Le privilège de la beauté

La vie est plus facile quand vous êtes joli•e.

C’est ça le privilège de la beauté

Vous trouvez plus facilement du travail, vos compétences ne sont pas remises en question, vous serez mieux payé (10 à 15 % plus que celles & ceux d’une beauté moyenne), on vous fait confiance, votre vie est plus confortable, on va vous offrir des trucs, vos peines de prisons seront moins lourdes, on vous soupçonne d’être intelligent.

On va vous écouter.

Une vidéo sur Youtube explique en détail le concept et ses dangers.

C’est quoi être joli ?

Par jolie•e j’entends : vous correspondez aux critères de beauté de votre époque (bien entendu, ces critères changent régulièrement).

Ce n’est pas nouveau. Sous l’Ancien Régime, votre beauté vous permettait de devenir la maîtresse du roi et d’avoir une vie confortable, sauf si vous tombiez sur Henri VIII.

Ann Boleyn, portrait par un artiste inconnu, 1570 — source : Wikimedia. Quand Henry VIII a voulu changer de femme, Ann Boleyn fut accusée d'adultère, d'inceste et de haute trahison, et exécutée par décapitation — être belle a aussi ses inconvénients —  source : Wikimedia. — Le privilège de la beauté
Ann Boleyn, portrait par un artiste inconnu, 1570 — source : Wikimedia. Quand Henry VIII a voulu changer de femme, Ann Boleyn fut exécutée par décapitation — être belle a aussi ses inconvénients —  source : Wikimedia.

Avec plus de chance, vous pouviez devenir Madame du Barry ou de Pompadour.

François Boucher, La Marquise de Pompadour (1756), Munich, Alte Pinakothek — femme intelligente et d'un goût admirable, Madame de Pompadour devient une mècène influente — source : Wikimedia — Le privilège de la beauté
François Boucher, La Marquise de Pompadour (1756), Munich, Alte Pinakothek — femme intelligente et d’un goût admirable, Madame de Pompadour devient une mècène influente — source : Wikimedia

C’est ce dont vivaient les courtisanes au XIXe siècle, les Top Models au XXe siècle et les influenceuses aujourd’hui. 

Quelques privilégiées de la beauté qui ont réussi

Olympe Pelissier : courtisane célèbre du début du XIXe siècle, modèle d’Horace Vernet, maîtresse d’Eugène Süe, amour impossible de Balzac qui en fait son modèle du personnage de Fœdora dans La peau de chagrin, elle fini par épouser Rossini.

Étude d'Olympe Pélissier par Horace Vernet pour son tableau Judith et Holopherne. Portrait qui ne rend pas honneur à sa beauté mais qui montre bien sa réputation de froideur — source : Wikimedia — — Le privilège de la beauté
Étude d’Olympe Pélissier par Horace Vernet pour son tableau Judith et Holopherne. Portrait qui ne rend pas honneur à sa beauté mais qui montre bien sa réputation de froideur — source : Wikimedia

Quant à Liane de Pougy, courtisane ultra célèbre en son temps, les hommes payaient juste pour la voir nue. Ouvertement bisexuelle, elle a des amants des deux sexes et entretient des liaisons amoureuses avec plusieurs femmes. Elle a une passion intense en 1899 pour Natalie Clifford Barney. Elle en écrira un roman intitulé Idylle saphique qui paraît en septembre 1901. Le roman est un succès. Liane finira par épouser un prince roumain puis par tomber dans les bras de la religion et se faire appeler Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence. 

Liane de Pougy sur une carte Postale de 1886 — Source : Wikimedia — — Le privilège de la beauté
Liane de Pougy sur une carte Postale de 1886 — Source : Wikimedia

Et les hommes ?

Ça vaut aussi pour les hommes — mais moins puisque nous vivons dans une société patriarcale hétéro-normée — même si les grecs accordaient une grande importance à la beauté masculine. 

Antinous du Louvre — amant de l'Empereur Hadrien, qui ne s'est jamais remis de sa mort — sa beauté était si célèbre que d'innombrables sculptures ont été faites sur son modèle. — Le privilège de la beauté
Antinous — amant de l’Empereur Hadrien, qui ne s’est jamais remis de sa mort — sa beauté était si célèbre que d’innombrables sculptures ont été faites sur son modèle. Musée du Louvre. Source : Wikimedia.

