Edouard Vuillard, Au lit, 1891, Musée d’Orsay — Source : Wikimedia — Edouard Vuillard fait partie de ces Nabis dont je parlais dont un article précédent.
Et finalement, le « And now » qui terminait mon article précédent est « Je cuve mon covid ».
Je ne sais pas si je l’ai attrapé au cours d’une des table ronde de jeudi dernier ou dans le métro bondé de vendredi, mais moi qui étais si fière d’avoir échappé au virus toutes ces années (sans avoir aucun mérite, j’étais planquée à Montbard), j’ai fini par être rattrapée.
Au moment où je pouvais enfin souffler, c’est ballot.
J’ai la gorge en feu mais pas de fièvre. Et j’ai toujours mon odorat, c’est déjà ça.
Novembre n’a pas usurpé sa réputation de mois le plus sinistre de l’année. Mois où mon aventure la plus trépidante fut une coupure totale de téléphone et d’Internet.
Ce fut aussi le dernier mois du dernier contrat à l’Adagp au Service Autorisation Etranger (j’ai eu 4 contrats différent en tout — je suis la dépanneuse officielle de l’Adagp), et ce contrat s’est terminé en beauté.
Mercredi 1er novembre
J’ai rendu hommage à mon panthéon et à mes morts sur Instagram. Pour ceux qui n’auraient pas vu ces photos, je les remet ici.
Au soir, j’avais envie de voir un beau film. J’ai revu Chambre avec vue de James Ivory. Pour ceux qui n’auraient pas encore vu ce chef d’œuvre, si le récit débute à Florence, c’est moins un film sur l’art que sur la vie — et sur l’amour — et sur le désir. Le film est moins ouvertement nietzschéen que le roman dont il est adapté, mais le thème principal est le même : « Choose Life ».
Scène centrale de Chambre avec Vue de James Ivory, Julian Sands embrassant Helena Bonham Carter dans la campagne Toscane — so chocking pour les prudes victoriens.
Jeudi 2 novembre
Sortie de Now & Then: une démo de John Lennon transformée par les autres Beatles — ce qui en fait le dernier Single des Beatles. C’est mou, lent, trainard et sinistre. John en aurait fait une chanson plus âpre, plus simple ou plus baroque ou plus paradoxale. Déçue même si entendre la voix de John est toujours un bonheur.
Vendredi 3 novembre
Le vendredi c’est le jour où je dois aller à Paris pour être l’Adagp (c’est dans mon contrat, 1 jour par semaine en présentiel). Et ma délicieuse collègue Charlotte Petitjean avait acheté du Yorkshire Tea, parce que la semaine précédente nous avions eu une discussion sur le sujet : j’avais appris que c’était ce que les anglais buvaient au petit déjeuner et j’étais très curieuse d’y gouter mais je n’arrivais pas à en trouver. Et maintenant j’ai gouté et j’ai découvert que c’était ultra fort et aussi amer qu’une bière anglaise. Mais ce thé possède un pouvoir magique : il vous tient éveillé durant des heures.
Boîte de Yorkshire Tea, tasse Adagp bleu de nuit, clavier d’ordinateur noir
Le bureau à côté du mien a été préparé pour accueillir celle qui va me remplacer, Ariana Saenz Espinoza. Et le Tote Bag Adagp qui a été mis sur sa chaise dit une chose très juste qui peut s’appliquer au roman et à toute forme de création : « Pourquoi pas ! » (phrase trouvée par Véronique Vienne je suppose, comme tous les autres aphorismes de l’Adagp).
Tote Bag Adagp vert pomme où est écrit : « Les designers sont des gens qui ne disent pas Pourquoi ? mais Pourquoi pas ! »
Au soir, quand je suis arrivé chez les amis qui me logent quand je suis à Paris (Laure & Florent), nous avons joué à La Bonne paye. C’est la première fois que j’y jouais et j’ai gagné 15 900€. La chance du débutant.
Mardi 7 novembre
Un rayon de soleil illumine ma collection de livres féministes de ma bibliothèque (et mes Dumas aussi).
Mercredi 8 novembre
J’ai fait un post Instagram sur Boilly. Quand j’ai voulu charger la Story sur Instagram, j’ai découvert que je n’avais plus de connexion Internet. Je pensais que le problème se réglerai rapidement. Or il n’en fut rien. En conséquence, je n’ai pas pu me connecter au VPN de l’Adagp à 10H, au moment où je devais me mettre au travail. J’ai envoyé un SMS à ma cheffe pour expliquer mon absence de connexion. Pour couronner le tout ma connexion au réseau cellulaire n’avait plus que 2 barres. Puis elle s’est complètement transformé en 3 petits points : plus de connexion à rien.
Et ça fait bizarre, de n’être connecté à rien.
Comme il y avait du soleil, je me suis dit que ce serait une bonne idée d’aller faire un tour sur le chemin de la Bichette (chemin dans la forêt à côté de chez moi) — pour voir s’il n’y aurait pas un truc.
Et il y avait un truc.
Un gros truc : un arbre était tombé sur les fils qui passent sur le chemin. J’en ai aussitôt déduit que c’était ça qui avait coupé ma connexion.
Forêt, fils téléphoniques, arbre écroulé — tons vert mousse et doré automne en Bourgogne.
Je suis rentré, j’ai changé de chaussures et je suis partie dans la ville à la recherche d’une connexion téléphonique pour appeler Free et/ou la mairie pour les informer du problème. Nulle connexion nul part dans la ville. Ce qui est fort étrange.
A 14H, mon amie et voisine Marguerite Chesnais est passé chez moi pour que je puisse appeler Free avec son téléphone. Elle m’apprend que tous les abonnés Free de Montbard sont sans connexion. J’explique tout ça au technicien Free : l’absence de connexion dans toute la ville et l’arbre tombé (ce ne peut être une coïncidence même si tout le monde me dit que ce ne peut être les fils de la Fibre).
J’ai aussi téléphoné au service technique de la Mairie de Montbard dans l’espoir qu’ils iraient rapidement découper l’arbre coupable.
J’ai retrouvé ma connexion à 18H30.
Est-ce la Mairie de Montbard ou les techniciens d’Orange qui ont réglé le problème ?
Jeudi 9 novembre
A 12H30, je suis retournée sur le Chemin de la Bichette voir si l’arbre avait été coupé.
Et oui, il a bien été coupé. Ceux qui ont fait ça ont dû passer par la route qui passe en haut.
Forêt & fils téléphoniques.
Je suis allé voir la route — et c’est là que j’ai vu l’antenne 5G, elle était juste à côté de l’arbre tombé.
