand-remplacer

Nous sommes cernés par les assistés

L’insécurité nous guette (mais pas le réchauffement climatique, qui est 100% naturel)

3. Le règne de l’automobile

 

Boomerland — illustration de voitures en pagaille sur fond gris

Gérard qui prend sa voiture pour aller à l’usine alors qu’elle est au bout de sa rue

La ville ressemble à un immense parking — toutes les anciennes places avec arbres et fontaines ont été transformées en parking. La végétalisation est inexistante — connaissent-ils ce mot ? 

Les routes sont emplies de nids de poules digne d’un pays du Tiers Monde (ultra dangereux pour les vélos, surtout la nuit)

Les gamins qui font du moto-cross dans la forêt en faisant le plus de bruit possible — en défonçant les chemins — & en dégageant un max de CO2 parce que c’est fun

« Montbard c’est pas Paris » : phrase qu’on m’a répétée plus de dix fois. Les parisiens sont des khmers-verts qu’il faut tenir à distance de peur d’être contaminés

Il faudra faire 10 ans de pédagogie avant de construire la moindre piste cyclable parce que les Montbardois ne sont pas habitués au vélo (c’est faux, dans les années 50 ils se déplaçaient tous à vélo — ils l’ont oublié — veulent l’oublier — les vélos c’est pour les pauvres)

De toute façon, il n’y a pas la place de construire des pistes cyclables, les rues sont trop étroites (c’est faux : c’est simplement que les voitures sont garées partout dans les rues et sur les trottoirs)

On fait comme si la loi Laure* n’existait pas

Pas de piste cyclable, pas d’arceaux à vélo (enfin si, une dizaine à des endroits pas forcément pratiques) — les seuls cyclistes tolérés sont les cyclistes du dimanche, avec la tenue en lycra appropriée

Pas de bus, hormis une ridicule navette qui circule que le vendredi matin (alors que 30% de la population à plus de 60 ans et a des difficultés pour se déplacer)

4. L’extrême droite

Boomerland — poule rouge sur fond jaune — mélange du coq gaulois et de la poule mouillé pour symboliser l'extrême droite

Le RN à fait 40% des voix aux dernières élections législatives

Ils envoient des députés RN aux élections européennes (et ils se plaignent que leurs impôts servent à faire vivre dans le luxe et l’oisiveté les membres du gouvernement — les députés RN du Parlement européen sont payés 6000€/mois à ne rien faire)

A chaque fois qu’un montbardois se plaint de la chaleur j’ai envie de lui demander «pour qui avez-vous voté aux dernières élections ? » —  ça ne servirait à rien puisqu’il ne comprendrait pas la relation de cause à effet

5. Montbard, ville morte

Boomerland — Logo de Bar sur cercle jaune

Les bars ferment à 18H30

Chaque fois qu’un nouveau commerce ouvre, il ferme quelques mois plus tard. La faute aux hypermarché bien sûr — mais aussi parce Montbard est incapable d’attirer de nouveaux habitants, à cause de tout ce que viens de dire précédemment (autre relation de cause à effet non comprise par la municipalité qui nous gouverne).

6. Conclusion

Tous les habitants de Montbard ne sont pas des Boomer — tous ne sont climatolo-stupides.

Certains sont soucieux d’écologie, plantent  leur potager, prennent leur vélo pour faire leur courses, protègent les animaux et veulent vivre autrement. 

Certains rêvent d’une ville plus verte.

Mais la ville de Montbard ne fait rien pour les aider. 

La ville fait comme si ces gens n’existaient pas parce qu’ils ne sont qu’une poignée. 

Si Montbard veut attirer de nouveaux habitants, et notamment les parisiens grâce au TGV, elle doit se transformer — se végétaliser, rendre aux places leurs beautés perdues, laisser plus d’espace aux vélos et aux piétons, développer les transports publics.

Rendre la ville verte & accueillante.

Et cesser de couper les haies comme des sauvages.

Boomerland — chasseur rouge sur fond jaune

Selon la loi Laure (loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie) votée le 30 décembre 1996, les pouvoirs publics ont l’obligation de créer des « aménagements sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants » et ce « à l’occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines, à l’exception des autoroutes et voies rapides »

C’est qui les Nabis ?

Les Nabis étaient une bande de copains qui peignaient à la fin du XIXe siècle en rejetant à la fois le naturalisme et l’Impressionnisme.  

Édouard Vuillard, Deux femmes sous la lampe, 1892, Musée de l’Annonciade — Article Nabis
Édouard Vuillard, Deux femmes sous la lampe, 1892, Musée de l’Annonciade — Wikimedia

Alors, qu’est-ce qu’ils faisaient ?

Ils peignaient des scènes de genre — si longtemps traité avec mépris par la peinture officielle ; des scènes de la vie quotidienne rarement montrées dans la peinture : maladie, bain, rangement du linge dans les placards… Ils aimaient les scènes intimistes.

Ils aimaient l’ésotérisme et l’occultisme.

Paul Sérusier, Paul Ranson en tenue nabique, 1890, Musée d'Orsay — article sur les Nabis
Paul Sérusier, Paul Ranson en tenue nabique, 1890, Musée d’Orsay — Wikipedia

Ils aimaient la stylisation des formes, les exagérations, les atmosphères, l’humour. 

Felix Vallotton – Bathing on a Summer Evening, 1892 — Wikipedia

Ils aimaient les motifs et les jeux avec les motifs.

En quoi c’était vraiment nouveau ? 

Ils avaient un goût prononcé pour le japonisme et tout particulièrement pour les cadrages décentrés : l’action n’était plus au centre du tableau, mais sur les côtés ; des personnages sont coupés par le bord de la toile — comme si les peintures étaient des photographies. 

Le surnom de Bonnard était « Le nabi très japonard ». 

Pierre Bonnard, La gouvernante, 1897 — Wikipedia — article sur les Nabis
Pierre Bonnard, La gouvernante, 1897 — l’influence de l’estampe japonaise est particulièrement frappante dans cette œuvre — Wikipedia

C’est joli ? 

Oui. 

