Si vous croyez être victime d’un syndrome de l’imposteur, arrêtez et lisez cet article. Le syndrome de l’imposteur n’est pas ce que l’on croit. Les vrais imposteurs existent, je les ai rencontrés mais être un imposteur est un art.

Après avoir lu La tête coupable de Romain Gary où les imposteurs pullulent comme dans un roman de Wodehouse et avoir été cernée par des imposteurs sur Instagram, j’ai eu envie de faire un petit tour du sujet.
Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur?
Contrairement à ce que tout le monde croit, le syndrome de l’imposteur ne concerne pas toute personne qui se considère comme incompétente dans son activité, que ce soit une activité professionnelle ou artistique.
Le syndrome de l’imposteur concerne les personnes hautement qualifiées, qui excellent dans leur domaine, mais ont des doutes sur leur légitimité, parce que ce sont des personnes intelligentes qui connaissent leurs limites et leurs lacunes.
Elles connaissent l’étendue de leur ignorance.
Une personne vraiment incompétente ignore qu’elle est incompétente. C’est l’effet de Dunning Kruger : les personnes non qualifiées sont victimes d’un biais qui les empêche de reconnaître exactement leur incompétence et d’évaluer leurs réelles capacités.
Les romanciers & romancières peuvent-ils être des imposteurs ?
De nombreux auteurs & autrices se croient saisis du syndrome de l’imposteur.
Ils ont tort.
Si vous avez peint trois toiles un jour pour le plaisir, vous êtes peintre du dimanche. Ou vous faites de l’Art Brut. Même si vous avez arrêté de peindre après ces trois toiles.

C’est pareil pour l’écriture : si vous avez écrit trois paragraphes d’un roman, vous êtes romancier. Que ce soit bon ou mauvais ne change rien. Si c’est mauvais, vous serez un mauvais romancier.
Si vous avez brulé ces trois paragraphes — ou jeté trois cent pages dans la Seine — et qu’ensuite vous avez complètement arrêté d’écrire, vous avez été romancier au moment où vous les avez écrit.
Mais alors, les imposteurs existent-ils ?
Les vrais imposteurs existent bien.
Et ils n’ont aucun complexe.
Les vrais imposteurs sont heureux
La tête coupable de Romain Gary est emplie de faux Gauguin, de faux Van Gogh de faux Jésus, de faux Adam et Eve. L’histoire se passe à Tahiti et l’office du tourisme de l’île à décidé de faire de Tahiti un vrai-faux paradis pour y attirer les touristes. Seuls les espions, sous leur fausse identité, sont de vrais espions. Et ils sont mauvais. Seuls les vrais imposteurs sont bons. C’est un roman sur l’imposture sous toutes ses formes.

Le personnage de l’oncle Fred de Wodehouse n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il invente un nouvelle imposture.

Récemment j’ai reçu des messages privé sur Instagram de 2 faux Dave Gahan, 1 faux Stephan Eicher et 1 faux John Lennon.
Pour le faux John Lennon j’ai cru au début à une plaisanterie, avant de me rendre compte que non. Il voulait vraiment se faire passer pour John Lennon. Soit il ignorait qu’il était mort, soit il pensait que moi je l’ignorais, soit il pense vraisemblable que les fantômes puissent avoir des comptes Instagram. Mais dans ce cas, comment justifier que le fantôme puisse avoir besoin d’argent ?
Puisque le but de ces impostures était de me soutirer de l’argent pour une raison ou une autre (vente de charité fictive, carte de fan club).

Je me suis renseignée auprès d’un spécialiste des arnaques en ligne, Victor Baissait*, qui m’a expliqué : « C’est le très grand classique de l’arnaque à la célébrité, il est beaucoup pratiqué par les ivoiriens et les nigérians. »
Tous ces imposteurs étaient mauvais. Mais ils n’éprouvent ni honte ni culpabilité. Leur but est de gagner de l’argent, de survivre. L’imposture est leur métier.
L’imposture est un art
Être un imposteur est un art. Il faut être bon acteur et connaître son sujet. Ou faire semblant de le connaître. Être très bon dans le bluff et le baratin, avoir de l’aplomb et du bagout, comme le personnage de Frank Abagnale Jr dans Catch me if ou can.

Ou comme certains artistes conceptuels qui vendent des fortunes leur dessin avec trois traits et un point parce qu’ils maîtrisent parfaitement le jargon de l’art contemporain et le story telling de leur vie.
Mais dans ce cas, ce sont des artistes de l’imposture.

J’aurais voulu être une impostrice, ma vie aurait été plus facile. J’aurais pu être riche. Mais ça m’est impossible, je suis trop sensible. Je ne sais pas mentir, ou mal, sur qui je suis & j’ai un mal fou à faire semblant d’être sûre de moi. Je suis une très mauvaise actrice.
* Victor Baissait est aussi expert & enseignant en tech/web: fake news, IA, OSINT, brouteurs, faux profils, data/dataviz…

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