Antenne 5 G
Ça explique tout.
Vue sur Google Map de l’antenne et de l’arbre.
Vendredi 10 novembre
Journée à Paris. J’ai enfin rencontré ma remplaçante, Ariana. Avec mes deux collègues, nous sommes allé manger au Petit Lux. Nous étions assises à côté d’un groupe de bruyantes bigotes.
Au soir, j’ai commencé à lire Proust, Roman familial de Laure Murat, recommandé par mon amie Laure. C’est passionnant, drôle, instructif, très bien vu (l’aristocratie comme chorégraphie, du vide, un décor avec des gestes élégants).
Dimanche 12 novembre
Ai écrit un chapitre pour 1979 que je devais écrire depuis longtemps et qui se nomme Les larmes de Steve Jobs. Mais c’est ultra niais. Je vais devoir le déniaiser un jour où l’estro sera là (à 0,2% ce jour là).
Ordinateur, chapitre, fenêtre.
Lundi 13 novembre
Passage éclair à Dijon dans la soirée pour un rendez-vous médical. Je passe devant une vieille enseigne « Portraits d’art » et ça m’intrigue : était-ce de la photographie ou de la peinture ?
Rue de Dijon le soir — Ancienne enseigne « Portraits d’Art »
Dimanche 19 novembre
Je me suis réveillée à 7H avec cette phrase en tête : « mélancolique comme un Munch première période ». Et c’est à cette image que je pensais, que j’avais utilisée dans mon article sur La honte & la culpabilité :
Edvard Munch, Jeune fille sur le rivage, 1896, Munch Museum, Oslo — Ph : Wikimedia
Comme il faisait beau, j’ai pris des photos des feuilles dorées et des églantines roses fuchsia.
Samedi 25 novembre
C’était la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et ma modeste contribution, puisque je ne pouvais participer aux manifestations à Paris, fut de faire un post Instagram sur Flora Tristan, à qui on doit cette phrase si juste : « L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même. »
Portrait gravé de Flora Tristan — Ph : Wikimedia
Jeudi 30 novembre
C’était le dernier jour de mon contrat et les 70 ans de l’Adagp à la BNF.
Pour fêter dignement l’événement (des 70 ans, pas la fin de mon contrat, l’amphibologie est un piège), l’Adagp avait fait les choses en grand : 5 tables rondes sur le thème des œuvres et du droit d’auteur, invité le génialissime Thibaut Soulcié pour rendre le sujet un peu plus fun, une soirée de remise des prix et plein d’autre choses encore. Je ferais un post Insta un peu plus détaillé sur le sujet.
J’ai non seulement retrouvé mes collègues actuelles, mon ancienne cheffe désormais à la retraite, Sylvie Dumas —, mais j’ai aussi revu d’anciennes collègues iconographes que j’avais perdu de vue depuis longtemps. Et j’en étais ravie.
Mes collègues du Service Edition Etranger, Ariana & Charlotte, qui ont l’air ravies (et floues).
And now
En décembre je vais avoir du temps pour écrire, pour faire des posts Insta, des articles de blog et pleins d’autres trucs.
Appartement de Laure & Florent qui m’ont si gentiment hébergé tous les vendredi soir durant mes 7 mois de travail à l’Adagp.
On croyait que 2020 avait été une année terrible à cause du Covid, mais on a découvert que 2021 pouvait être pire.
Et 2022 fut pire encore avec la guerre en Ukraine.
Et 2023 est allé plus loin dans le pire : retour du Covid + guerre en Ukraine toujours + guerre Israélo-palestinienne + professeurs assassinés.
Felix Vallotton, Verdun, tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, 1917, Musée de l’Armée, Paris — source : Wikimedia
« Cette soudaine et aveuglante visibilité du monde«
Si nous sommes si déprimés, c’est que nous sommes sur-informés.
Romain Gary en parle parfaitement bien dans l’Angoisse du roi Salomon en 1978, c’est même le sujet principal de son roman :
Encore un mois où j’ai dû beaucoup travailler, ce qui m’a empêché de faire les autres trucs que j’avais prévus. Mais j’ai vu de jolies choses.
1er octobre
Il faisait tellement chaud que je pouvais encore écrire sur ma terrasse. Et Ada pouvait explorer le jardin.
Chaton dans un jardin
2 octobre
Je commençais ma formation dans un service de l’Adagp où je n’avais encore jamais travaillé (j’ai fait presque tous les services) : le Droit Etranger.
Pour ma formation j’ai dû passer une semaine à Paris. J’ai découvert qu’à la station Châtelet, Ligne 4, ils avaient remplacé les murs gris bétons avec des fils qui pendent par une belle peinture.
Je n’avais emporté qu’un seul pantalon pour toute la semaine. Erreur à ne jamais reproduire. Je me suis aperçue le premier jour qu’il avait un trou à l’entrejambe (je l’ai depuis 5 ans, il était usé).
Heureusement, le lendemain Laure m’a prêté une de ses jupe. Et je me suis acheté une robe au Monoprix que j’ai porté toute la semaine.
Robe en velours gris Monoprix
En même temps je devais m’occuper du bouclage iconographique de la cartographie interactive pour l’exposition Régence qui commençait le 20 octobre — je devais faire ça avant d’aller travailler à l’Adagp à 10H.
Epuisée
5 octobre
J’ai revu mon amie Alice que je n’avais pas vue depuis des années. Nous avions mille choses à nous dire. C’est la propriétaire de la Boutique Louisette, endroit merveilleux qui fourmille de jolies choses.
7 octobre
J’ai vu une très belle vidéo sur Youtube par un certain Kornhaus : il a fait un remix de la reprise de Oh my love par Martin Gore — en mettant la voix de John Lennon à la place de celle de Martin — et en mêlant des images de Martin & de John Lennon. J’ai la preuve que je ne suis pas la seule à admirer à la fois John & Martin.
8 octobre
J’ai vu un chemin de nuages dans le ciel.
9 octobre
C’était l’anniversaire de John Lennon. La Imagine Peace Tower a illuminé les nuages. C’est un beau symbole, un cadeau que Yoko Ono a fait à John et au monde.
14 octobre
J’ai commencé à regarder la série Lessons in Chemistry sur Apple TV. Ça parle d’amour, de science et de comment une femme intelligente est traitée dans un monde d’homme (mal). C’est bien écrit et admirablement joué par Brie Larson.
15 octobre
L’automne est arrivé.