Édouard Vuillard, Deux femmes sous la lampe, 1892, Musée de l’Annonciade — Wikimedia
Édouard Vuillard, Deux femmes sous la lampe, 1892, Musée de l’Annonciade — Wikimedia

Ça veut dire quoi Nabi ?

Nabi est le nom que se sont donné les jeunes peintres qui se regroupent autour de Paul Sérusier, vers 1888, quand il est revenu avec Le talisman sous le bras et que sa peinture a suscité des débats enflammés. 

Le terme nabi, en arabe, ou nevi’im, נביאים en hébreu, signifie dans un sens actif «orateur » ou « annonciateur », ou, dans un sens passif, « celui qui est ravi dans une » extase » ou « appelé par l’esprit ». En Occident, nabi a été traduit par « prophète », «illuminé », ou encore « celui qui reçoit les paroles de l’au-delà », « l’inspiré de Dieu».

Mais il ne faudrait pas croire qu’ils se prenaient au sérieux :

« Ensemble, nous avons méprisé l’école et les écoles, les rapins, leurs traditions, leurs farces et leurs bals inutilement nudistes. Ensemble nous nous sommes sérieusement amusés »  

Henri Gabriel Ibels
Felix Vallotton, Coin de rue à Paris, 1895, MET — Wikipedia
Felix Vallotton, Coin de rue à Paris, 1895, MET —l’influence de l’estampe japonaise est aussi très présente dans cette gouache — Wikipedia

C’était qui ?

Paul Sérusier réunit autour de lui ses amis, Pierre Bonnard, René Piot, Henri-Gabriel Ibels, Maurice Denis, Édouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Paul Ranson. En 1891, le Hollandais Jan Verkade, en 1892, le Suisse Félix Vallotton, puis Georges Lacombe, Mogens Ballin, József Rippl-Rónai, Charles Filiger, Adolf Robbi, ainsi que Georges Joseph Rasetti3 et le sculpteur Aristide Maillol, les rejoignent.

Sont-ils importants ?

Ils annoncent le Fauvisme qui ira plus loin dans la stylisation des formes et l’originalité des couleurs — comme Albert Marquet — et toutes les avant-gardes du XXe siècle (Matisse était fauve à ses débuts). 

Albert Marquet, l'île aux cygnes, 1919 — arbres se reflétant dans l'eau — article sur les Nabis — exemple d'un peintre Fauve
Albert Marquet, l’île aux cygnes, 1919, Musée National d’Art Moderne, Paris — Wikipedia

Bilan du mois de juillet

Dessin de fleurs blanches sur fond rose — Bilan Juillet écrit en bleu nuit

1. J’ai commencé un nouveau contrat à l’Adagp

2. J’ai fait une overdose de tableaux Excel

3. J’ai eu la confirmation que la communication c’est important. Si quelqu’un vous dit « on pourrait faire plus simple », dites oui.

4. J’ai eu très chaud pendant la mini-canicule — & nous avons eu de la chance de n’avoir qu’une mini canicule de 3 jours

Piscine pour chien, chaise longue & chat
Piscine pour chien, chaise longue & chat à l’ombre

5. J’ai vu 2 séries tendres, bienveillantes et drôles, Ted Lasso (hilarant & adorable même quand on n’aime pas le foot) sur Apple TV et Young Sheldon sur Netflix

6. J’ai vu de très beaux nuages dansants

7. J’ai commencé une nouvelle mission d’icono pour Paris Musées qui me ravit

8. Le TER c’est l’enfer : toilettes hors service, passagers entassés dans les couloirs parce que « la SNCF garanti le transport mais pas une place assise » dixit le contrôleur qui en était désolé. Deux pimbêches qui avaient de grosses valises roses en faux Gucci ont raconté leur expédition à Barcelone jusqu’à Sens avec une voix très forte. Je sais tout sur leur voyage à Barcelone. Un vieux type recevait un nombre incroyable d’appels avec un sonnerie retentissante. Je lui ai demandé de le mettre en mode silencieux. Les deux pimbêches ont pris sa défense en disant que c’était normal dans les transport en commun — que je n’avais qu’à prendre une voiture avec chauffeur.

Train en Inde — passagers s'accrochant sur les côtés du train ou montés sur le toit.
Presque ça… — Train en Inde — ph © AFP / Money Sharma

9. J’ai découvert avec horreur que ma haie avait encore été brutalement ratiboisée (ils utilisent une machine qui broie les branches au lieu de les couper) par les jardiniers de la ville de Montbard (ma haie jouxte un terrain municipal). Je croyais que désormais tout le monde savait qu’il ne fallait pas tailler les haies pour préserver la biodiversité. Visiblement, à Montbard, ils ne sont pas au courant.

10. J’ai vu un beau coucher de soleil sur mes hibiscus de Syrie

Hibiscus syriacus éclairés par les rayons du soir, devant la vigne — Montbard, Bourgogne — 14 juillet 2023
Hibiscus syriacus éclairés par les rayons du soir — Montbard, Bourgogne — 14 juillet 2023

11. Mon ordinateur est au bout de sa vie, au sens littéral du terme : il a presque 10 ans et à 60% de batterie, il s’éteint. C’est un ordinateur portable qui n’est plus portable. Mais je peux quand même travailler dans mon lit.

Mac Book Air fermé dans des draps roses
Vieux Mac Book Air fatigué — le pauvre date de 2014 — il voudrait dormir

12. J’ai lu 4 livres sur Romain Gary : les 2 tomes de Monsieur Romain Gary de Kerwin Spire, la biographie par Dominique Bona et l’Abécédaire de Romain Gary, avec des textes choisis par Mireille Sacotte & Marie-Anne Arnaud Toulouse. A la lettre Z de Zaga et je croyais qu’il me restait encore un chapitre à lire— je n’avais pas vu que c’était la fin. J’aurais voulu que ça continue (indéfiniment — ou qu’au moins il y eut 10 volumes. C’est un condensé de la pensée de Gary sur tous les sujets. Et sur tous les sujets il a raison — il avait déjà raison dans les années 50, il a toujours raison aujourd’hui — et même plus encore sur l’écologie et le féminisme.

