Qu’est-ce qui fait de Vénus et Mars la peinture la plus passionnante de Sandro Botticelli ?

Ses modèles ?
Le modèle pour Vénus est Simonetta Vespucci, soit la plus belle femme de Florence à cette époque. Morte jeune, à l’âge de 23 ans, en 1476 (probablement de tuberculose). Tout le monde en était amoureux, à commencer par Botticelli lui-même, qui s’est fait enterrer à ses pieds 34 ans après la mort de Simonetta. Elle fut son modèle pour Vénus et Mars, donc, mais aussi la Naissance de Vénus, une des grâce du Printemps, Pallas dans Pallas et le Centaure. Avec sa beauté éthérée, sa minceur, sa pâleur (maladive ?), ses cheveux blonds aux arrangements de tresse compliqués, elle incarnait l’idéal de beauté de Botticelli — et par là, des peintres du Quattrocentto. Les peintres du siècle suivant, préféraient les femmes aux formes plus opulentes.

Le modèle pour Mars est Julien de Médicis, petit frère de Laurent Le Magnifique, mort assassiné par les Pazzi en 1478. Julien et Simonetta étaient amants. C’était le couple star de la Florence du Quattocento : tous les deux étaient des modèles de beauté de leur époque.

Des années après leur mort, Botticelli les réunit dans un double portrait mythologique, hommage à leur beauté tout autant qu’à leur amour.
Les références mythologiques ?
La scène se déroule dans une forêt, avec, en arrière-plan, la mer où Vénus est née. Un bosquet de myrte, l’arbre de Vénus, forme une toile de fond aux deux dieux, placés l’un en face de l’autre, dans une clairière. Des guêpes, issues d’un nid (à droite), volent autour de la tête de Mars, peut-être comme un rappel que l’amour est souvent accompagné de douleur.
Des faunes jouent avec l’armure et la lance de Mars, essayent de le réveiller en soufflant dans une conque, mais sans succès.

La source d’inspiration ?
Botticelli semble s’être inspiré du Banquet de Platon, dans lequel la déesse Vénus, symbole d’amour et d’harmonie, triomphe du dieu Mars, symbole de haine et de discorde.
Et c’est ce sujet là qui transforme cette scène mythologique en programme politique : on peut y voir l’illustration de la féminisation du monde comme instrument de civilisation. Ce sont les femmes et l’amour qui calment la violence des hommes et leur manie de vouloir faire la guerre à tout bout de champ. Ce que dit ce tableau c’est que les femmes incarnent la civilisation luttant contre la destruction et la mort.
C’est la parfaite illustration de la phrase de Stendhal de 1817 :
« L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain, et ses probabilités de bonheur.»