Arbres dans la brume, soleil opaque
Samedi 21 & dimanche 22 octobre
J’ai découvert que lorsque je passais le week end chez moi (sans revenir de Paris le samedi matin), je pouvais écrire un chapitre par jour. Et des chapitres qui me donnaient satisfaction, du point de vue de l’écriture et de l’humour (puisque mon roman est censé être une comédie).
Ecran d’ordinateur montrant le chapitre Humain trop humain & fenêtre
23 octobre
J’ai découvert qu’Ada voulait non seulement m’empêcher de travailler mais aussi d’écrire. Elle attaque mes doigts dès que je veux écrire sur mon carnet.
27 octobre
J’ai déjeuné au jardin du Luxembourg. C’est la période où les jardiniers ont planté des chrysanthèmes jaunes et violet. C’est magnifique.
Chrysanthèmes au Jardin du Luxembourg
30 octobre
J’ai vu sur Amazon Prime qu’une nouvelle saison de la Marvelous Mrs Maiselvenait de sortir. Je l’ai dévorée. Ce scénario frisant avec l’absurdité m’avait manqué — ce rythme effréné & millimétré des déplacements comme des dialogues. C’est foutrement bien écrit (sans doute la série la mieux écrite que j’ai pu voir). Le personnage de Susy, diamétralement opposé à celui de Midge, mériterait un article de blog à elle seule. Midge est très sûre d’elle (ce qui peut parfois être agaçant), même si elle en prend plein la figure. Mais Susy est à la fois forte et fragile, a une pugnacité effarante tout en ayant des moments de timidité. Un tissu de paradoxe. J’aimerais savoir créer un personnage comme Susy. Et j’aimerais savoir écrire des dialogues aussi bon (j’ai d’ailleurs arrêté d’écrire durant mon visionnage, trop de complexes).
C’est à la fois ultra drôle, émouvant et politique (un homme a le droit de dire des obscénités, une femme va direct en prison). Sans parler de la splendeur des costumes et des décors — et la façon dont les couleurs s’harmonisent ou s’entrechoquent (je voudrais avoir toutes les robes de Midge Maisel). Sans parler de la splendeur des scènes dansées, que ce soit un spectacle burlesque ou sur la « gestion privée des déchets ménagers » (oui, ils ont fait une comédie musicale sur le sujet — ces scénaristes n’ont peur de rien).
Pour moi, la meilleure série de tous les temps (devant The Knick, Masters of Sex & Mad Men).
Durant ce mois de septembre, j’ai été très absente des réseaux sociaux — et de ce blog — mais j’avais une bonne raison : j’étais très occupée.
Je travaillais 3 jours par semaine pour l’Adagp, j’étais sur 2 missions iconographiques pour Paris Musées, j’ai adopté un nouveau chaton et j’ai beaucoup lu.
Et j’ai beaucoup écrit pour mon roman, 1979. J’ai presque terminé 16 chapitres sur les 25 prévus. J’en suis à 297 pages (400 000 caractères avec espace). Je m’étais donné jusqu’à fin octobre pour terminer le 1er jet. J’en suis loin parce que je n’arrête pas de rajouter des chapitres et des détails. Ce roman est sans fin. Objectif décembre ?
Essai de couverture pour 1979 — un cadre avec des instruments de musique et des anges musiciens — c’est parfait !
Contrairement à ce que j’annonçais dans mon précédent bilan, je n’ai pas posté sur Instagram mes visuels qui étaient censé me faire de la pub, parce que je travaillais toujours pour l’Adagp — et je viens de signer un nouveau contrat jusqu’à la fin novembre. Je les posterai plutôt en décembre dans le fol espoir de trouver des clients en janvier.
Lundi 4 septembre
Grande fierté : j’ai écrit un chapitre entier en une matinée (ça ne m’était jamais arrivé). Il se nomme Bercy by night et si j’en suis fière c’est parce qu’il est drôle (pour moi un bon passage est un passage drôle) et qu’il y a de l’action (moi qui n’écrit pratiquement jamais de scènes d’action). Le titre pourrait laisser penser à un concert à Bercy. Il n’en est rien (et si c’était le cas, le titre serait un peu plat). Le récit se déroule le 27 septembre 1980, lorsque le Palais Omnisport en était au début de ses travaux de construction.
J’ai lu la BD Le jeune acteurde Riad Sattouf qui raconte l’expérience de tournage de Vincent Lacoste sur Les Beaux Gosses. C’est mignon, c’est tendre, c’est drôle. J’ai eu envie de revoir le film. La morale de l’histoire c’est quand même que la vie est une question de chance (et Vincent Lacoste en a eu beaucoup, malgré son inconscience).
Samedi 9 septembre
Je suis allé rendre visite au fantôme de Romain Gary, rue du Bac. S’il s’avait que désormais son quartier est l’épicentre de la Société de Provocation, il serait horrifié.
Mon rêve était que le portail du 108 rue du Bac soit ouvert et que je puisse entrer dans la cour. Et ce rêve là s’est réalisé : une voiture entrait au moment où je passais devant. Je suis entrée dans la cour. Immédiatement, je suis tombée sur le gardien de l’immeuble qui m’a demandé ce que je faisais là. J’ai demandé si je pouvais regarder 5mn avant de repartir. C’était non. J’ai dit que j’étais une admiratrice de Romain Gary. C’était différent. Il m’a montré où étaient les appartements de Romain (2e & 3e étage). Et je suis ressortie, ravie de ce petit miracle. Et je n’ai pas pensé à prendre des photos, c’est ballot.
Ensuite, pour rejoindre le jardin des Tuileries, je suis passée devant le Meurice. Je n’ai pas osé leur demander s’ils avaient une chambre numéro 9. Est-ce que quelqu’un sait ?
Une des fenêtre du Meurice, Paris
Les Tuileries étaient en travaux (à cause des JO ?) — et je trouvais inhumain de faire travailler des ouvriers en pleine canicule (il faisait 36° ce jour-là).
Je suis retournée voir le Monument à Charles Perrault qui joue un rôle essentiel dans mon roman. Le Chat Botté m’a fait coucou.
Monument à Charles Perrault par Gabriel Pech, 1908, marbre, filles à couette et Chat Botté — Jardin des Tuileries, Paris
Dimanche 10 septembre
J’ai revu Les Beaux Gosses. Toujours bof. Ça ressemble tellement peu à mon expérience du collège — sans doute une question de génération, de genre et de lieu. Je n’avais aucun désir au collège et les garçons ne m’intéressaient pas. Je voulais seulement passer mon temps à jouer avec mes frères et mes cousins.