4 couvertures de livres sur Romain Gary — posés sur mon bureau en bois
4 excellents livres sur Romain Gary — éditions Gallimard & de L’Observatoire

13. J’ai finalement beaucoup écrit pour 1979 — mais surtout des bouts de phrases et des idées. J’en suis à 4 carnets (des Leuchturm 1917 — parce que leur papier est le plus agréable pour l’écriture avec un stylo plume — & ils sont tellement jolis)

4 carnets empilés sur mon bureau : bleu, vert, mauve, rose
Il va falloir que je mette tout ça sur mon ordi fatigué

14. J’ai commencé un nouvel agenda

Nouvel agenda 2023-2024 à la couverture irisée et translucide — j'ai mis une photo de John Lennon dans la pochette
Nouvel agenda 2023-2024 à la couverture irisée et translucide — j’ai mis une photo de John Lennon dans la pochette — parce que Romain Gary n’est pas ma seule divinité

15. Le 28 juillet, j’ai eu plusieurs bouffée de chaleur qui m’ont réveillées pendant la nuit (alors qu’il faisait frais) — & au matin, dans le métro, je suis tombée sur ce poème d’Eric Desgrugillers : « Nuit cassée. Insomnie/Je ramasse en dormant/Les morceaux de la nuit »

Poème gagnant du Grand Prix Poésie de la RATP affiché dans le métro
Poème gagnant du Grand Prix Poésie de la RATP qui est le parfait reflet de ma nuit — le poète a-t-il eu lui aussi des bouffées de chaleur ?

16. Le 29 juillet, il a tellement plu pendant la nuit, que des lignes de métro ne fonctionnaient plus & que plusieurs passage vers les escalators de la gare de Lyon était fermés

Un des passage entre le métro et l'entrée de la gare de Lyon fermée au public à cause d'immenses flaques
Un des passage entre le métro et l’entrée de la gare de Lyon fermée au public à cause d’immenses flaques

17. J’ai terminé mon contrat à l’Adagp

La honte & la culpabilité

La honte et la culpabilité des personnes hypersensibles, illustré par les œuvres d’Edvard Munch.

Les hypersensibles ont honte de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font, de leurs émotions comme de leurs désirs et de leurs rêves. Ils se sentent coupable de tout, tout le temps. Tentative d’explication.

Edvard Munch, Mélancolie, 1892, National Gallery, Oslo — Ph : Wikimedia
Edvard Munch, Mélancolie, 1892, National Gallery, Oslo — Ph : Wikimedia

1. La culpabilité de n’être pas comme les autres

Les personnes hypersensibles éprouvent une honte permanente de ne pas être comme les autres, d’être trop « quite unusual », trop étranges, de manquer de confiance en eux, d’être trop timides, trop plein de doutes trop naïfs et plein de bons sentiments, d’avoir des pensées en pagaille —  ayant toujours peur de mal faire — parce que « comment font les autres ? ». 

Ces fameux autres ne se posent pas tant de question. Ils font, sans se soucier du regard des autres, sans se soucier de leur propre regard — ils ne se voient pas faire. Ils n’ont pas de regard extérieur sur eux-même. Ils ne voient pas quand ils sont ennuyeux, grossiers, sans gêne, odieux, ridicules. 

Edvard Munch, La joyeuse compagnie, 1903, Musée Munch, Oslo — Ph : Wikimedia
Edvard Munch, La joyeuse compagnie, 1903, Musée Munch, Oslo — Ph : Wikimedia

Or, l’idée de déranger ou d’être ridicule est ce qui effraie le plus les hypersensibles. 

Les autres, ceux qui ont une sensibilité dans les normes, imitent — s’imitent mutuellement. L’hypersensible est incapable d’imitation. Quand ils imitent ce que font les autres, ça sonne faux — ou maladroit. Parce qu’il leur manque la désinvolture et la légèreté — parce que tout est analysé. Parce qu’il se voit faire et se trouvent ridicule. 

Edvard Munch, Désespoir, 1894, Munch Museum, Oslo — Ph : Wikimedia
Edvard Munch, Désespoir, 1894, Munch Museum, Oslo — Ph : Wikimedia

L’hypersensible ne peut se conformer à un modèle. 

Il ne peut suivre les modes ;  il ne peut utiliser les expressions des jeunes de son temps (hormis « C’est chouette ! » — expression typique des 80’s que je n’ai jamais pu abandonner). 

Il est trop différent pour s’identifier à quelqu’un d’autre.

Mais au lieu d’être fier de sa différence, il le vit comme une infirmité, un défaut. Il voudrait pouvoir être comme les autres, parce que sa vie serait plus facile, parce qu’il serait accepté par les groupes, parce qu’il se sentirait plus fort, parce qu’il aurait moins de doutes.  

Edvard Munch, Mélancolie, 1906/1907, Neue Nationalgalerie, Berlin — Ph : Wikimedia
Edvard Munch, Mélancolie, 1906/1907, Neue Nationalgalerie, Berlin — Ph : Wikimedia

2. Le doute d’avoir fait le bon choix 

A chaque moment, la personne hypersensible se demande si elle a fait le bon choix — si elle n’aurait pas plutôt dû faire ceci ou cela — parce qu’elle voit, imagine & analyse toutes les possibilités ; parce qu’elle est empli de doutes ; parce que son cerveau bouillonne en permanence entre mille pensées contradictoires. Résultat : l’hypersensible à honte des choix qu’il a fait. 

Edvard Munch, Cendres, 1895, Galerie Nationale d'Oslo — Ph : Wikimedia
Edvard Munch, Cendres, 1895, Galerie Nationale d’Oslo — Ph : Wikimedia

3. Honte de nos désirs et de nos rêves 

L’hypersensible à honte de ses désirs, de ses rêves, de ses lubies et de ses hobbys —  parce qu’ils sont trop étranges. Il n’a pas les mêmes envies que les autres, parce que son cerveau est ainsi fait que ses désirs sont singuliers. 

Ce qu’il vit — et comment il le vit — est trop bizarre. 

Ce qu’il vit est inédit.

Il ne se sent pas appartenir à un groupe socio-culturel, à une génération — il n’appartient qu’à lui-même — il vit dans sa bulle et son royaume. 

