Sous couvert de comédie jubilatoire, Good Omens fait exploser une bombe théologique. C’est un brûlot hérétique tout autant qu’hilarant.


J’ai passé mon week a visionner les deux saisons de Good Omens et cet article fourmille de spoils. Si vous avez l’intention de regarder cette série, revenez lire cet article lorsque vous l’aurez vu.
1. L’ineffable
J’ai toujours considéré le mot ineffable ineffablement tarte : « une ineffable beauté » est mièvre, cliché, digne d’un amateur ; « une ineffable bêtise » est acceptable. Mais cette série a réussi à totalement me réconcilier avec l’ineffable. Les auteurs lui ont donné ses lettres de noblesses. « Un plan ineffable » et Dieu se retrouve le bec dans l’eau, l’Armageddon est foutu.
On doit ce miracle aux deux auteurs, Neil Gaiman et Terry Pratchett, magiciens des mots comme des situations, se jouant des mythes, de la Bible, des anges et des démons — & même des zombies— les tournant en ridicule — atomisant les clichés et l’Histoire.

2. Résumé très résumé
Un ange (Aziraphale, joué par Michael Sheen) et un démon (Crawley, joué par David Tennant) ont une relation d’amitié explosive depuis des millénaires. Ils doivent dans les deux saisons déjouer un Armageddon programmé en haut lieu. Le tout est entrecoupé de flashbacks qui nous font voyager dans le temps depuis leur rencontre dans le Jardin d’Eden (mon préféré est l’histoire de Job dans la S2).
Réalisé par Douglas MacKinnon, le tout est furieusement drôle (comique de situation et de dialogues), extraordinairement beau et délicieusement loufoque.
Le jeu des acteurs est éblouissant : Michael Sheen, David Tennant, John Hamm, Miranda Richardson, tous savent alterner cabotinage, subtilité, naïveté, stupidité, effarement, doute.

3. Le doute
Et le sujet central de cette série est le doute justement. Celui de l’ange Aziraphale qui est constamment perplexe face aux décisions divines. Parce qu’elles sont cruelles les décisions divines. Injustes, cruelles, absurdes, excessives. Avec une obsession perverse pour l’Armageddon et la disparition de l’humanité.
Je ne comprend pas comment cette série (et les romans dont elle est tiré) a pu échapper aux foudres du vatican — ou au moins à sa mise à l’Index (Harry Potter a été mis à l’Index pour moins que ça). 20000 chrétiens scandalisés ont signé une pétition pour que Netflix le retire de leur catalogue. Mauvaise pioche, c’est sur Amazon. Mais je m’étonne que la foule de bigots rageurs ne soient pas plus nombreux. Et qu’ils n’appellent pas à bruler les livres (on a brûlé les disques des Beatles pour moins que ça).

Parce que sous forme de conte loufoque, parce que sous le vernis de la farce et du rebondissement, Good Omens, est une attaque frontale des absurdités de la religion, de son hypocrisie, de sa cruauté tout au long de sa longue histoire (depuis la création de l’Univers, précisément).
Le sarcasme est blasphématoire, l’humour est corrosif, au sens littéral : il sape les convictions.
C’est un brûlot hérétique, c’est la version comédie de la phrase de Stendhal : « La seule excuse de Dieu, c’est qu’il n’existe pas. »
4. Avez-vous vraiment envie d’aller au paradis ?
Même si l’existence du paradis et de l’enfer n’est pas remis en cause, puisqu’ils existent vraiment, ils sont aussi ennuyeux l’un que l’autre. L’enfer ressemble à un Night club soviétique sans musique ; le paradis à une banque de La Défense un dimanche. Et le pire, c’est qu’au paradis vous attend la musique de La Mélodie du Bonheur joué en boucle.
Good Omens, vu par des milliers de jeunes esprits sensibles et intelligents, va sans doute créer une vague d’incrédules, d’agnostiques, voire d’athées.
Et ça me réjouit.
5. Un détail
La seule chose que je regrette, c’est qu’ils aient féminisés Dieu et les anges. Je sais que c’est pour une cause cause, celle de l’inclusivité. Mais, ce faisant, les réalisateurs retirent aux religions toute leur misogynie. Ils oublient un détail qui n’en est pas un : les religions ont été créées par des hommes comme outil de domination des femmes (entre autre).

Quoi qu’il en soit, cette série bouleverse mon Top 10 des séries. Elle vient en numéro 1, ex-aequo avec The Marvelous Mrs Maisel. En numéro 2, ce sont toujours The Knick et Masters of Sex (avec le même Martin Sheen, toujours aussi éblouissant).
Good Omens est disponible sur Prime Video — réalisé par Douglas MacKinnon.
Une saison 3 est en préparation (& ça me réjouit aussi).

J’ADORE CETTE SÉRIE…🥰😍
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Elle est effectivement géniale !
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