J’ai commencé à lire S. ou l’espérancede vied’Alexandre Diego Gary. J’ai appris plein de choses passionnantes sur Romain et Jean.
Jeudi 14 septembre,
C’était mon anniversaire. Je me suis offert un collier kawai-girly au bureau de tabac de Montbard, avec une injonction à rêver au cas où je l’oublierais.
Rêve et crois aux Arcs en Ciels (et aux nuages)
Vendredi 15 septembre
J’étais à Paris. Mon amie Laure m’a offert une BD géniale de Liv Strömquist, autrice féministe, Dans le palais des miroirs (. Un essai très riche sur le culte de l’apparence, de la beauté — sur les réseaux sociaux mais pas seulement, sur le rapport que les femmes entretiennent avec elles-même (le corps et leur âge) et le mimétisme de René Girard (entre-autre). La couverture est magnifique — et le personnage représenté est celui que j’aimerais être.
Samedi 16 septembre
J’ai terminé le roman Perspective(s) de Laurent Binet. C’est impressionnant, intelligent, inventif, drôle, surprenant, divinement écrit — aussi beau que du Dumas — et le duel final est d’une démesure à couper le souffle. Et c’est sur l’Histoire de l’art. Je suis définitivement fan de Laurent Binet dont j’ai aimé les précédents romans (Civilizations et La Septième fonction du langage).
Dimanche 17 septembre
J’ai lu l’article wikipedia sur les studios Blackwing à Londres— & j’ai appris que les ruines que l’on voit dans le jardin sont les conséquences du Blitz — mais aussi que c’est là que Cocteau Twins & Dead Can Dance (entre autre) avaient enregistrés leurs premiers albums. Son vrai nom est l’église de Tous les Saints (All Hallows Church). Un nom tout à fait approprié. Un lieu magique au jardin enchanteur.
J’ai aussi découvert que j’avais une ménopause de Schrodinger. Je ne recommande pas.
Mardi 19 septembre,
Une voisine a réussi à piéger un des petit chaton sauvage (2 mois) qu’on ne voulait pas laisser dans la nature. C’était une femelle. Je l’ai prise chez moi. Je m’y suis aussitôt attachée, même si elle était craintive et passait sa journée à se planquer derrière mon imprimante. J’ai décidé de l’adopter. Et désormais elle passe son temps à ronronner et réclamer des caresses. On l’a nommée Ada.
Dimanche 24 septembre
J’ai terminé de regarder la dernière saison de Sex Education. Le ton est plus sombre que les précédente saison mais ça reste une merveilleuse série, avec de très bons personnages. Gillian Anderson y est à nouveau époustouflante. Son personnage dit à Maeve que ceux qui ont dû s’occuper d’eux-seuls très jeunes (sans leurs parents — voire s’occuper de leurs parents) ont des problèmes de confiance en eux. C’est très juste.
Visuel pour la dernière saison de Sex Education — série Netflix
Balade à vélo jusqu’à Courcelles Lès Montbard — cela faisait longtemps que je n’y étais pas retournée.
Canal de Bourgogne en septembre — reflets éblouissants de l’eau — herbe très verte — nuages dans le ciel bleu
Lundi 25 septembre,
J’ai terminé ma mission pour le Palais Galliera
J’ai aussi vu le film Paddington — et c’est extrêmement drôle — absurde mais drôle — comme si l’absurdité de la situation de départ avait donné carte blanche aux scénaristes et au réalisateur pour faire ce qu’ils voulaient. Dans le 2, l’évasion de la prison est à la fois un clin d’œil explicite à Charlie Chaplin et implicite à Wes Anderson.
Image du film Paddington 2 — qui est aussi bon que le 1 — voire meilleur.
Mardi 26 septembre,
J’ai presque terminé ma mission pour Carnavalet
J’ai aussi commencé à regarder Wonder Woman 1984 — absurde et pas drôle (je ne l’ai même pas terminé).
Mercredi 27 septembre,
J’ai vu La merveilleuse Histoire de Henry Sugar, le court métrage de Wes Anderson pour Netflix adapté de Roald Dahl. Il est à la fois déroutant et merveilleux. Wes Anderson sait nous entraîner dans son monde même quand il fait semblant de refuser la magie du cinéma. Et la musique est sublime. C’est une variation sur le Soave e il viento de Mozart. C’est un film sur la bonté, sur la magie qui joue sur l’absence de magie. Il montre les trucs de l’illusionniste, à commencer par ceux du cinéma. Mise en abîme et histoires à tiroir, c’est une déclaration d’amour au cinéma, au théâtre, au roman et au récit de manière générale, aux mots autant qu’aux images. Même en carton pâte les décors sont magnifiques. Wes Anderson nous entraîne hors du temps et de la réalité.
Image de La merveilleuse Histoire de Henry Sugar de Wes Anderson, avec Benedict Cumberbatch et Jarvis Cocker — Netflix
Son autre film sorti le lendemain, Le Cygne est un film sur la méchanceté. Et je n’ai pas pu le supporter. C’est le première film de Wes Anderson que j’ai dû regarder en accéléré. Et l’artificialité de la mise en scène ne le rend pas moins insoutenable (et c’est dommage parce que j’adore Rupert Friend). J’hésite à regarder les autres courts métrages qu’il a fait pour Netflix. Je crois que je n’aime pas Roald Dahl. Je lui trouve une fascination morbide pour la cruauté.
J’ai relu 2 Wodehouse : Cocktail Time pour la 5ème fois et Service with a smile pour la 3ème fois, dans l’espoir que son humour soit contagieux et m’aide à m’améliorer.
Vendredi 29 septembre
J’ai terminé mon remplacement au Multimédia à l’Adagp.
Ada, petite chatte de deux mois, s’incrustant entre l’ordinateur et moi — réflexe primitif commun à tous les chats
Lundi je commence un nouveau remplacement à l’Adagp, cette fois-ci aux Droits Etrangers, service dans lequel je n’ai encore jamais travaillé.
Mais j’essaierai d’être quand même plus présente sur les réseaux sociaux. Je vais sans doute changer de stratégie, faire plus simple, poster des peintures ou des sculptures — ça demande moins de travail et d’énergie et ça rapporte plus de followers.
Beaucoup écrit — pour mon blog et pour 1979 — même si je n’ai pas réussi à atteindre mon objectif de 250 pages (mais pas loin : j’en suis à 218 pages).
Beaucoup écouté John Lennon. J’ai changé sa photo sur l’écran d’accueil de mon téléphone. J’ai mis une photo de Kishin Shinoyama datant de novembre 1980.