Edvard Munch, Jeune fille sur le rivage, 1896, Munch Museum, Oslo — Ph : Wikimedia
Edvard Munch, Jeune fille sur le rivage, 1896, Munch Museum, Oslo — Ph : Wikimedia

4. La honte de nos émotions

Sur-réagir et en venir aux larmes pour une broutille ou se draper dans le marbre, s’enfermer dans sa bulle pour n’être pas blessé — les émotions des hypersensibles sont ou trop ou trop peu. L’hypersensible a honte de n’avoir pas l’émotion appropriée.

Edvard Munch, Séparation, 1896, Munch Museum, Oslo — ph : Wikimedia
Edvard Munch, Séparation, 1896, Munch Museum, Oslo — ph : Wikimedia

5. La nécessité de la confession

Confesser son étrangeté, ses doutes, ses désirs est une nécessité pour obtenir l’absolution essentielle à l’acceptation de soi, pour transformer la bizarrerie en singularité. L’hypersensible doit trouver un moyen d’exprimer ce qu’il vit de manière compréhensible pour les autres. C’est dans le « compréhensible » que réside la difficulté.

Edvard Munch, Mélancolie, 1894, Coll part — Ph : Wikimedia
Edvard Munch, Mélancolie, 1894, Coll part — Ph : Wikimedia

Qui était Jan Van Eyck ?

Jan Van Eyck L'Homme au turban rouge, 1433
Autoportrait présumé de Jan van Eyck
Jan Van Eyck L’Homme au turban rouge, 1433
Autoportrait présumé de Jan van Eyck — Wikimedia
  • Jan van Eyck est le plus célèbre des primitifs flamand (ce qu’on appelle en Italie, le Quattrocento — c’est le début de la renaissance). J’en parle aujourd’hui parce que a) j’adore les primitifs flamands b) Il est mort un 9 juillet (1441).
  • On estime qu’il est né vers 1390 à Maaseik, une ville située dans la principauté de Liège (actuellement en Belgique). Peu de détails sont connus sur sa jeunesse et son éducation, mais on sait qu’il a été actif à Bruges à partir de 1422, où il a été membre de la guilde des peintres.
  • En janvier 1425, il devient peintre de cour du duc de Bourgogne Philippe le Bon — qui lui demande de s’installer à Lille — & lui confie aussi plusieurs missions secrètes (quelle vie romanesque ! Pourquoi n’y a-t-il pas une série Netflix sur Jan Van Ecyk ?). Il serait peut-être allé à Jérusalem mais on en a aucune preuve.
Philippe Le Bon, duc de Bourgogne, par Rogier van der Weyden — Wikimedia
Philippe Le Bon, duc de Bourgogne, par Rogier van der Weyden — Wikimedia

  • Jan Van Eyck est surtout connu pour son usage de la peinture à l’huile. Ce n’est pas lui qui l’a inventé — la peinture à l’huile était déjà utilisée dans l’antiquité — mais à l’époque on utilisait surtout la peinture à l’oeuf, qui donnait un aspect très mat aux peintures. Jan utilise de l’huile de pavot, de noix ou de lin comme liant pour ses pigments, peignant ensuite par couches successives, ou glacis — ce qui donne une transparence et un aspect brillant aux visages et aux matières. Et donne un aspect plus précis et « naturaliste » a ce qui est représenté (mais la reproduction de la réalité en peinture est toujours à prendre avec des pincettes — particulièrement au XVe siècle où ce sont des anges, des saints ou des Jésus qui sont peints — l’art ne cherche pas à imiter la réalité — l’art réinvente le monde qui nous entoure ). Les peintres italiens ne se sont mis à la peinture à l’huile que dans les années 1460, alors que Van Eyck l’utilise depuis 1420. La question est : où a-t-il appris la technique ? Et qui la lui a apprise ?
Jan Van Eyck, la Vierge du Chancelier Rolin, 1435, huile sur bois, Musée du Louvre, Paris — Wikimedia — un ange couronne la Vierge
Jan Van Eyck, La Vierge du Chancelier Rolin, 1435, huile sur bois, Musée du Louvre, Paris — Wikimedia

  • Il est aussi connu pour son usage de la perspective — perspective atmosphérique avec ses paysages se perdant au loin dans une brume bleutée — mais aussi perspective géométrique des carreaux au sol et des tapis persans (empirique, avec point de fuite pas vraiment raccord) comme on peut le voir dans cet exemple :
Jan Van Eyck, Analyse des lignes de fuite de la Vierge du chancelier Rolin — Wikimedia
Jan Van Eyck, Analyse des lignes de fuite de la Vierge du chancelier Rolin — Wikimedia


Détail de la Vierge du Chancelier Rolin de Van Eyck — exemple de perspective atmosphérique : les montagnes au loin s'estompent dans une brume bleutée
Détail de la Vierge du Chancelier Rolin — exemple de perspective atmosphérique : les montagnes au loin s’estompent dans une brume bleutée
  • Van Eyck & les primitifs flamands peignent leurs tableaux comme s’il s’agissait de fenêtres qui ouvrent sur la scène représentée (ou sur la tête d’un individu dans le cas d’un portrait) — ils veulent donner l’illusion de la réalité — même pour représenter une réalité magique — d’où l’importance du cadre — aussi important que le sujet représenté, comme dans cet exemple :
Jan Van Eyck, portrait d'un jeune homme, 1432, huile sur bois, National Gallery, Londres — Wikimedia — le texte en latin, sous le portrait "Leal Souvenir" veut dire "Loyal souvenir".
Jan Van Eyck, portrait d’un jeune homme, 1432, huile sur bois, National Gallery, Londres — Wikimedia — le texte en latin, sous le portrait « Leal Souvenir » veut dire « Loyal souvenir ».
  • C’est justement pour ça que j’aime autant les Primitifs : ils mélangent la féérie Gothique des anges aux ailes flamboyantes au naturalisme des matières de la Renaissance — plaçant leurs personnages dans des intérieurs contemporains. Leurs tableaux ouvrent comme des fenêtres sur un monde magique
Jan van Eyck, Annonciation, huile sur toile transposée sur panneau de bois, Washington National Gallery of Art — Wikimedia
Jan van Eyck, Annonciation, huile sur toile transposée sur panneau de bois, Washington National Gallery of Art — Wikimedia — un autre ange qui se marre
  • Ses oeuvres les plus célèbres sont le « Portrait des époux Arnolfini » et le « Retable de l’Agneau mystique » réalisé pour la cathédrale Saint Bavon de Gand (commencé par son frère Hubert & qu’il a terminé après sa mort).
Jan Van Eyck, Les époux Arnolfini, National Gallery, Londres — Wikimedia
Jan Van Eyck, Les époux Arnolfini, National Gallery, Londres — Wikimedia

  • Il a un lien de parenté avec Barthelemy d’Eyck — ils sont tous les deux nés à Maaseik — mais on ignore lequel (on sait qu’ils n’étaient pas frères). Peut-être un cousin.