Le Comte d’Orsay connu comme « l’Archange du dandysme » vivait en couple avec à la fois le comte de Blessington et sa femme Marguerite.

Dessin de James Baillie Fraser représentant Alfred d'Orsay (v. 1830). Wikimedia — Le privilège de la beauté
Dessin de James Baillie Fraser représentant Alfred d’Orsay (v. 1830). Wikimedia

Pour un groupe de musicien, être beau garçon est un avantage certain, comme l’ont prouvé ces types :

Les Beatles à l’aéroport de Madrid, le 1er juillet 1965 — source : Wikimedia — Le privilège de la beauté
Les Beatles à l’aéroport de Madrid, le 1er juillet 1965 — Source : Wikimedia

(en plus d’avoir du talent, bien entendu)

Le privilège de la beauté est injuste

La beauté est profondément injuste, comme naître riche, blanc, valide ou avoir une intelligence mathématique. C’est profondément anti-démocratique. C’est avoir gagné à la loterie de Dame Nature. 

Mais apprécier la beauté est très humain. Les musées sont pleins à craquer de jolies femmes à poil ou de beaux garçons torses nus. 

Pierre Narcisse Guerin, Iris et Morphée, 1811, Musée du Louvre — Wikimedia — Le privilège de la beauté
Pierre Narcisse Guerin, Iris et Morphée, 1811, Musée du Louvre — Wikimedia

Et tout ça a pris des proportions phénoménales avec les Réseaux Sociaux — Instagram et Tiktok comme LinkedIn — et plus encore avec Youtube. C’est le fond de commerce des influenceurs. 

Le problème n’est pas là.

Le mensonge des vendeurs de rêve

Là où ça devient pernicieux c’est quand une jolie fille vient vous narguer en vous disant que vous aussi vous pouvez gagner 10 000€ par mois en affichant votre bobine sur les réseaux sociaux. Elle vous incite à acheter ses séances de coaching en disant « Si moi j’ai réussi, vous aussi… ». 

Or, elle omet — sciemment ou inconsciemment — que c’est une jolie jeune femme et que — quelles que soient ses compétences — les clients lui font confiance — et l’inondent de demandes de collaboration — parce qu’elle est jolie. Pareil pour les beaux jeunes hommes. 

Ils sont là, hommes et femmes, à nous dire que l’algorithme de LinkedIn favorise les images où l’on voit des têtes. C’est injuste, profondément injuste, parce qu’on sait que seront privilégiés ceux qui ont une jolie tête. Mais il vous incitent à acheter leur formation pour que vous aussi vous puissiez nager dans la richesse et le bonheur, tout comme eux.

On nous ment. 

Ça frôle l’arnaque.

Et je les vois, les instagrammeuse au physique banal qui rament à grappiller des likes. Elles font ce qu’on leur dit de faire, elles obéissent aux injonctions (ou aux cours de coaching qu’elles ont acheté) : des vidéos d’elle même racontant des trucs, présentant un livre.

Mais rien ne va, ni dans la façon de parler, ni dans leur façon de s’habiller, ni dans leur visage. Elles ont un visage commun, rien qui attire l’attention, rien qui donne envie de les écouter.

C’est ce que je disais implicitement dans l’un de mes premier article : il est inutile de suivre à la lettre cette recommandations absurde de faire des vidéos à tout prix. 

Ça ne marche que si vous jouissez du privilège de la beauté.  

Détail du Portrait de Juliette Récamier par François Gérard
(1805, détail), Paris, musée Carnavalet. Célèbre pour sa beauté sour l'Empire et la Restauration, grand amour de Chateaubriand, ayant donné son nom à un type de meuble, on ignore souvent que Juliette Récamier était une réactionnaire royaliste. Mais elle était tellement jolie, comment ne pas lui pardonner ? Elle aurait cartonné sur Tiktok. Source : Wikimedia— Le privilège de la beauté
Détail du Portrait de Juliette Récamier par François Gérard
(1805, détail), Parismusée Carnavalet. Célèbre pour sa beauté sour l’Empire et la Restauration, grand amour de Chateaubriand, ayant donné son nom à un type de meuble, on ignore souvent que Juliette Récamier était une réactionnaire royaliste. Mais elle était tellement jolie, comment ne pas lui pardonner ? Elle aurait cartonné sur Tiktok. Source : Wikimedia

Publié par Clemence

Social Media Manager, Iconographe et romancière

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