Capture de l’écran verrouillé de mon téléphone — n’est-il pas beau ? (John, pas l’écran)
Le 6 aout j’ai reçu 2 jolies cartes postales de ma cousine Chloé. J’ai mis celle avec le phare du Cap Ferret en couverture de mon nouvel agenda.
Le 7 aout, j’ai terminé de lire la passionnante biographie de Romain Gary par Dominique Bona. De toutes les biographies que j’ai lu de lui, c’est la meilleure. J’en parlerai peut-être plus longuement un autre jour.
Couverture de la biographie de Romain Gary par Dominique Bona — éditions Gallimard
Le 15 aout je me suis réveillée avec l’idée d’écrire une biographie de Depeche Mode sur la période 1960-1990. Avec tous les livres que j’ai lu sur eux, toutes les interviewes vues, je dirais probablement moins de bêtises que certains biographes. J’ai commencé à écrire le premier chapitre qui s’intitule Le Rock’n Roll dans un placard. Dans toutes les interviews, quand on demande à Martin Gore pourquoi il a eu envie de faire de la musique, il répond invariablement par cette anecdote : lorsqu’il avait dix ou douze ans, il a trouvé dans le placard de sa mère un sac. Et ce sac contenait des disques de Rock’n Roll (Chuck Berry, Little Richard…). Il est les a écouté. Il a été troublé. Il y a trouvé quelque chose de subversif. Ce qui étrange c’est qu’aucun journaliste n’ait jamais demandé pourquoi ces disques étaient cachés. Et si Martin avait demandé à sa mère pourquoi elle avait caché ces disques. Il y a sans doute dans ce mystère une double clef. Une clef pour comprendre comment Martin Gore est venu à la musique. Une autre clef sans doute sur le secret de ses origines. Il me paraît évident que Pamela Gore avait caché ces disques parce que le Rock’n Roll l’avait entraîné sur les sentiers de la perdition. Parce que c’était en dansant sur du Chuck Berry qu’elle était tombée amoureuse du père biologique de Martin, ce mystérieux GI afro-américain de passage en Angleterre en 1960. Si on devait faire un film sur un Depeche Mode, un jour, ça ferait un fabuleux générique : Pamela Gore, jouée par Cate Blanchett, dansant un rock’n roll frénétique sur Johnny B. Goode avec un GI joué par Don Cheadle. Rien qu’un film sur Pamela Gore ferait un très beau film. Il parlerait du sexisme et du racisme dans l’Angleterre des années 60, mais aussi comment le Rock’n roll a libéré les mœurs.
J’ai arrêté avant la fin de mon premier chapitre. Je ne pouvais pas m’empêcher de transformer cette biographie en roman. C’est plus fort que moi.
Chuck Berry – Johnny B. Goode (Live 1958)
Le 22 aout j’ai vu au réveil de petits nuages blancs passent dans le ciel bleu en rang régulier — comme un motif de papier peint
Le 25 aout, j’ai fait mon second coaching avec Gaëlle Levesque — tout aussi stimulant que le premier.
Le 26 aout j’ai découvert que j’avais failli à ma mission éducative : mon fils de 23 ans ne savait pas qui était Romain Duris.
C’est lui. Photo de Romain Duris provenant de Wikipedia.
Le 27 aout j’ai préparé sur Canva des post Instagram professionnels à destination des Agences Photos et des Musées que je posterai début septembre (mon compte Instagram risque d’être très ennuyeux à ce moment là — fuyez-le).
Un de mes essai de visuel professionnel — un peu bordélique — pas sûre de l’utiliser
Le 28 aout il faisait gris et j’étais déprimée — j’ai aussi travaillé pour Paris Musées — pour un autre projet.
J’ai aussi terminé la relecture de Chien blanc de Romain Gary. Tout le monde devrait lire Chien Blanc — pas seulement parce qu’il parle du racisme en détail et dans toutes ses implications (surtout aux Etats-Unis), non seulement parce qu’il raconte les émeutes à Washington et Mai 68 à Paris — mais parce qu’il parle de notre société avec une acuité que personne ne pourra jamais égaler. La société de provocation, nous y étions en 1968, nous y sommes encore plus en 2023. Je ferais un post sur le sujet très prochainement.
Couverture de Chien Blanc par Romain Gary, éditions Gallimard
Avant l’apparition des réseaux sociaux, les blogs servaient à diffuser ses idées ou ses créations et à se faire connaître.
Mais maintenant qu’on peut faire la même chose sur Instagram, Facebook, Twitter (X), Youtube, LinkedIn, Mastodon, bientôt Threads en Europe, et même Pinterest (liste non exhaustive), les blogs servent-ils encore à quelque chose ?
Les blogs permettent de montrer plus en détail son expertise professionnelle que quelques lignes sur un réseau social. Et d’être référencé par Google (c’est même la raison d’être des copywriter).
Bon, moi, parler de marketing ou de stratégie de contenu à longueur de journée ça me fait bailler d’ennui, ce qui fait que je ne le fais pas (mais je devrais).
Portrait de jeune femme par Louis Leopold Boilly — référence à cette légende
On peut aussi s’en servir pour parler en détail des livres que l’on a lu, des films que l’on a vu, des voyages que l’on a fait ou partager toute autre passion, de la cuisine à la décoration d’intérieur.
Mais le blog est aussi un formidable bac à sable d’écriture, un terrain de jeu. On peut y jouer avec l’écriture, avec les images, avec leur légendes, avec des liens.
Les réseaux sociaux n’ont pas signé l’arrêt de mort des blogs, ils en sont le complément.
Vous trouvez plus facilement du travail, vos compétences ne sont pas remises en question, vous serez mieux payé (10 à 15 % plus que celles & ceux d’une beauté moyenne), on vous fait confiance, votre vie est plus confortable, on va vous offrir des trucs, vos peines de prisons seront moins lourdes, on vous soupçonne d’être intelligent.
On va vous écouter.
Une vidéo sur Youtube explique en détail le concept et ses dangers.
C’est quoi être joli ?
Par jolie•e j’entends : vous correspondez aux critères de beauté de votre époque (bien entendu, ces critères changent régulièrement).
Ce n’est pas nouveau. Sous l’Ancien Régime, votre beauté vous permettait de devenir la maîtresse du roi et d’avoir une vie confortable, sauf si vous tombiez sur Henri VIII.
Ann Boleyn, portrait par un artiste inconnu, 1570 — source : Wikimedia. Quand Henry VIII a voulu changer de femme, Ann Boleyn fut exécutée par décapitation — être belle a aussi ses inconvénients — source : Wikimedia.