Bilan de mon mois de juin 2023

Plutôt que de faire un bilan très résumé & très abstrait sur Instagram, j’ai préféré cette fois faire un descriptif plus détaillé de mon mois de juin qui fut très riche en découvertes, jolies balades & expériences douloureuses.

  1. J’ai fait une trop longue balade (8km) qui m’a épuisée dans le quartier Saint Germain le 3 juin

2. Un buisson d’aubépine m’a envoyé un cœur le 6 juin

Fleur d'aubépine et son reflet dans ma piscine pour chien — Montbard, juin 2023
Fleur d’aubépine et son reflet dans ma piscine pour chien — Montbard, juin 2023

3. J’ai rencontré Gaëlle Levesque en vrai le 10 juin. On a parlé de mon roman en cours, 1979, et c’était merveilleux — parler d’écriture & parler avec Gaëlle de manière générale — c’est quelqu’un qui écoute vraiment — pose de bonnes questions — dit des choses pertinentes — à un regard sur le monde intelligent, doux et plein de poésie.

4. J’ai testé un nouveau lieu de sieste à Paris — dans le but d’écrire un article sur le sujet (ça me paraît nécessaire)

Pelouse devant la tour du Châtelet à Paris — juin 2023
Pelouse devant la tour du Châtelet à Paris — juin 2023

5. Mon jardin est retourné à l’état sauvage — à la fois volontairement — pour être biodiversité-friendly — & à la fois involontairement — parce que je suis trop épuisée pour m’en occuper. Mais j’aime bien, ça lui donne un côté magique et mystérieux.

L'escalier enchanté — tunnel de vigne — Montbard, juin 2023
L’escalier enchanté — tunnel de vigne — Montbard, juin 2023

6. J’ai été d’accord avec Buffon le 16 juin

Citation de Buffon sur les grilles de la gare de Montbard — juin 2023. Il dit : "J'aimerai mieux passer mon temps à faire couler de l'eau et à planter des houblons que de le perdre ici (à Paris) en courses inutiles et à faire plus inutilement la cour" — Buffon adorait rester dans son château à Montbard à observer ses plantations qu'aller à Paris.
Citation du comte de Buffon sur les grilles de la gare de Montbard —  juin 2023— Buffon adorait rester dans son château à Montbard à observer ses plantations qu’aller à Paris.

7. J’ai mangé avec Delacroix le même jour

Sculpture en hommage à Delacroix au jardin du Luxembourg  à Paris — juin 2023
Sculpture en hommage à Delacroix au jardin du Luxembourg à Paris — juin 2023

8. Je suis repassée devant la pissotière la plus laide de l’univers le 19 juin

Pissotière de béton à Montbard — chef d'œuvre de l'architecture Brutaliste — juin 2023
Pissotière de béton à Montbard — chef d’œuvre de l’architecture Brutaliste — juin 2023

9. J’ai eu la main droite paralysée — & j’ai fait une radio à l’hôpital de Montbard — je n’ai rien de cassé — mais j’ignorais qu’on pouvait faire des radio à l’hôpital de Montbard — je croyais que cet hôpital ne servait qu’à s’occuper des personnes âgées

Salle d'attente de l'hôpital de Montbard — très belle vue sur la Brenne — juin 2023
Salle d’attente de l’hôpital de Montbard — très belle vue sur la Brenne — juin 2023

10. J’ai commencé à lire Grapefruit de Yoko Ono — & c’est très joli — je comprends tout à fait que John Lennon soit tombé amoureux de Yoko en le lisant (pour ceux qui l’ignorent, Yoko est tombée amoureuse de John en lisant ses poèmes — & John de Yoko en lisant Grapefruit — qui est un mélange de poésies & de propositions artistiques)

Recueil Grapefruit de Yoko Ono sur un plateau — juin 2023
Recueil Grapefruit de Yoko Ono sur un plateau — juin 2023

11. Je suis allé à Dijon pour voir un nouveau psy — il était nul — mais Dijon, elle, ne me déçoit jamais

12. A Paris le 23 juin, j’ai vu une petite fille avec un costume de fée merveilleux

Petite fée rue de Belzunce à Paris — juin 2023 — petite fille habillée d'une robe bleue en tulle pailleté
Petite fée bleue rue de Belzunce à Paris — juin 2023

13. Je suis passée devant le Passage du Désir le 24 juin — & qu’il existe un endroit dans le monde qui se nomme le Passage du Désir me ravit

Entrée du Passage du Désir — Paris Xe arrondissement — juin 2023
Entrée du Passage du Désir — Paris Xe arrondissement — juin 2023

14. Le même jour, j’ai lu A l’Abordage de la talentueuse Anne Langlois dans J’aime Lire Max

Couverture de J'aime Lire Max !
Couverture de J’aime Lire Max !

15. Encore le 24 juin, j’ai vu un ange espiègle au Musée de Cluny

Tête d'ange à bouclettes qui se marre — il lui manque un bout du nez — Musée de Cluny, Paris, sculpture — juin 2023
Tête d’ange qui se marre — il lui manque un bout du nez (et le reste du corps, aussi) — Musée de Cluny, Paris — juin 2023

16. Toujours ce 24 juin, j’ai mal vu un très beau concert
(j’ai fait beaucoup de choses le 24 juin — ce fut une journée intense culturellement)

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée jaune, rayons vert gazon et jaune d’or — reflets magenta
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée jaune, rayons vert gazon et jaune d’or — reflets magenta

17. Le 25 juin, pour retourner à Montbard, j’ai pris le TGV en première classe (il y avait une promo, c’était le même prix que la seconde) — et j’ai découvert qu’ils avaient des tablettes magiques — on pouvait mettre une mini tablette ou une grande tablette. J’ai aussi commencé la sorte de biographie de Romain Gary par Kerwin Spire — intéressant mais écriture très froide, à l’opposée de l’écriture de Gary. C’est assez déroutant.

