Le mystère Barthélemy d’Eyck

Barthélemy d’Eyck est un peintre français du XVe siècle, découvert à la fin du siècle dernier par les historiens de l’art Charles Sterling et François Avril.

Auparavant ses œuvres étaient attribuées au « Maître du cœur d’amour épris » — ce qui est un fort joli nom — en raison de son chef d’œuvre le plus connu, les miniatures du Cœur d’amour épris de René d’Anjou. On lui a rattaché depuis d’autres œuvres jusque là anonymes.

Mais Barthélemy d’Eyck reste encore un mystère

Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne. Source : Wikimedia

Des verts très tendres

Ce n’est pas seulement pour la douceur de ses clairs-obscurs ni pour le tendre de ses verts que Barthélemy d’Eyck est émouvant, mais pour, la mélancolie de ses visages, la poésie de ses paysages, la grâce de ses personnages. 

Il n’existe toujours pas de monographie sur son œuvre et la meilleure source sur Barthélemy d’Eyck est l’excellent article sur Wikipédia qui rassemble les éléments éparpillés dans divers articles et ouvrages.  

Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne. Source : Wikimedia

Qui était Barthélemy d’Eyck ?

Sa vie est parsemée de trous et de mystères. Il serait peut-être né à Maaseik, dans la Principauté de Liège, vers 1420. Peut-être apparenté à Jan Van Eyck. On sait que sa mère s’est remariée en 1460 avec un brodeur de la suite de René d’Anjou. On suppose qu’il a été formé soit dans l’atelier de Jan Van Eyck soit dans celui Robert Campin soit dans celui de Conrad Witz. On sait qu’il apprend la technique de la peinture à l’huile.

Barthelemy d’Eyck, Emilie, Arcitas et Palamon priant, La Théséide, vers 1460, Vindobonensis 2617‎, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne. Source : Wikimedia

Il a peut-être voyagé à Naples avec René d’Anjou où il aurait été en contact avec la peinture italienne du Quattrocento. Est-ce lui qui aurait appris la technique de la peinture à l’huile à Colantonio ? Ou d’autres peintres de la suite du roi René ? On l’ignore. On est sûr par contre qu’il est peintre à la cour du roi René à Aix-en-Provence en 1444 où il est désigné comme « magister et pictor ». Il s’est marié à une époque indéterminée à Jehanne de la Forest. Il aurait rendu visite à René d’Anjou en prison à Dijon, il fait sans doute plusieurs voyages entre l’Anjou et la Provence. Il meurt entre 1475 et 1480. 

Œuvres 

Il réalise entre autres les miniatures de La Théseide, Le cœur d’amour épris, Le livre des tournois. Il a peut-être participé aux ajouts tardifs des Très riches heures du duc de Berry (mars, juin, septembre, octobre et décembre). 

Barthelemy d’Eyck, Emilie dans le jardin, La Théséide, vers 1460, Vindobonensis 2617‎, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne.
Source : Wikimedia

En peinture on lui attribue un Christ en croix, Le triptyque de l’Annonciation d’Aix, un magnifique portrait de Louis II d’Anjou. Ces attributions sont des suppositions. Elles font débat parmi les historiens de l’art. Mais concernant le portrait de Louis II d’Anjou, selon François Avril, seul Barthélemy d’Eyck serait capable d’atteindre un tel niveau dans ce portrait considéré comme l’un des plus beaux portraits du xve siècle. 

Barthelemy d’Eyck, Annonciation d’Aix, vers 1445, Eglise de la Madeleine d’Aix en Provence.
Source : Wikimedia

En quoi est-il unique ?

On reconnaît ses œuvres aux regards en biais des personnages, à leurs positions pivotantes de la tête et du corps qui les relie entre eux, à ses clairs-obscurs et jeux d’ombres, son sens du mouvement et des organisations spatiales complexes. 

Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne. Source : Wikimedia

À la fois très Renaissance et très médiéval

S’il est marqué par l’art des Primitifs flamands des années 1430, s’il a acquis les dernières techniques des peintures italiennes et flamandes (peinture à l’huile, drapés, modelage par le clair-obscur), il reste encore très médiéval. Ses thèmes (littérature courtoise, tournois, héraldique), la pratique de la miniature, les proportions : la tête des personnages atteint le haut des remparts des bâtiments. Ses personnages sont des géants dans une architecture-jouet. Bâtiments eux-mêmes mi-médiévaux, mi-Renaissance. 

Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne. Source : Wikimedia

Un monde enchanté

À une époque où les guerres sont incessantes (René d’Anjou participe à 3 guerres, dont la guerre de Cent Ans), ses miniatures peignent des jardins où règnent la douceur et la sérénité, des mondes enchantés peuplés de personnages graves et mélancoliques, de fleurs et d’herbe toujours verte. Même la violence est atténuée, les combats ressemblent tous à d’honorables tournois qui ne font pas de mort. 

Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne. Source : Wikimedia

Les marinières

Dans le livre du Cœur d’amour épris, Cœur doit prendre le bateau avec ses deux compagnons, Désir et Honneur. Ce ne sont pas des marins qui les emmènent, mais des marinières. Deux femmes intrépides qui se moquent des trois hommes malades et terrifiés par la mer. Le mot « marinière » à depuis bien changé de sens. 

Barthelemy d’Eyck, Le Livre du Cœur d’amour épris, vers 1460, Vindobonensis 2597, bibliothèque nationale autrichienne,  Vienne. Source : Wikimedia

Un autoportrait ?

Dans Le portrait d’homme de 1456, typique de la mode « le tableau comme une fenêtre » où le personnage sort du cadre, l’homme représenté a clairement un problème à l’œil gauche. Sa paupière est trop ouverte, son œil a un léger strabisme. Bien qu’aucun historien de l’art n’ait avancé l’hypothèse, j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’un autoportrait. Rien ne l’indique, mais rien n’indique le contraire non plus. Son œil droit regarde en face, mais son œil gauche regarde en biais. Sa gravité mélancolique est celle de tous les visages de ses miniatures.

Est-ce lui-même qu’il peignait dans tous ses personnages ? 

Barthelemy d’Eyck, Portrait d’homme, 1456, huile sur parchemin monté sur bois, Musée Liechtenstein, Vienne. Source : Wikimedia

2 réponses à « Le mystère Barthélemy d’Eyck »

  1. Avatar de Qui était Jan Van Eyck ? – Clémence Zagorski — Social media manager

    […] a un lien de parenté avec Barthelemy d’Eyck — ils sont tous les deux nés à Maaseik — mais on ignore lequel (on sait qu’ils […]

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  2. Avatar de Bilan du mois de septembre – Clémence Zagorski — Social media manager

    […] Barthelemy d’Eyck, Le cœur d’amour épris, miniature, XVe siècle […]

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Publié par Clemence

Social Media Manager, Iconographe et romancière

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