Avec plus de chance, vous pouviez devenir Madame du Barry ou de Pompadour.
François Boucher, La Marquise de Pompadour (1756), Munich, Alte Pinakothek — femme intelligente et d’un goût admirable, Madame de Pompadour devient une mècène influente — source : Wikimedia
C’est ce dont vivaient les courtisanes au XIXe siècle, les Top Models au XXe siècle et les influenceuses aujourd’hui.
Quelques privilégiées de la beauté qui ont réussi
Olympe Pelissier : courtisane célèbre du début du XIXe siècle, modèle d’Horace Vernet, maîtresse d’Eugène Süe, amour impossible de Balzac qui en fait son modèle du personnage de Fœdora dans La peau de chagrin, elle fini par épouser Rossini.
Étude d’Olympe Pélissier par Horace Vernet pour son tableau Judith et Holopherne. Portrait qui ne rend pas honneur à sa beauté mais qui montre bien sa réputation de froideur — source : Wikimedia
Quant à Liane de Pougy, courtisane ultra célèbre en son temps, les hommes payaient juste pour la voir nue. Ouvertement bisexuelle, elle a des amants des deux sexes et entretient des liaisons amoureuses avec plusieurs femmes. Elle a une passion intense en 1899 pour Natalie Clifford Barney. Elle en écrira un roman intitulé Idylle saphique qui paraît en septembre 1901. Le roman est un succès. Liane finira par épouser un prince roumain puis par tomber dans les bras de la religion et se faire appeler Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence.
Liane de Pougy sur une carte Postale de 1886 — Source : Wikimedia
Et les hommes ?
Ça vaut aussi pour les hommes — mais moins puisque nous vivons dans une société patriarcale hétéro-normée — même si les grecs accordaient une grande importance à la beauté masculine.
Antinous — amant de l’Empereur Hadrien, qui ne s’est jamais remis de sa mort — sa beauté était si célèbre que d’innombrables sculptures ont été faites sur son modèle. Musée du Louvre. Source : Wikimedia.
Le Comte d’Orsay connu comme « l’Archange du dandysme » vivait en couple avec à la fois le comte de Blessington et sa femme Marguerite.
Dessin de James Baillie Fraser représentant Alfred d’Orsay (v. 1830). Wikimedia
Pour un groupe de musicien, être beau garçon est un avantage certain, comme l’ont prouvé ces types :
Les Beatles à l’aéroport de Madrid, le 1er juillet 1965 — Source : Wikimedia
(en plus d’avoir du talent, bien entendu)
Le privilège de la beauté est injuste
La beauté est profondément injuste, comme naître riche, blanc, valide ou avoir une intelligence mathématique. C’est profondément anti-démocratique. C’est avoir gagné à la loterie de Dame Nature.
Mais apprécier la beauté est très humain. Les musées sont pleins à craquer de jolies femmes à poil ou de beaux garçons torses nus.
Pierre Narcisse Guerin, Iris et Morphée, 1811, Musée du Louvre — Wikimedia
Et tout ça a pris des proportions phénoménales avec les Réseaux Sociaux — Instagram et Tiktok comme LinkedIn — et plus encore avec Youtube. C’est le fond de commerce des influenceurs.
Le problème n’est pas là.
Le mensonge des vendeurs de rêve
Là où ça devient pernicieux c’est quand une jolie fille vient vous narguer en vous disant que vous aussi vous pouvez gagner 10 000€ par mois en affichant votre bobine sur les réseaux sociaux. Elle vous incite à acheter ses séances de coaching en disant « Si moi j’ai réussi, vous aussi… ».
Or, elle omet — sciemment ou inconsciemment — que c’est une jolie jeune femme et que — quelles que soient ses compétences — les clients lui font confiance — et l’inondent de demandes de collaboration — parce qu’elle est jolie. Pareil pour les beaux jeunes hommes.
Ils sont là, hommes et femmes, à nous dire que l’algorithme de LinkedIn favorise les images où l’on voit des têtes. C’est injuste, profondément injuste, parce qu’on sait que seront privilégiés ceux qui ont une jolie tête. Mais il vous incitent à acheter leur formation pour que vous aussi vous puissiez nager dans la richesse et le bonheur, tout comme eux.
On nous ment.
Ça frôle l’arnaque.
Et je les vois, les instagrammeuse au physique banal qui rament à grappiller des likes. Elles font ce qu’on leur dit de faire, elles obéissent aux injonctions (ou aux cours de coaching qu’elles ont acheté) : des vidéos d’elle même racontant des trucs, présentant un livre.
Mais rien ne va, ni dans la façon de parler, ni dans leur façon de s’habiller, ni dans leur visage. Elles ont un visage commun, rien qui attire l’attention, rien qui donne envie de les écouter.
C’est ce que je disais implicitement dans l’un de mes premier article : il est inutile de suivre à la lettre cette recommandations absurde de faire des vidéos à tout prix.
Ça ne marche que si vous jouissez du privilège de la beauté.
Détail du Portrait de Juliette Récamier par François Gérard (1805, détail), Paris, musée Carnavalet. Célèbre pour sa beauté sour l’Empire et la Restauration, grand amour de Chateaubriand, ayant donné son nom à un type de meuble, on ignore souvent que Juliette Récamier était une réactionnaire royaliste. Mais elle était tellement jolie, comment ne pas lui pardonner ? Elle aurait cartonné sur Tiktok. Source : Wikimedia
La troisième saison de l’adaptation de L’Amie prodigieused’Elena Ferrante vient de sortir. Comme les deux précédentes saison, c’est un chef d’oeuvre.
Pour les plans magnifiques du réalisateur Saverio Costanzo, la musique sublime de Max Richter — et pour l’importance de ce qui est raconté.
Ce n’est pas seulement l’histoire d’une amitié, mais celle de la violence des hommes et l’Histoire de l’Italie au XXe siècle.
Bande Annonce de la S3 de l’Amie Prodigieuse — disponible sur Canal +
Cette troisième saison m’a donné envie de revoir les deux précédentes — ce que j’ai fait — et de relire les 4 romans — ce que je n’ai pas encore fait.
Mais dans cet article j’avais envie de parler autant de la série que du roman.
C’est sans doute l’un des roman les plus important du XXIe siècle, en ce qu’il raconte l’Histoire du point de vue des femmes. Elena Ferrante est pour moi l’héritière de Jane Austen en ce qu’elle mêle le social au sentimental, en ce qu’elle montre l’oppression par mille détails de la vie quotidienne.