18. Le mercredi 28 juin, je suis retournée à Dijon me faire couper les cheveux — & je suis retournée au Jardin de l’Arquebuse pour attendre mon train. Il est encore plus beau que d’habitude. Les jardiniers ont laissé des coins du jardin à l’état sauvage, parce qu’ils sont eux-aussi biodiversité-friendly.

Fleurs blanches tombant dans l'eau — jardin de l'Arquebuse, Dijon — juin 2023
Fleurs blanches tombant dans l’eau — jardin de l’Arquebuse, Dijon — juin 2023

19. Le 30 juin, l’adorable Laure Pelen, nous a amené, sa famille & moi, dans un délicieux restaurant japonais au décor Miyazakien

20. Et, toujours le 30 juin, Elon Musk a encore cassé twitter (je crois que la, il l’a définitivement achevé)

Depeche Mode au Stade de France le 24 juin 2023 — Confessions d’une néophyte

 

Je pensais ne pas aller à ce concert. 

Quand les places ont été mises en vente je n’avais pas d’argent. Ensuite, quand j’ai eu de l’argent je me suis dit que ce n’était pas raisonnable — et puis j’ai une légère tendance à l’agoraphobie — aucune envie d’aller dans un stade bondé. 

J’ai vu beaucoup de vidéo dès le début de la tournée, sur Instagram, Youtube & ailleurs. Je les ai vu sous tous les angles. J’ai pu admirer la scénographie d’Anton Corbijn comme le souci du détail de Martin allant jusqu’à demander à son tailleur de lui faire les poches arrière assorties à son pantalon. 

Et puis, quand j’ai su que je serais à Paris le 24 juin et qu’il restait des places à 56€, je me suis dit que je devais aller à ce concert. Je devais voir ce rituel en vrai. J’ai acheté ma place la semaine dernière.

C’était mon premier concert de Depeche Mode et mon premier concert dans un stade.

1. Attente, frites & première partie

Durant les 10mn à pied entre la station de RER et le stade, chaleur abominable — amplifiée par les immeubles en verre de Saint Denis (nos villes absurdes ne sont vraiment pas prêtes pour le changement climatique). 

18H45 : Arrivée au Stade de France. 

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue extérieure
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue extérieure

J’ai fait 20mn de queue pour une barquette de frite et une bière. Est-ce normal ? Les autres baraques à frite sont fermées. Pourquoi ? (il y a un pognon de dingue à se faire il me semble). 

Sur les hauts parleurs à l’extérieur du stade, passe une musique nullisime. Il faudrait établir une censure mondiale pour interdire Africa de Toto — partout, pour toujours.

19H56 : J’ai fini par rentrer à l’intérieur du stade. Gradins. Place n°12 en R15. J’ai pu voir que je ne verrai rien. Côté gauche de la scène. Un bout d’écran, l’avant de la scène, le proscenium et c’est tout. Je ne peux pas dire que je n’étais pas prévenue — il y avait écrit « visibilité réduite » sur mon billet. Et vu le prix que j’ai payé je m’attendais plus ou moins à quelque chose comme ça (mais plutôt moins que plus). 

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — gradins au soleil
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — gradins au soleil

Cependant, j’avais de la chance, j’étais à l’ombre. Ceux des gradins en face devaient être en train de fondre. Le changement climatique va sans doute nous faire changer nos expressions. On ne dira plus « se faire une place au soleil » mais « se faire une place au frais ». 

Attente. J’aurais dû prendre un livre. 

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — vue intérieure — début du concert de Jenny Beth
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — vue intérieure — début du concert de Jenny Beth

20H : Jenny Beth est arrivée. Le son est tellement fort que :

  1. Les fauteuils vibrent
  2. Je me suis acheté des bouchons d’oreille
  3. J’ai poussé un « ouf » de soulagement à la fin du morceau. 

En dehors du son beaucoup trop fort, la musique de Jenny Beth ne m’intéressait pas. Même si elle se démène sur scène, ça ressemble à des trucs entendus mille fois. Elle suit les règles au lieu d’inventer ses propres règles. 

J’avais eu la bonne idée d’amener des jumelles avec moi — prêtées par mes amis adorables — j’ai observé les gradins d’en face. Quelqu’un avait une bannière sur laquelle était écrit « Heaven is real — God bless you ». C’est bizarre comme message pour un groupe dont le songwriter est agnostique. Peut-être que le message est destiné au public. Ne serait-ce pas une secte qui essaie de nous embrigader ?

2. Visibilité proche du 0 & son épouvantable

21H : Enfin ! 

a) J’ai passé 80% du concert avec les jumelles sur les yeux. Je pouvais voir Dave sur le devant de la scène mais pas Martin, caché derrière une structure métallique.

b) La scénographie : Anton Corbijn maîtrise à la fois la science des couleurs et celle du rythme. Tous ces jaunes, magenta, bleu, rose — couleurs qui illuminent les musiciens autant que la foule —, des images sur les écrans qui montrent alternativement les musiciens au rythme de la musique. Scénographie merveilleusement instagramable — comme le montre le compte Insta de Ger Beja (il a d’ailleurs pris une photo sublime de Martin à ce concert). 

Bon, ben, d’où j’étais je ne voyais de la scénographie qu’un bout de l’écran gauche. Autant dire rien. 

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — vague de magenta et rayons de safran
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — vague de magenta et rayons de safran

Heureusement que je l’avais vue en vidéo auparavant (message pour Dave: je peux imaginer comme ce doit être agaçant tous ces téléphones braqué sur vous — mais toutes ces images sont nécessaires pour ceux qui n’ont pas les moyens de venir au concert où auront une visibilité nulle lors dudit concert). 

Mais les effets de lumière sur la foule sont magnifiques. 

