J’ai déserté ce blog depuis bien longtemps — prise d’une crise d’A quoi bon ? chaque fois que l’envie me prenait d’écrire un article. Si je sors du bois aujourd’hui c’est que je ne pouvais garder mon émerveillement pour moi toute seule.
Ghinzu vient de sortir un album le 29 mai après 15 ans d’absence. Il se nomme W.O.W.A (acronyme de When Other Worlds Await) et il est merveilleux.
Ghinzu serait-il le groupe le plus injustement sous-estimé de l’histoire de la musique?
Alors que toute la presse devrait titrer W.O.W.A = Wow ! — pas un article dans Libé, rien dans Le Monde, rien dans Télérama, un mini article décevant, limite insultant, dans Les Inrocks.
Parce qu’ils sont Belges et qu’ils seraient dans une bulle qui les rendraient invisibles au reste du monde ?
Parce qu’ils ont attendu trop longtemps pour sortir leur album et qu’ils ont été oubliés? (ou on leur en veut?)
Seul Rolling Stone les prend au sérieux, leur accordant une interview dans leur numéro de juin et la couverture de leur numéro hebdomadaire digital du 29 mai.

Ce silence est injuste.
Et comme les critiques ne font pas leur job, je vais le faire à leur place :
Wowa = Wow!
Wowa est éblouissant, surprenant, feu d’artifice, mélodique, doux, intime, émouvant, poétique.
Dans un entretien passionnant sur le podcast Goûte mes Disques, John Stargasm disait qu’un album pouvait être comme une série télé, on ne la regardait pas seulement pour son récit mais pour son atmosphère et sa grammaire.
Et d’atmosphères, Wowa en est bourré.
Je ne vais pas m’étendre sur les chansons d’amour , Apologies & Breathless, ou la balade au piano de Fool, des confessions émouvantes qui montrent toute la palette de leur sensibilité et une culpabilité de stature gorienne.
Je ne vais pas m’étendre sur Snow White, rock’n roll rigolo sur le narcissisme moderne — ni sur Out of Control, titre rageur — morceaux qui ont tous les deux le potentiel d’un tube.

Cadavres exquis
Je vais m’étendre sur ces titres à transformation qui sont ce qu’ils font de mieux, ces chansons à tiroir façon cadavre exquis musical, ce patchwork de rock, d’électro et parfois de piano dans un même morceau :
Forever, avec des faux airs d’Archive (version Again) — excepté qu’un clavecin inattendu, délicieux, anachronique, vient s’inviter vers la fin du morceau.

Et l’extraordinaire When Other Worlds Await — morceau de presque 8mn — qui débute avec des airs d’Archive (lui aussi) — passe par des slogans publicitaires scandés façon exercice d’aérobic (« Dream High, Think Solar ») — puis, pour délivrer le message ultime (« Listen to your voices/ When other worlds await/When other words await/Shine On ») la voix de John Stargasm prend des intonations sépulcrale de Brendan Perry (Dead Can Dance), devient une invocation, une injonction poétique « à briller » — avant que le morceau ne se termine dans des beats électro.
Tout un univers dans une chanson. Ou plutôt, des univers. Nombreux, bigarrés, chatoyants.




Dans son entretien sur Goûte mes disques, John disait qu’en Belgique « on a une poésie de la médiocrité qui est déjà une excellence en soi ».
En bon alchimiste, Ghinzu a su transmuter la médiocrité en pure poésie.