Analyse de ce chef-d’œuvre en 10 points.
Affiche annonçant la S2 de la série L’amie prodigieuse
1. En résumé
L’amie prodigieuse suit les personnages de Lenu et Lila, petites filles d’un quartier pauvre de Naples qui grandissent au milieu de la violence des hommes, des pères comme des maris, des combats entre Communistes et Fascistes, et des magouilles de la mafia. On les suit des années 50 aux années 80, dans leur lutte pour se libérer, du quartier comme de leur condition, prises dans la toile d’araignée de la pauvreté et de l’oppression des femmes. Et au milieu de tout ça, leur amour pour le même homme, Nino Sarratore.
L’adaptation suit fidèlement les tomes du roman.
La Saison 3 est l’adaptation du tome 3, « Celle qui fuit et celle qui reste ».
Selon Télérama, cette saison est la meilleure des trois.
Lenu au milieu des étudiants à Milan — début de la S3 de L’amie Prodigieuse
2. La Saison 3
La série commence en 1968. Les rues de Milan sont emplies de drapeaux rouges (plan d’une grande beauté, sur le Vivaldi de Max Richter). Les étudiants s’agitent dans les amphi. Grands discours pompeux. Lenu est désormais une romancière célèbre, mais méprisée dans son quartier de Naples, qu’elle peut enfin quitter définitivement. Elle se marie et s’enlise dans le mariage et la maternité à Florence, tandis que l’Italie sombre dans la violence des Années de Plomb. Lila, restée à Naples, vit l’enfer dans l’usine de charcuterie de Bruno Soccavo.
Lenu se joint aux groupes féministes, lit des livres sur le sujet, écrit un essai : «J’écrivis que les hommes nous avaient inventés pour être toujours à leur service. »
3. Le patriarcat par l’exemple
Les hommes, pères et maris, battent les femmes — et c’est normal —; ils les violent — et c’est normal.
Si cette violence est normale, c’est la faute au patriarcat, même s’il n’est jamais nommé car le mot n’est pas employé dans les années 50. Le fascisme, la violence, les petites filles à qui on interdit d’étudier, les jeunes femmes que l’on oblige à travailler, les femmes considérées comme « des jouets avec des trous », l’égoïsme des hommes qui font des bébés et s’enfuient.
Les pères qui encouragent les fils à battre d’autres hommes, les mères qui encouragent les pères à battre leurs filles. Les pères prêts à tuer leur fille pour qu’elle n’aille pas à l’école (parce qu’elle en saurait plus que lui, parce qu’elle lui serait supérieure).
Dans le roman, tous les hommes sont des salauds. Sauf Enzo.
La violence qui fait irruption à tout moment, même dans les moments joyeux, mais pour les pauvres seulement. Ceux qui ont des bibliothèques et voient la mer depuis leur balcon sont épargnés.
Le tout raconté dans les mille détails du quotidien (même si la série doit résumer de longs passages du roman).
Stendhal aurait adoré. Nous sommes exactement dans le petit fait vrai. Plein de petits faits vrais. Dans la très grande précision et la netteté. Pas d’ellipse, pas de flou. Elena Ferrante nous installe dans le présent de ses personnages, nous mettant parfaitement à leur place.
Lenu & Lila, enfants, découvrant la littérature et son pouvoir en lisant les 4 filles du Dr March sur un banc du « quartier »Rione »
4. L’obscurité & la lumière
Si dans la première saison nous sommes dans le gris et le sombre du « Rione », ce quartier pauvre au milieu de nulle part, ces immeubles géométriques sans beauté, dans la deuxième saison la lumière d’Ischia et le scintillement de la mer éblouit les personnages et les spectateurs.
Beauté de Pise et de Florence — et parfois de Naples — plus rarement : Naples est la ville de l’aliénation, du passé et de la violence, passé des héroïnes et archaïsme des mœurs.
A la violence des hommes du sud répond la libération des femmes au Nord qui scandent « Tremblez ! Les sorcières sont de retour ! »
Lila et Lenu adolescentes dans la S1 de l’Amie prodigieuse
5. La beauté de la voix off
C’est la voix de la narratrice, les pensées de Lenu qui font toute la beauté du roman — qui nous font voir le monde à travers ses yeux — qui rendent la complexité de ses réflexions et de ce qu’elle ressent — mais aussi raconte l’histoire de Lila.
Le génie de cette série est d’avoir gardé les pensées de Lenu par la voix off. La voix de la narratrice est encore plus indispensable dans une adaptation visuelle puisque les actrices et les personnages qu’elles incarnent sont obligées de cacher leurs émotions. Lenu pour ne pas montrer que les humiliations perpétuelles la blesse — Lila pour éviter de se faire frapper. Les filles sont obligées de devenir indifférente — ou de la feindre.
La romancière comme le réalisateur font le contraire du « Show don’t tell » — et donnent par là toute la beauté de la langue aux pensées des personnages.
Lila et Lenu devenue adulte dans la S3 de l’Amie Prodigieuse
6. La toile d’araignée
Lila est prise dans la toile d’araignée de son milieu social, sa famille, son quartier et les mafieux qui dirigent le quartier — et quelques soient ses efforts pour en sortir (et elle en fait beaucoup), elle finit toujours par devoir revenir dans le quartier, retomber entre les griffes des mafieux (même si la configuration des jeux de pouvoir change au fil des années).
Lila dans son costume d’ouvrière dans l’usine de charcuterie Soccavo — à la fin de la S2 et au début de la S3 de l’Amie prodigieuse
7. Le gâchis d’intelligence
Le père de Lila lui a interdit d’étudier alors qu’elle était d’une intelligence hors norme, mais elle a un besoin viscéral d’utiliser cette intelligence. Ce qui explique qu’elle se jette frénétiquement sur de nouvelles activités avant de les abandonner quand elles ont perdu toute complexité, quand ce n’est plus un défi à son intelligence.
Et c’est ce qui désespère son ancienne maîtresse de l’école primaire : elle sait qu’elle aurait pu être une brillante scientifique — ou n’importe quel métier exigeant — apporter quelque chose de grand à la société. Ce gâchis.
Les épreuves infligées à Lila sont la parfaite illustration que l’injonction « Quand on veut on peut» est d’une parfaite imbécilité.
C’est une injonction qui ne concerne que les hommes blancs, valides et riches.
Si tu es une petite fille pauvre et que tu veux étudier, on te jette par la fenêtre, on te casse le bras, on menace de te tuer. Si tu es une femme pauvre, on te viole. On te frappe. On t’humilie. Les hommes font tout pour t’empêcher de trouver ta liberté. Pour te rappeler que tu leur appartient.