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée magenta et rayons de safran
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée magenta et rayons de safran

b) Le son est toujours trop fort (pourquoi ? Quelle en est la nécessité ? Un public devenu sourd ne sera d’aucune utilité à Depeche Mode) — et il n’est pas bon du tout. Il ne rend pas justice à la beauté mélancolique de My cosmos is mine, ni au merveilleux Speak to me. 

Le public semble attendre quelque chose. 

Par paliers, à mesure que la nuit tombe, Depeche Mode nous invite à s’immerger dans leur univers, à explorer les mers de leurs albums. 

Et c’est au crépuscule, avec Everything Count, que le voyage prend de la vitesse. 

3. Et malgré tout c’était très beau

a) Parce que les chorégraphies merveilleuses de Dave — à la fois majestueuse et pleine de grâce — aériennes et énergique — quelque part entre le flamenco & le Tai chi — mélangé aux chorégraphies typiquement gahaniennes.

b) Parce que Dave & Martin adorent être chefs d’orchestre de leur public. Ils semblent à chaque fois étonnés et ravis de pouvoir jouer avec leur public autant que de constater le plaisir qu’à le public de jouer avec eux. 

Et aussi, dans un concert nécessairement millimétré, où chaque soir se joue la même pièce mille fois répétée, ce moment de jeu avec le public est leur espace de liberté, leur seule marge d’improvisation. 

A la fin de Just Can’t Get Enough, Dave dirige les « hoho » du public pendant plus d’une minute — et ça l’amuse comme un fou — comme le montre la vidéo de Sandrine Maître Dragon :

Concert de Depeche Mode au Stade de France le 24 juin 2023 — Dave joue avec son public à la fin de Just Can’t Get Enough et Martin se marre — Vidéo publiée avec l’aimable autorisation de @maitredragonsg

Martin joue aussi avec le public à la fin de Home, à sa manière, sourire rayonnant aux lèvres, comme le montre la vidéo de Stéphane Prince : 

Concert de Depeche Mode le 24 Juin 2023 — Martin jouant avec le public à la fin de Home — quel sourire ! — publié avec l’aimable autorisation de Stéphane Prince

c) Parce que la poésie des lumières des téléphones portable dans la nuit.

 

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — lumières des téléphones portable sur Waiting for the Night — nuit
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — lumières des téléphones portable sur Waiting for the Night

d) Parce que « merci » et « thank you » : ils passent leur temps à remercier le public chaque fois qu’ils ont chanté un truc. Martin remercie en français et en anglais — paraissant encore étonné qu’on puisse aimer le voir chanter. Dave nous dit à la fin que nous sommes une « great audience ». 

e) Parce qu’ils sont à la fois grandioses et trop mignons — et Depeche Mode est sans doute le seul groupe à incarner ce paradoxe — un mélange de tendresse et de distance, de spectacle millimétré et de sourire d’enfant, de panache et d’humilité, de divinité et d’humanité — tout ce qui fait l’étrangeté radicale de Depeche Mode. Ils ont l’air sincèrement d’être ravis de nous voir —  et c’est le plus étonnant après toutes ces années et tous ces concerts. 

d) Parce que évidemment, le champ de blé sur Never let me down again — plus émouvant à voir en vrai qu’en vidéo ;

f) Parce que Dave passe un temps fou à câliner Martin — il le serre dans ses bras, l’embrasse — et fait ce que tout fan rêve de faire : il lui caresse les cheveux. (c’est très flagrant dans le montage vidéo qu’on peut voir ici). Et à la fin tous les musiciens se serrent dans les bras. 

4. Enjoy the Silence & vinaigrette

22H40 : Au début d’Enjoy the Silence, je reçois un appel de mon fils. Il savait que j’étais au concert. S’il m’appelait c’est que c’était grave. Et urgent. Il devait s’agir d’une question de vie ou de mort. Affolée, je dérange toute la rangée assise derrière moi et je dévale les escaliers pour sortir. Une fois dehors, je le rappelle. Et là, il me demande le plus tranquillement du monde… la recette de la vinaigrette*. Je suis d’abord resté sans voix. Puis je lui ai dit que je m’étais inquiétée. Puis que je lui enverrais la recette par SMS plus tard. Je suis revenue à ma place en pestant contre l’instinct maternel, assez furieuse d’avoir raté Enjoy the silence — même si je préfère la version à l’harmonium (et je regrette que Martin n’ai jamais joué la version à l’harmonium en concert — ce serait très beau), c’était quand même quelque chose de grandiose.

Fin du concert avec les lumières clignotantes de Personal Jesus (je n’aime pas cette chanson, mais en concert c’est magnifique), sur Dave chantant Happy Birthday à une spectatrice et un câlin des musiciens. 

5. Un dialogue amoureux avec 70 000 personnes

Les spectateurs ne viennent pas pour écouter de la bonne musique (c’est le pire endroit pour ça), ni pour danser comme des fous ou s’exploser les tympans. Ils viennent pour participer à un rituel, voir leurs divinités en chair et en os — et surtout, pour participer à un dialogue amoureux. 

A minuit j’étais dans le RER D où une voix féminine et rassurante nous disait dans les hauts parleurs que nous allions partir dans quelques minutes pour Paris. Cerveau en ébullition. Je me demande ce que penserai les jeunes Dave et Martin de 1981 s’ils pouvaient voir ce qu’ils sont capables de faire aujourd’hui.  

Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée jaune, rayons vert gazon et jaune d'or — reflets magenta
Concert de Depeche Mode le 24 juin 2023 — Stade de France — vue intérieure — les lumières sur le public — fumée jaune, rayons vert gazon et jaune d’or — reflets magenta

Notes : 

*Pour la défense de mon fils, c’était une vinaigrette spéciale** — et il m’a dit plus tard qu’il croyait que le concert était terminé.

** A la demande générale, voici la recette de la vinaigrette : Ail 🧄, Sauce soja, sucre, vinaigre, huile d’olive, vinaigre balsamique, moutarde à l’ancienne (grains) — moitié huile moitié vinaigre.

Sinon, personnel du Stade de France adorable

RATP au top — nombreux RER, voix nous indiquant sur quel quai nous diriger, quand le prochain RER allait arriver, etc.

Quelle est la plus belle rue de Paris ?

Après m’être posée la question pendant des années, désormais je n’ai plus de doute.

C’est la rue de la Montagne Sainte Geneviève, entre la rue Laplace et la place du Panthéon, dans le sens de la montée (le sens est important).

Rue de la Montagne Sainte Geneviève au coin de la rue de l'Ecole Polytechnique
Rue de la Montagne Sainte Geneviève au coin de la rue de l’Ecole Polytechnique

J’y suis retournée samedi dernier et sa beauté m’a encore frappée.

La rue de la Montagne Sainte Geneviève est une rue du 5ème arrondissement, qui grimpe entre la rue des Ecoles et la Place du Panthéon.

Comme sa pente est raide, c’est une rue qui se mérite.

Au fur et à mesure de sa montée se dévoilent des surprises.

Elle commence par être une petite rue banale, avec des commerces et des bureaux (un droguiste a l’angle de la rue des Ecoles, un Franprix, des restaurants cheap) — puis, au fur et à mesure de la montée, elle se transforme.

On arrive sur la très jolie place Jacqueline de Romilly avec ses cafés, sa fontaine et la sublime porte d’entrée de lEcole Polytechnique.

Fronton de l'entrée de l'ancienne école polytechnique à Paris — bas reliefs sur le thème des sciences — début XIXe siècle
Fronton de l’entrée de l’ancienne Ecole Polytechnique — bas reliefs sur le thème des sciences — début XIXe siècle — source : Wikimedia

Puis apparaît progressivement un bout de Saint Etienne du Mont.

Rue de la Montagne Sainte Geneviève  devant Saint Etienne du Mont
Rue de la Montagne Sainte Geneviève devant Saint Etienne du Mont

Puis sa tour et sa porte latérale Renaissance posée sur son corps gothique — ce mélange des genres que j’adore.

Rue de la Montagne Sainte Geneviève  devant Saint Etienne du Mont
Rue de la Montagne Sainte Geneviève devant Saint Etienne du Mont

Et, arrivé tout en haut de la rue surgit le dôme néo-classique du Panthéon.

Rue de la Montagne Sainte Geneviève avec vue sur le Panthéon

Et ce n’est pas tout. Il y a une surprise : aux pieds de Saint Etienne du Mont se trouve un arbre merveilleux. Un arbre dont les fleurs sentent le chèvrefeuille & qui embaument toute la rue.

ehretia dicksonii devant Saint Etienne du Mont
Ehretia dicksonii devant Saint Etienne du Mont

Il se nomme ehretia dicksonii — un arbre venu d’Asie dont j’ignorais l’existence — qui doit son « discksonii » à un botaniste écossais du XIXe siècle, James Dickson.

Si vous habitez Paris — où que vous y êtes de passage — courrez rue de la Montagne Sainte Geneviève pour vous enivrer de son parfum pendant qu’il est encore temps.

Les goûts, les couleurs & Rembrandt

J’ai échoué dans mon challenge des 7 jours. Ce n’est pas le seul échec de ma vie & ce n’est pas le pire.

Vendredi j’étais à Paris toute la journée pour travailler à l’Adagp et le soir j’étais chez des amis qui avaient des invités à dîner. Je ne pouvais pas leur dire que j’allais m’isoler dans une chambre pour écrire un article de blog, cela aurait été malpoli.

Et hier soir j’étais trop fatiguée pour écrire quoi que ce soit.

Aujourd’hui sera un article éclectique* sur le Rijkmuseum, Rembrandt & le snobisme.

***

1. Rembrandt

Je ne suis pas allé visiter de musées pour la Nuit européenne des musées hier soir. Trop fatiguée et trop d’orages.

Mais si j’avais pu choisir quel musée visiter, j’aurais voulu revoir le Rijkmuseum d’Amsterdam. Pas pour voir La ronde de nuit (qui est en réalité une ronde de jour) de Rembrandt mais le Syndic de la confrérie des drapiers du même, qui m’avait beaucoup impressionné lorsque j’avais visité le musée en 1994. Face à lui, on a vraiment l’impression que ces hommes plantent leur regard dans le vôtre par delà la table et les siècles.

Rembrandt, Syndic de la confrérie des drapiers, 1662, huile sur toile, Rijkmuseum d'Amsterdam — source : Wikimedia — 6 hommes vêtus de noir à col blanc selon la mode du 17e siècle regardent le spectateur par dessus une table recouverte d'un tapis rouge et or
Rembrandt, Syndic de la confrérie des drapiers, 1662, huile sur toile, Rijkmuseum d’Amsterdam — source : Wikimedia

C’est ce tableau qui m’a fait aimer Rembrandt, avec le Saul et David qui se trouve au Mauritshuis de La Haye.

Rembrandt, Saul et David, huile sur toile, Circa 1650, Mauritshuis de La Haye — source : Wikimedia
Rembrandt, Saul et David, huile sur toile, Circa 1650, Mauritshuis de La Haye — source : Wikimedia

Saul qui s’essuie les yeux dans les rideaux parce qu’il est bouleversé par la musique jouée par le jeune David, est une belle façon de montrer l’émotion suscitée par la musique.

2. Du snobisme

Quand j’avais fait ce voyage en 1994, c’était avec le groupe de peinture étrangère de l’Ecole du Louvre, sous la houlette de notre professeur, Monsieur Noldus (le meilleur professeur que j’ai eu à l’école du Louvre, celui qui m’a fait comprendre le principe essentiel de l’Histoire de l’art : qui achète ?).

A l’époque j’étais très snob. Je n’aimais que les Primitifs (flamands et italiens), Le Caravage & Les Nabis.

Paul Sérusier, Le Talisman, 1888, huile sur bois, Musée d'Orsay — source : Wikimedia — paysage représenté par des touches de couleurs vives — presque abstrait — on devine des arbres le long d'une rivière
Paul Sérusier, Le Talisman, 1888, huile sur bois, Musée d’Orsay — source : Wikimedia

C’est ce voyage qui m’a fait aimer Rembrandt. Depuis j’ai appris à aimer de nombreux artistes que je snobais (comme Van Gogh par exemple) & je sais qu’il est idiot de camper sur des à priori (même si je déteste toujours Rodin et Bernard Buffet).

Désormais j’ai abandonné toute forme de snobisme.


*C’est le mot élégant pour dire bordélique.

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