8. La lecture
Progressivement, Lenu s’extirpe de sa gangue de misère grâce à l’école, la lecture, la culture — et peut s’échapper à Pise puis à Florence — mais auparavant elle aura connu l’humiliation et la frustration — avec sa famille — sa mère qui la rabaisse constamment — à l’école — avec Lila — avec Nino.
Lorsque Lenu doit porter des lunettes, sa mère lui dit qu’elle s’est abimée les yeux à force de lire des livres et rajoute « fallait y penser avant » : dans son milieu, lire c’est mal.
Or, c’est la lecture qui libère Lenu de sa condition, de femme et de pauvre.
Mais pas Lila.
Elle lit plus encore que Lenu mais d’est le contraire d’une libération. Ça ne fait qu’accentuer le gouffre avec sa condition de cordonnière, puis de femme mariée et d’épicière.
Lila & Lenu dans la S3 de l’Amie prodigieuse
9. L’amitié
L’amie prodigieuse est sans doute la plus belle histoire d’amitié de la littérature. Malgré leurs disputes, malgré les humiliations qu’inflige Lila à Lenu, elles ne peuvent se passer l’une de l’autre — puisant en l’autre la force qui lui manque. Elles sont la source d’inspiration l’une de l’autre. Lila demande à Lenu d’étudier pour elle, qui n’a pas pu faire d’étude — Lenu écrit inspirée par Lila.
10. Le décousu de la vie
Elena Ferrante non seulement ne respecte aucune des règles de l’écriture, mais fait tout le contraire ce qu’on nous conseille de faire : pas de plan, scènes ou dialogues qui ne font pas avancer l’intrigue, trop de mots, enjeux faibles.
Si un roman doit être « des personnages intéressants qui doivent faire quelque chose d’important et c’est compliqué » selon la phrase de Lionel Davoust, ici nous n’avons que « les personnages intéressants » et le « c’est compliqué ».
Ce qu’ils ont à faire n’est, la plupart du temps, pas important : fabriquer des chaussures, lancer des feux d’artifices, avoir de bonnes notes à l’école, écrire son mémoire, écrire un roman. Ce sont des enjeux faibles.
Le véritable enjeu de ce roman est : vivre.
C’est tout l’art de la romancière de rendre ces enjeux passionnants.
Et pour ça, elle a mis dans son roman tout le brouillon de la vie. Dans le dernier tome de l’Amie prodigieuse, L’enfant perdue, elle reproche à son précédent roman d’avoir été trop construit, trop esthétique. Elle se reproche de ne pas avoir mis le décousu de la vie, sa banalité, sa routine, sa laideur — et c’est justement ce qu’elle a fait dans L’amie prodigieuse — un roman qui paraît non construit, qui raconte la laideur et la banalité, la routine, le décousu.
J’aimerais faire pareil.
Enzo Scanno — l’un des rare homme lumineux du roman — & Lila — dans la S3 de l’Amie Prodigieuse
Série réalisée par Saverio Costanzo — avec Margherita Mazzucco dans le rôle de Lenu et Gaia Girace dans le rôle de Lila — série co produite par la RAI & HBO — diffusée sur Canal + (on peut aussi acheter les épisodes sur Apple TV)
C’est aujourd’hui la Journée mondiale de la photographie, en hommage au 19 août 1839 où les détails techniques du daguerréotype sont présentés devant les Académies des sciences et des beaux-arts réunies.
A l’instigation de François Arago, une loi est votée par laquelle l’État français acquiert le nouveau procédé. En réalité, Louis Daguerre a piqué l’invention de la photographie à Nicéphore Niépce — qui en est le véritable inventeur (c’est pour ça que je ne mettrais pas de portrait de Louis Daguerre dans cet article — c’est une fripouille).
Je voulais rendre hommage aux pionniers de la photographie, plus ou moins oubliés.
Robert Cornelius, pionnier américain de la photographie. Cet autoportrait est souvent considéré comme le premier portrait et le premier autoportrait photographique. Il a pu réduire le temps de pause pour qu’on puisse le voir les yeux ouverts. Octobre 1839, daguerréotype (la date est importante — le procédé n’a été présenté qu’à l’été 1839 à Paris). Cette photographie est la preuve que Robert Cornelius était un chimiste hors-pair.
Robert Cornelius, autoportrait avec ses instruments de laboratoire, 1843, daguerréotype.
Portrait Daguerreotype de William Henry Fox Talbot par Claudet de de 1844/45). William Henry Fox Talbot est un pionnier anglais de la photographie, qui faisait ses recherches en même temps que Nicéphore Niépce et Louis Daguerre. Il est l’inventeur du calotype, ou talbotype, qu’il brevète en 1841. Après l’annonce de l’invention du daguerréotype en 1839, il tente de faire reconnaître l’antériorité de ses travaux. Il n’y parvient pas, mais son procédé du négatif-positif devient la base de la photographie argentique moderne.
Hippolyte Bayard, pionnier français de la photographie; il a lui aussi développé le procédé négatif. En juillet 1839, Bayard présente la première exposition de photographies de l’histoire. Il sera un concurrent malheureux de Daguerre.
En octobre 1840, il se met en scène en noyé sur une photographie au dos de laquelle il écrit :
« Le cadavre du Monsieur que vous voyez ci-derrière est celui de M. Bayard, inventeur du procédé dont vous venez de voir ou dont vous allez voir les merveilleux résultats. À ma connaissance, il y a à peu près trois ans que cet ingénieux et infatigable chercheur s’occupait de perfectionner son invention. L’Académie, le Roi et tous ceux qui ont vu ces dessins que lui trouvait imparfaits les ont admirés comme vous les admirez en ce moment. Cela lui fait beaucoup d’honneur et ne lui a pas valu un liard. Le gouvernement qui avait beaucoup trop donné à M. Daguerre a dit ne rien pouvoir faire pour M. Bayard et le malheureux s’est noyé. Oh ! instabilité des choses humaines ! Les artistes, les savants, les journaux se sont occupés de lui depuis longtemps et aujourd’hui qu’il y a plusieurs jours qu’il est exposé à la morgue personne ne l’a encore reconnu ni réclamé. Messieurs et Dames, passons à d’autres, de crainte que votre odorat ne soit affecté, car la figure du Monsieur et ses mains commencent à pourrir comme vous pouvez le remarquer. »
Hippolyte Bayard
Hippolyte Bayard, Nature morte, 1844. Photo magnifique aux très beaux contrastes.
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